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Tidiane, Touche pas ma Culture !

Réponse d'une béninoise à L'ecrivain Tidiane Ndiaye sur le livre Le Génocide Voilé. Tidiane ne connait pas l'histoire du Dahomey.

Résumé du chapitre 1

Ce premier chapitre du livre Le Génocide Voilé pose les bases de l'argumentation de Ndiaye en introduisant le contexte historique et géographique de la traite arabo-musulmane en Afrique. L'auteur explique l'ampleur de ce traité, les méthodes utilisées pour capturer et transporter les esclaves, ainsi que les impacts sociaux et démographiques sur les populations africaines. Ndiaye présente les faits avec clarté, ce qui permet de bien comprendre les enjeux de la traite arabo-musulmane dès le début du livre. Il utilise des exemples concrets et des chiffres pour illustrer ses propos, rendant le sujet accessible même aux lecteurs non spécialistes. Parfois, l'abondance de détails historiques peut sembler écrasante pour le lecteur. Une simplification ou une synthèse plus succincte aurait pu aider à maintenir l'attention. L'auteur commence fort avec une thèse claire : la traite arabo-musulmane a été tout aussi dévastatrice que la traite transatlantique, mais elle est souvent passée sous silence. Ndiaye soutient cette thèse avec des preuves historiques et des témoignages. Cependant, la présentation initiale manque peut-être de nuances. En lisant, j'ai noté que Ndiaye semble parfois vouloir opposer les deux traités plutôt que de montrer comment elles se complètent pour donner une vision globale de l'impact de l'esclavage sur l'Afrique. Une approche plus neutre et académique pourrait renforcer la légitimité scientifique des arguments du Franco-sénégalais.

Ce chapitre est pertinent dans le contexte actuel de réévaluation de l'histoire coloniale et de l'esclavage. Il invite les lecteurs à réfléchir à une partie souvent oubliée de l'histoire africaine. Cependant, certains lecteurs peuvent trouver que l'auteur ne replace pas suffisamment ses arguments dans un contexte plus large dès le début. Une mise en perspective plus globale dès le premier chapitre pourrait améliorer la compréhension des enjeux. Le chapitre 1 de « Le Génocide voilé » est une introduction solide et bien documentée à un sujet complexe et souvent négligé. Tidiane Ndiaye réussit à capter l'attention du lecteur avec des faits marquants et une thèse forte. Toutefois, un équilibre entre passion et objectivité, ainsi qu'une contextualisation plus large, auraient pu renforcer l'impact de ce chapitre. Le livre promet d'être une contribution importante au débat sur l'esclavage et ses mémoires.

Le chapitre dont le titre est « les formes d'asservissement en Afrique, avant la conquête arabe » présente la situation initiale, l'atmosphère qui planait sur l'Afrique avant les invasions et les traités. Le domaine de définition ici est donc de moins infini à l'an huit cents ( ]-∞ ; 800] ). Il est donc irréfutable que nous sommes à la genèse de l'esclavage et de la traite arabo-musulmane. Dans ce texte bien structuré, nous découvrons les conditions déplorables des esclaves à Athènes, où la brutalité et l'exploitation étaient monnaie courante. Les crimes des Romains, accompagnés d'une réalité choquante de trois millions d'esclaves en Italie, ainsi que la situation des Noirs en Haute Égypte et les sociétés inégalitaires en Afrique, expliquer une suite logique d'événements tragiques. Ces éléments préparent l'auditeur à une compréhension plus large des mécanismes de l'esclavage qui ont façonné l'histoire.

 

 

 

 

 

 

Tidiane a dit dans le chapitre 1,

Á la page 43" Quand un roi du Dahomey (actuel Bénin) mourait, on lui érigeait une espèce de cénotaphe entouré de barres de fer, du sang d'une centaine de captifs, pour servir de gardes au souverain dans l'autre monde. Lors des fêtes sanguinaires nommées « Grandes Coutumes » on égorgeait des centaines de captifs à la fois, pour qu'ils aillent porter au roi défunt la nouvelle du couronnement de son successeur ».

Explication des propos de Tidiane : Ce passage décrit les rituels funéraires complexes et spectaculaires associés à la mort d'un roi du Dahomey, qui se déroulaient dans le contexte d'une culture où la royauté était profondément respectée et entourée de traditions sacrées. Lorsqu'un roi mourait, un cénotaphe, qui est une structure commémorative érigée en son honneur, était construit. Ce cénotaphe était entouré de barres de fer, symbolisant la protection et la force, et était imprégné de sang provenant d'une centaine de captifs. Ce sang était utilisé rituellement pour établir un lien entre le monde des vivants et celui des morts, et pour assurer que le roi défunt était bien gardé dans l'au-delà. Les « Grandes Coutumes » évoquées dans le texte font référence à des célébrations rituelles marquées par des sacrifices humains, où des centaines de captifs étaient égorgés. Cette pratique visait à envoyer ces âmes vers le roi défunt pour lui annoncer la nouvelle de l'accession au trône de son successeur. Cela souligne non seulement la croyance en la continuité de la royauté après la mort, mais aussi la perception des captifs comme des offrandes nécessaires pour honorer le roi et assurer son passage vers l'autre monde. Ces rituels illustrent la manière dont les sociétés du Dahomey valorisaient la royauté, le pouvoir et les sacrifices, tout en reflétant une hiérarchie sociale où la vie humaine était parfois considérée comme une monnaie d'échange spirituelle.

 

Ma réponse

Le Dahomey apparaît, soulevant une question primordiale : que fait ce nom dans un livre qui retrace l'histoire de la traite arabo-musulmane ? Fondé au XVIIe siècle, le royaume de Dahomey semble anachronique par rapport au titre du chapitre qui évoque les événements avant l'invasion arabo-musulmane au VIIIe siècle. Sachant que le royaume fut fondé vers 1645, il faut comprendre comment ce royaume s'inscrit dans la chronologie de la traite et de l'esclavage.

De plus, il faudra noter que les tombes des rois de Dahomey ne sont pas toutes identiques, ce qui peut refléter la diversité des pratiques culturelles et des croyances au sein du royaume. La question ici est de savoir si l'on parle de sacrifices humains ou de crimes d'accompagnement dans ce contexte. La distinction entre ces termes est nécessaire pour saisir la complexité des rituels et des croyances qui entourent l'histoire de Dahomey et son rôle dans le commerce d'esclaves. Ainsi, ces interrogations méritent d'être approfondies pour mieux comprendre l'interconnexion entre les différents aspects de l'esclavage et de la traite à travers les siècles.

Le royaume du Dahomey est-il l'actuel Bénin ?

         Clarifions d'abord ceci : le Dahomey, aujourd'hui Bénin, est un pays situé en Afrique de l'Ouest, entre l'équateur et le tropique du Cancer. Avec une superficie de 114.760 km² et une population d'environ 13 millions d'habitants aujourd'hui, il était autrefois appelé la République du Dahomey jusqu'au 30 novembre 1975. Ce nom faisait référence au puissant royaume qui avait jadis prospéré sur le territoire, qui est maintenant en grande partie situé au Nigeria. Il faudra distinguer l'actuel Bénin, qui est un pays souverain, du royaume historique du Dahomey, qui se limitait principalement au sud du pays actuel. Le roi du Dahomey portait une image distincte, différente de ceux d'autres royaumes voisins, tels que celui d'Allada, de Savi, de Popo, et de Hogbonou. Tous ces royaumes se trouvaient dans les frontières de ce qui est aujourd'hui le Bénin, mais chacun avait ses propres structures politiques et culturelles. Ainsi, le royaume de Dahomey représente une partie de l'histoire riche et complexe de la région, mais il n'est pas synonyme de l'ensemble du pays actuel. Il est primordial de reconnaître que le royaume de Dahomey n'est qu'un des multiples royaumes qui ont coexisté sur le territoire de l'actuel Bénin. Il faut savoir que chaque royaume, avait ses propres structures politiques, coutumes et traditions, a contribué à l'édifice complexe de l'histoire du Bénin.

 

Dans le centre du pays, le grand royaume des Tchabè dominait la région, jouant un rôle central dans le tissu socio-politique de l'époque. Les Tchabè étaient connus pour leur organisation sociale et leur culture riche, qui ont influencé les royaumes voisins. À l'extrême nord, les Bariba s'imposaient comme les maîtres, avec une structure politique et militaire qui leur permettait de maintenir un contrôle significatif sur leur territoire. Par ailleurs, deux grands royaumes des Baribas, dont celui de Kouandé à l'Ouest, gouvernaient l'espace nord jusqu'aux montagnes de l'Atacora. Ce royaume était reconnu pour sa puissance militaire et sa capacité à gérer les relations avec les autres entités politiques de la région. À l'Est, le royaume de Nikki dominait le sud de la région septentrionale, étendait sa domination jusqu'aux mamelles de Savê. Nikki était également un centre important de commerce et d'échanges culturels, contribuant à la dynamique des relations inter-royales.

Enfin, le troisième Dahomey est la république du Dahomey, qui a été officialisée en tant qu'État souverain jusqu'au 30 novembre 1975, date à laquelle elle a pris le nom de Bénin. Ce Dahomey moderne représente l'héritage des royaumes historiques, tout en intégrant des éléments contemporains et des aspirations nationales. Cette évolution souligne l'importance de comprendre les différentes phases de l'histoire du Dahomey pour appréhender la richesse culturelle et historique du Bénin d'aujourd'hui. Chacune de ces étapes a contribué à façonner l'identité du pays et son rôle dans le contexte africain et mondial.

En somme, il existe trois Dahomey distincts dans l'histoire. Le premier est le Dahomey avant Dada Dossou Agadja, une période où le royaume était encore en phase d'ascension, caractérisée par des structures politiques et sociales qui allaient évoluer avec le temps. Cette époque a vu le royaume se forger une identité et des alliances, bien que son influence et son territoire étaient encore limités. Le deuxième est le Dahomey après Agadja, qui correspond à une période d'expansion et de consolidation du pouvoir. Sous le règne du roi Agadja, le royaume a connu une transformation significative, s'étendant vers de nouveaux territoires, notamment avec l'invasion des royaumes d'Allada et de Savê. C'est à cette époque que le royaume de Dahomey a acquis une notoriété sur la scène régionale, devenant un acteur majeur dans le commerce et les relations diplomatiques.

 

Carte du Dahomey précolonial

 

         Commençons donc par la genèse. Il faut dire que la toute première fois que le royaume de Dahomey a été mentionné sur une carte, c'était en 1561, sur la carte de Ruscelli, révélant ainsi l'existence d'une vie active dans cette région. Puis, en 1576, le nom d'Ardra, qui est identifié comme Allada, est apparu sur la carte d'Arnold de Langun. À cette époque, nul ne savait que cette zone était habitée, et ces cartes représentent les plus anciennes preuves de l'existence du royaume, témoignant de son importance historique. Situé dans la région du Mono, le royaume de Dahomey était un carrefour commercial réputé pour ses talents en matière de forge. Le clan des Allou, en particulier, était connu comme des forgerons habiles, fabriquant des lances, des hameçons, des portes et des couteaux. Certaines versions de l'histoire rapportent que le cauri servait de monnaie d'échange, soulignant l'importance économique de la région. Tado, en tant que grand foyer industriel, s'étendait sur toute la zone côtière, mesurant environ 50 lieues de longueur. Les frontières du royaume étaient délimitées par le fleuve Amugan à l'ouest et l'Ouémé à l'est, s'étendant sur 200 kilomètres jusqu'à l'océan Atlantique. Cette configuration géographique favorisait les échanges et les interactions commerciales avec d'autres régions voisines, renforçant ainsi le statut du royaume en tant que centre vital de commerce et d'industrie.

Parallèlement, un autre clan, celui des Azanou, détenait le pouvoir politique dans cette société dynamique. Parmi les populations vivant dans la région, on trouvait les Adja, Ewe, Fon, Xwla, Gun, Xweda, Ayizo, et d'autres groupes ethniques, chacun contribuant à la richesse culturelle et sociale du royaume. Cette diversité ethnique et ses structures politiques complexes ont joué un rôle fondamental dans le développement et la pérennité du royaume de Dahomey à travers les âges. Au début du XVIIIe siècle, le royaume yoruba était divisé en environ quatorze grands groupes, accompagnés de nombreux petits royaumes, occupant principalement la partie orientale de cette région. Parmi les principaux royaumes, on trouvait le Bénin (ou Ibini), Ekiti (ou Efon), Egba, Egbado (ou Awori), Ife, Igbomina, Ijamo, Ijebu, don't Idoko, Ijesha, Ketu, Ondo, Owu, Oyo et Shabe. On sait que pour des problèmes de succession, les fils de la princesse Aligbonon ont quitté Tado (aka Adja ou Adja Tado) pour fonder Allada, puis Abomey et enfin Hogbonou. L’un deux s’appelait Houégbadja. Il s’imposa et c’est ainsi que les Guédévi et les Aladahonou ont fondé le royaume de Dahomey. Ils vivaient longtemps en harmonie, et ne développèrent aucune forme de traite négrière.

Avant l'arrivée des Européens, les peuples Adja vivaient sous un système de gouvernement monarchique (Akinjogbin). Chaque royaume, qu'il soit principal ou secondaire, avait une ville centrale qui jouait un rôle important dans l'administration et le commerce, entourée de plusieurs villes, villages, hameaux et marchés soumis à son autorité. Les rois, figures centrales de ce système qu’il soit administratif ou social, étaient assistés par des chefs héréditaires, chacun responsable de tâches spécifiques, contribuant ainsi à une administration efficace et structurée.

Sur son territoire, le roi exerçait une grande indépendance dans sa gouvernance, avec la possibilité d'installer ses propres sous- rois et chefs. Il avait le pouvoir de lever des impôts, qu'il pouvait utiliser à sa discrétion pour le bien de son royaume. Les affaires pénales graves étaient de sa compétence exclusive, et il rendait la justice selon ses propres lois et coutumes. De plus, le roi pouvait mener des guerres pour défendre son royaume ou même attaquer un royaume voisin, agissant sans l'interférence d'autorités extérieures. Au sein de chaque État, le peuple possédait des idées spécifiques concernant l'autorité légitime, ainsi que celle qui ne l'était pas, et exprimait ses relations sociales et gouvernementales selon une unique « théorie sociale » acceptée. Bien que cette théorie n'ait jamais été formellement écrite, elle était probablement plus pratiquée que théorisée selon les historiens.

Néanmoins, elle était largement connue et acceptée, profondément ancrée dans le tissu social de la vie quotidienne des gens. Aujourd'hui encore, particulièrement dans les régions qui ont été peu touchées par la civilisation européenne moderne, des traces de cette pratique demeurent perceptibles. Cette relique persistante, couplée aux exemples enregistrés depuis le XVIIe siècle de certains actes spécifiques de l'État, tels que les cérémonies de couronnement, les déclarations de guerre et la célébration de fêtes, ont rendu possible la reconstruction de cette théorie comme fondement de l'organisation politique traditionnelle des royaumes Yoruba-Adja. Ce qui unissait les différents royaumes yoruba et Adja était l'affirmation et l'acceptation que tous les rois des principaux royaumes descendaient d'un même grand ancêtre. Les Yorubas évoquent souvent sept ou seize royaumes, tandis que les Adja en mentionnent trois, parfois quatre, comme appartenant à leurs pays respectifs. Par exemple, dans le pays Yoruba, tous les rois prétendent descendre directement ou indirectement d'Oduduwa, figure emblématique et mythique de leur histoire. De même, les rois Adja d'Allada, Ouidah (Whydah dans certains livres) et Dahomey se considèrent tous comme les descendants d'un prince nommé Nuatcha, qui, après avoir contesté sans succès le trône dans son pays d'origine, avait émigré à Allada. Dans tous les royaumes Yoruba et Adja, celui qui occupait le trône de l'ancêtre originel était perçu comme le « père » de tous les autres rois, tandis que chacun des autres rois se voyait comme un « frère ». Une structure familiale symbolique renforçait les liens entre les royaumes, favorisant un sentiment d'unité et de solidarité, même au sein d'une mosaïque de cultures et de traditions distinctes ; au point où jusqu’aujourd’hui, le mot « cousin » n’existe pas chez les descendants de ces royaumes.

Ainsi, la légitimité des autorités et la cohésion sociale reposaient sur une histoire partagée et des croyances communes, créant un cadre politique et social qui perdurait à travers les âges. Cette relation père-fils entre la personne occupant le trône de l'ancêtre originel et les grands rois constituait un élément fondamental de la constitution des pays Yoruba-Adja. Le « père » avait le devoir crucial de sanctionner la nomination de n'importe lequel des rois, qui, en retour, prêtaient serment de ne jamais attaquer son territoire. Contrairement à ce qu'on voulait nous faire croire, les peuples cohabitaient dans l'harmonie. Par exemple, dans le pays Yoruba, les élections des rois des royaumes les plus influents étaient officiées à Ife, où différents objets symboliques, parmi lesquels figuraient des épées et des coutelas, étaient présentés pour marquer cette légitimité. À Adja, les rois étaient couronnés soit à Allada, soit par des représentants envoyés de cette même ville.

Avant l'arrivée des Européens, les peuples Yoruba-Adja vivaient sous un système de gouvernement monarchique bien établi. Chaque royaume principal, ainsi que les ensembles de villages comme chez les Mahis, comportait une ville centrale entourée de plusieurs villes, villages, hameaux et marchés. Il est important de noter qu'aucun marché d'esclaves n'existait à cette époque sur leurs territoires, ce qui témoigne d'une organisation sociale différente de celle qui prévaudrait plus tard. Au sein de chaque royaume, les habitants avaient des idées précises sur l'autorité légitime, exprimant leurs relations sociales et gouvernementales selon une unique « théorie sociale » acceptée (Akinjogbin). Sur son territoire, le roi, assisté de ses chefs, gouvernait avec une grande indépendance. Il avait le pouvoir d'installer ses propres sous-rois et chefs, de lever des impôts et de les utiliser à sa guise. Toutes les affaires pénales graves étaient tranchées directement par lui, et il pouvait mener des guerres contre un royaume voisin sans avoir à demander l'autorisation de quiconque (Annexe : 41 lois de Houégbadja).

 

 

Organisation socio-économique de Dahomey au XVIIe siècle.

L'activité principale des Adja était l'agriculture, qui constituait le fondement de leur économie. En parallèle, diverses industries prospéraient, comprenant la filature du coton, le tissage de tissus, la transformation de la calebasse, la sculpture sur bois, la ferronnerie, le brassage de la bière, ainsi que la fabrication du sel. Ces activités artisanales et industrielles contribuaient à la richesse et à la diversité des produits disponibles dans la région. Les échanges commerciaux étaient dynamisés par une série de marchés établis dans différentes zones des royaumes. Le commerce impliquait l'échange de produits agricoles et manufacturés, favorisé par l'existence d'une monnaie commune, les cauris. Cette monnaie, couplée à un système lagunaire et à une langue commune, facilitait le commerce à longue distance entre toutes les régions du pays et peut-être même au-delà.

Il est intéressant de noter que les premiers Européens à visiter la côte d'Adja ont observé de nombreux marchés où divers produits étaient achetés et vendus. Cependant, aucun d'entre eux n'a rapporté avoir vu un marché aux esclaves comme notifié quelques paragraphes plus haut, bien que ce sujet ait suscité leur intérêt, car ils avaient entendu parler de tels marchés situés à huit cents miles à l'intérieur des terres, au-delà des limites des territoires Adja. Akinjogbin clame que les chrétiens européens ont introduit le trafic d'esclaves dans ces royaumes, et qu'avant leur arrivée, les peuples vivaient en paix.  Les disputes arrivaient parfois entre le royaume d’Oyo et celui du Dahomey qui perdit la guerre dès les premières attaques fatales d’Oyo. Il devait donc verser un lourd tribut à celui-ci en échange de la paix. L'introduction du trafic d'esclaves a non seulement modifié les relations économiques, mais a également entraîné des changements sociaux et politiques, redéfinissant les structures de pouvoir et les interactions entre les différents royaumes. L'impact de ce fait historique a eu des répercussions durables sur l'ensemble de la région, transformant les relations inter-ethniques et le paysage économique au fil du temps.

Tidiane pense que les Africains dans cette partie du monde se livraient des guerres incessantes. Mis à part le fait que certains royaumes etaient formés d’une trentaine d’ethnies vivant en parfaite harmonie comme celui des « Sombas » dans la région septentrionale, ou les Ewés de Kétou, il faut savoir que le grand royaume des Mahis était un ensemble de plusieurs petits groupes ethniques qui n’ont laissé jusqu’à présent aucune trace de guerre dans l’histoire. Les européens quant à eux, avaient plutôt transféré leurs guerres incessantes sur les côtes africaines. On peut citer par exemple les attaques hollandaises contre les possessions portugaises en Afrique de l'Ouest furent particulièrement véhémentes, car les Néerlandais menaient depuis 1568 une guerre d'indépendance contre l'Espagne. Lorsque le Portugal est devenu partie intégrante de la monarchie espagnole en 1580, toutes les anciennes possessions portugaises passèrent sous la domination néerlandaise, entraînant une série de conflits et de rivalités dans la région. En 1642, les Portugais avaient été chassés de la côte de l'or, illustrant l'intensification de la lutte pour le contrôle des ressources africaines. L'arrivée des Européens a donc accru l'insécurité dans les royaumes, provoquant une déstabilisation en y introduisant l'esclavage. Comme le mentionnent J. W. Blake dans European Beginnings in West Africa et The Gold Coast, ce processus exogène et dévastateur a transformé les structures sociales et économiques des royaumes, les rendant vulnérables à des pratiques destructrices.

En ce qui concerne l'organisation politique du royaume de Dahomey, on peut affirmer que le roi représente l'autorité suprême. La terre de Dahomey lui appartient en toute propriété. Le Méhou, en tant que responsable des affaires concernant tout le pays au-delà de l'ancien royaume d'Allada, avait pour mission de recevoir les Européens à Abomey et de gérer l'entrée des cauris provenant des droits d'ancrage perçus à Ouidah. Le Migan était le chef suprême de tous, à l'exception des princes, dont la situation privilégiée les mettait en dehors de son autorité. Le Yovogan, en tant que gouverneur, rendait compte directement au roi par l'intermédiaire du Méhou. Adjaho, quant à lui, était l'huissier du palais, jouant un rôle clé dans l'administration royale. Le Sogan était le commandant du palais, tandis que le Tokpo était chargé de l'agriculture et de la protection des femmes du palais. Enfin, Akplogan était responsable du patrimoine culturel et agissait également en tant que commandant du royaume (Michozounon). Cette structure hiérarchique et les divers rôles au sein de l'administration témoignent de la complexité et de l'organisation minutieuse de la société dahoméenne, qui a su gérer à la fois les affaires internes et les relations avec l'extérieur, en particulier avec les puissances européennes. La littérature dahoméenne se transmet à travers des chants, des symboles et, surtout, les noms des rois. Chaque nom au sein de ce noble et puissant royaume recèle une histoire. Le nom de chaque roi, de chaque ville, et de chaque élément témoigne d'événements marquants : il raconte une lutte gagnée ou perdue, un événement heureux ou tragique, un fait qui a laissé une empreinte indélébile dans le royaume et qui est ainsi immortalisé. Prenons par exemple le nom du roi Houégbadja, qui signifie « le poisson qui a échappé à la nasse n'y retourne jamais ». À cette époque, il était connu sous le nom d'Aho. Son père et lui revenaient d'une visite à Tooué, chez Agbokanzo, chef d'une tribu amie, qui les reconduisait. Un coup de vent emporta le chapeau de Dako, et celui-ci remarqua le peu d'empressement de son fils à le relever. Agbokanzo, observant la scène, dit : « Laisse donc cela, Dako ! Les poissons qui ont quitté la rivière pour vivre sur la terre ne veulent plus rien entendre. » Aho ne répondit pas sur le moment, mais, rentré dans son village, il confia à son père que les paroles d'Agbokanzo l'avaient profondément froissé, car il en avait saisi l'allégorie. « Ces paroles, dit-il, ne s'adressent pas seulement à moi ; elles font allusion aux migrations de notre tribu. » « Les gens de ce pays ne sont point contents de voir des étrangers se fixer parmi eux aussi solidement que nous le faisons. » Aho, vindicatif, n'oublia pas cet incident, qui pouvait sembler insignifiant en apparence. Il le rappela dans le nom qu'il prit à la mort de son père : « houê glo'adja, ma i adja ; houê man gni aghé tò. » Cela signifie : « Le poisson qui s'est échappé de la nasse n'y rentre plus ; le poisson appartient à la rivière et non pas à la terre. » Cette allégorie doit se comprendre comme un message clair : « Je me suis éloigné d'Agbokanzo et ne veux plus avoir rien de commun avec lui. »

Son armoirie fut composée d'un poisson, symbolisant son nom, et d'une roue, représentant que, sous son règne, l'activité principale du royaume était l'agriculture. Le royaume avait promu la culture des produits vivriers, ce qui permettait à la population de manger à sa faim.

Voilà donc qui illustre non seulement la richesse symbolique et culturelle du royaume de Dahomey, mais aussi l'importance de l'agriculture pour la survie et la prospérité de ses habitants. Les choix iconographiques d'Aho reflètent ses valeurs et son engagement envers le bien-être de son peuple, tout en évaluant sa détermination à se distancier des alliances qu'il jugeait nuisibles.

 

 

 

Les tombes au Dahomey et Le prétendu « sacrifice humain »

 

Concernant les tombes des rois de Dahomey, il semble que peu de tombes royales ont été retrouvées jusqu'à présent. Bien que des symboles représentant les tombes des rois existent, les découvertes effectuées sont relativement récentes. Dans la période précédant le Guézo, les enterrements des rois se faisaient dans la plus grande intimité, et personne ne sait où se trouvaient les anciennes tombes. Il n'y avait sans doute pas de mausolée ni de cénotaphe. Seuls les princes élus accompagnaient le corps du roi à sa dernière demeure, car, par la grande peur des Dahoméens que les Nagos et les Oyos viennent détruire les tombes (Hérissé). Tidiane décrit donc ici la tombe de Guézo, qui est la plus récente connue à ce jour (et qui a sans doute été dressée après invasion esclavagiste). Rappelons que le roi Guézo a règne de 1818 à 1858. Les tombes, en tant que symboles de l'autorité et du respect des ancêtres, jouaient sans doute un rôle primordial dans la mémoire collective et l'identité culturelle du peuple dahoméen. Des tombes célèbres, telles que celles de Hangbé et de Gangnihêssou, restent encore non découvertes. Selon certaines croyances, le roi Akaba ne serait jamais mort, mais se serait volatilisé dans la nature. Il existe encore de nombreuses autres tombes qui demeurent inconnues. Par conséquent, il serait donc erroné d'attribuer une ou deux tombes à tous les rois du royaume. Il est indéniable que des rites tels que le sacrifice d'une fille vierge étaient pratiqués pour remercier les dieux d'avoir accordé une longue vie au roi ; lorsque ce dernier régnait pendant une période prolongée, une telle pratique était courante. Ce rituel remonte à l'époque de Dada Houégbadja, selon certains témoignages, et il semblerait que ce rituel n’ait pas été perpétué puis que le roi Houégbadja fut le seul à avoir vécu aussi longtemps au trône. Il faut ajouter que tous les rois de Dahomey ont des tombes symboliques au palais royal d'Abomey aujourd'hui.

 

Dans les scripts sur histoires générales de l'Afrique de l'Ouest, la question du sacrifice humain a souvent été négligée. Aucun historien n’a consacré les écrits à la signification du crime d’accompagnement dans le royaume de Dahomey. Les quelques écrits qui abordent ce sujet semblent plus préoccupés par la compréhension d’un phénomène plutôt que par une véritable explication. En effet, les funérailles en Afrique de l'Ouest impliquaient souvent dans les écrits occidentaux, le meurtre de personnes destinées à servir de préposés au défunt dans l'au-delà. Cette pratique repose sur l'hypothèse commune selon laquelle la vie après la mort serait fondamentalement similaire à la vie terrestre. Ainsi, les funérailles en Afrique de l'Ouest impliqueraient souvent le meurtre de personnes destinées à servir de préposés au défunt dans l'au-delà (selon certaines sources). Cependant, il est important de noter qu'il s'agit davantage de crimes d'accomplissement que de sacrifices humains au sens traditionnel du terme. Cette distinction est cruciale pour comprendre les motivations culturelles et spirituelles qui sous-tendent de telles pratiques. Elles témoignent d'une conception complexe de la mort et de l'au-delà, où les vivants cherchent à assurer une continuité de service et de statut pour les défunts. En abordant ce sujet, il est essentiel de dépasser les simplifications et de prendre en compte les faits sociaux, culturels et spirituels qui façonnent ces rituels. Au Dahomey, le yê (ou l'âme) peut quitter le corps momentanément ; Par exemple, le rêve est dû au voyage du yê vers l'endroit ou auprès de l'individu qui est l'objet du songe. La séparation définitive constitue la mort ; le yê s'en va alors au pays des morts, mêkou-koutomè. Là, il retrouve les yê de sa famille et vit auprès d'eux comme sur terre. Il jouit des mêmes plaisirs que les humains, c'est-à-dire, selon la perspective particulière des Dahoméens, le repos, l'union des sexes, ainsi que le boire et le manger. S'il était le yê d'un chef ou d'un roi sur terre, il continue à être roi ou chef dans l'au-delà ; s'il était esclave, il demeure esclave. Cette conception de la vie après la mort reflète les croyances profondes des Dahoméens concernant la continuité de l'existence et le maintien des hiérarchies sociales, même dans la dimension spirituelle.

Au XVIIIe siècle, le nombre de milliers d'hommes sacrifiés, tel qu'inscrit dans les récits historiques occidentaux, était farouchement contesté par les Ashantis, dont le roi affirmait qu'il n'y avait qu'une dizaine de captifs. Des études, comme celles publiées dans Human Sacrifice in Precolonial West Africa et par la Royal African Society (1944), expliquent les premiers constats des navigateurs. Des auteurs tels que Chapman, Brooking, Hilliard et Winniett témoignent des « sacrifices humains » en décrivant des dizaines de corps décapités lors des cérémonies d'inhumation des grandes personnalités. Ces sacrifices étaient souvent offerts à la grande divinité Tano, notamment lors des fêtes traditionnelles comme le Odwira chez les Ashanti. Bien que les autochtones, y compris le roi, confirmaient que la plupart des victimes étaient des traîtres exécutés pour trahison, et que le nombre était inexact (c’était dix au lieu de plusieurs centaines), les colonisateurs restaient inflexibles dans leurs récits. Ainsi, les écrits historiques contestés depuis l'époque sont conservés et relayés jusqu'à nos jours.

Au Dahomey, les ennemis étaient tués ou livrés, ou encore recyclés dans l’armée ; ils sont jugés criminels ou pas par le roi, et cette pratique existait depuis la fondation du royaume (Annexe : les 41 lois de Houégbadja). Les crânes des victimes étaient conservés dans un charnier aménagé au milieu de la résidence des Migans. Ils étaient ensuite alignés sur les murs du royaume. L'objectif de cette pratique était de terroriser les ennemis du royaume et de les prévenir de leur sort s'ils osaient attaquer. Ceci explique la raison pour laquelle seuls les plus guerriers étaient nommés rois, et la reine Hangbé était contestée. De plus, cette pratique servait à enseigner aux Dahoméens l'importance d'éviter la traîtrise. En affichant les conséquences des attaques, le royaume cherchait à instaurer un climat de peur chez ses adversaires tout en renforçant la loyauté et la fidélité au sein de sa propre population. Cette approche nous laisse comprendre l’organisation exécutive des royaumes et le contrôle social au sein de la société dahoméenne, où la mémoire des conflits et des sacrifices passés était utilisée pour maintenir l'ordre et la cohésion dans le royaume. À la mort d'un souverain, la population était en deuil. Certains pleuraient de manière désespérée, tandis que d'autres se rendaient au palais pour témoigner de leur compassion. Cela constituait la première étape de la cérémonie d'inhumation. Par la suite, les cérémonies étaient organisées selon les décisions prises par les aînés de la grande famille royale, après consultation du fa (le devin ou le sage).

En Europe, par exemple, selon les témoignages d'Hérodote, le crime d'accompagnement est également présent chez les Turcs, les Mongols, en Eurasie etc...  Il décrit que, lors de la mort d'un roi, les Scythes creusaient une fosse carrée. Après avoir parfumé le cadavre avec des aromates et vidé ses intestins, ils le plaçaient sur un chariot dans un espace libre de la chambre où il allait être enseveli. Ensuite, les concubines, le cuisinier, l'échanson du roi, le valet, le porteur de message, ainsi que les chevaux et les coupes d'or, étaient également sacrifiés. Ces personnes étaient étranglées et cette cérémonie était renouvelée au bout d'un an, où les serviteurs les plus aptes à servir le roi étaient ceux qui faisaient l'objet de ce sacrifice, pouvant atteindre une cinquantaine de personnes. Chacun d'eux montait sur un cheval avant que l'on n'enfonce un morceau de bois pointu dans leur corps, le long de l'épine dorsale. Il s'agit ici de crime d'accompagnement.

En Amérique, les Aztèques croyaient que, pour maintenir l'équilibre sur terre, il était nécessaire que la terre et le soleil soient nourris de sang et de cœurs humains. Leur histoire est marquée par des campagnes militaires visant à capturer des ennemis et à acquérir des produits exotiques. En contraignant les cités dominées à perfectionner l'art de la guerre, ils forçaient également les populations soumises à payer des tributs. Cette domination était donc nécessaire pour fournir les victimes nécessaires aux sacrifices, dont le cœur était arraché à l'aide de couteaux comme le ququtli, qui signifie « soleil » et mesure environ 30 cm de long (Atlas de l'Histoire du Monde). Selon Marvin Harris, en Amérique centrale, non seulement les humains étaient sacrifiés à des divinités, mais ils étaient également consommés. Un système de distribution de la chair humaine était en place, considéré comme très bénéfique en raison de sa richesse en protéines animales. Tidiane, la tombe de Guézo ne représente pas toutes les tombes royales de Dahomey, et cette pratique semble être universelle à l'époque. Ajoutons que le 9 mars 1926, les restes du roi Béhanzin furent retournés à la république du Dahomey. Cet enterrement fut public et un bélier noir fut sacrifié lors de la cérémonie d'enterrement du roi. Ceci est bel et bien du sacrifice humain si on considère que le bélier est de la race humaine. (big lol).

 

 

 

Pourquoi ce livre ?

Ce livre a été écrit suite à une attaque que j'ai subi sur les réseaux sociaux. Je racontait les gloires des rois de Dahomey, avec fièrté. Je fus un jour embarrassée par un frère sénégalais qui semblait être très sûr de la version contraire: aucun roi du Dahomey n'a été glorieux. Je le confrontai du mieux que je pouvais, mais le débats devenait de plus en plus houleux. Il finît par montrer sa source: Le Génocide Voilé de Tidiane Ndiaye. J'allai acheter le livre, je le lus, je contactai des historiens béninois et togolais, et je fouillai comme une folle de bibliotèque en bibliotèque. Je me rendis compte que l'écrivain :

- n'a jamais été historien

-était un ancien légionnaire français

- n'a pas travaillé avec des historiens béninois

-n'avait certainement pas lu ses propres sources car aucune d'elles ne confirme cette version

-avait relayé des informations qui semblaient totalement inconnues des historiens, et aucune de ses sources ne les prouvaient

plus encore, le livre est classé patrimoine culturel de la france, et les remerciements étaient pour la bibliotèque régionale de la Guadeloupe, financée par la France.

Après avoir contacté la maison d'Editions sans succès, et contacté l'écrivain qui décidément ne voulait pas me répondre, je décidai d'écrire une critique littéraire. 

Ainsi commença mon histoire dans le monde des livres. Bien qu'il ne m'a jamais répondu, entre 2021 et 2024, l'écrivain rééditat son livre 5 fois alors que depuis 2008, il ne l'avait fait qu'une fois ou deux.

Et ma lutte ne s'arrêtera pas, tant que la dignité de mon peuple sera entâchée avec le révisionnisme.

 

 

L'idée derrière ce livre

Dénoncer le révisionnisme et l'anachronisme.

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