Mes Trois Vies
En route, il me montra une jeune fille que je connaissais bien au campus. Elle était devenue célèbre en remportant le titre de miss faculté des sciences et techniques, en CBG (Chimie-Biologie-Géologie). Elle sortait de la rue du professeur Ballot, sous le soleil de midi, sac sous le bras, seule. Sa victoire avait suscité beaucoup d’attention, et il parait que tous les professeurs l’avaient vue en privé pour la féliciter d’avoir remporté le concours de beauté de la faculté des sciences. Cela semblait être un véritable exploit, mais je ne pouvais m’empêcher de ressentir une pointe de cynisme à son égard. Il était également intéressant de noter qu’après sa victoire, la jeune fille avait excellé dans toutes ses matières. Les compliments et l’admiration qu'elle recevait semblaient avoir un impact positif sur ses performances académiques. Cependant, ce qui me paraissait le plus drôle, c’était qu'elle marchait toujours la tête baissée, comme si elle ne voulait pas attirer l’attention sur elle-même. Bien que son succès ait été célébré, il semblait qu’elle était en réalité très isolée, ne parlant à personne si ce n’est qu’aux responsables d’amphi. Je me mis à réfléchir à sa situation, et une pensée révoltante m’envahit. Je ne mènerai jamais une telle vie, plutôt crever! Cette vision d’une existence où l’on est constamment sous le feu des projecteurs, mais aussi enfermé dans des attentes, me terrifiait. J’aimais trop ma liberté pour vivre dans une prison, même une prison dorée. Il me semblait que le succès pouvait parfois être un piège, et je ne voulais pas sacrifier mon indépendance pour une reconnaissance qui ne me semblait pas authentique. En observant cette jeune fille, je ressentais un mélange de compassion et de rejet ; je ne l’enviais en rien. Je comprenais qu'elle avait travaillé dur pour atteindre ses objectifs, mais de quel travail parlons-nous ? Était-elle vraiment heureuse ? Avait-elle des amis, des passions, où était-elle simplement devenue un symbole, un stéréotype de ce que la société valorisait ? Que dirait sa famille, ses ancêtres, devant une telle situation ? Dieu voit-il tout ça ? Ces titres facilitent les voyages certes, les maladies sexuellement transmissibles ferment toutes les portes. Alors que nous poursuivions notre route, je réalisai que je tenais fermement à mes valeurs et à mon désir de vivre authentiquement. La liberté de choisir ma propre voie, d’assumer mes échecs, et d’apprendre de celles-ci, était bien plus précieuse que toute reconnaissance superficielle. Je voulais tracer mon propre chemin, sans avoir à me conformer aux attentes des autres, et cela était le plus important pour moi.
Certaines personnes affirment même qu'après Dieu, c’est eux. J'ai été témoin de cette réalité et j'ai vécu des situations qui semblaient inévitables. Au cours de ma première expérience de vie, j'ai constaté des violations de la loi à de nombreux niveaux, et il est regrettable de constater que seuls ceux disposant d'influence obtiennent justice. Il y a un refus systématique de rendre aux individus ce qui leur revient de droit, sans qu'aucune conséquence ne soit envisagée.
Arrivée à la maison, je me suis allongée sur le canape et j’ai revu la scène d’horreur que je venais de vivre. Je ne m’en revenais pas. Suis-je au complet ? Tous ces murmures étaient donc vrais. Qui va sauver ces jeunes de cette vie qui ne promet aucune sécurité́. Ce déséquilibre social ne serait point établi si seulement la négligence administrative n’était pas au rendez-vous. Il me fallait trois mois pour me faire une carte d’identité civile, un mois pour mon passeport, des boulots faits sur des mois sans jamais recevoir le salaire, et maintenant l’éducation caduque.
Le lendemain, Junior, mon voisin d’en face est celui qui me fait changer d’humeur. Il a toujours quelque chose de bizarre a raconter. C’est notre Google ça. Celà faisait sept mois qu’il avait disparu du quartier. Le voilà dans son fauteuil roulant s’approcher de mon portail. C’était un homme costaud, qui venait droit d’une région éloignée de la capitale, pour chercher l’argent de la ville, laissant derrière lui ses deux femmes. La belle ville dont il avait toujours rêvé. Il voyait Cotonou devenir un jour New York, et il disait toujours que tout irait mieux. Il aime la ville : la plage, la mer, les ponts, les grandes routes, les voitures, les étrangers.... Tout allait bien pour lui quand il est arrivé́ en ville. Puis tout a basculé quand il est allé́ en 2007 au Togo pour acheter des motos pour les revendre au Bénin. En route, au niveau du pont de payage, un chauffeur de taxi tout bourré est arrivé́ à vive allure sans aucun control. Il parait qu’il essayait de dire bonjour aux policiers qui étaient au bord de la voie publique, en fonction. Les policiers semblaient ne pas l’avoir vu, mais il insistait. Avant même qu’il ne s’en rende compte qu’il mettait la vie des autres et sa propre vie en danger, sa moto s’envola loin de la route et lui-même se vit à l’envers, flottant dans l’air puis atterrisse brusquement sur le sol et perdit conscience. Il s’enfonça sous le capot avant en atterrissant sur le dos. Le liquide rouge éclaboussa le sol et il perdit conscience sur le champ. La voiture de junior voulant éviter de l’écraser, dévia vers la dépression d’à droite. Le sol était fait de sable de plage, mais plus loin il y avait un cabaret en mur, représentant le centre de police charger de superviser la zone Trans étatique. Les policiers s’étaient éloignés d’environ cent mètres, et parlaient avec une vendeuse d’orange. On voyait bien qu’ils ne faisaient pas attention au conducteur de la moto qui comprendra plus tard que la vie ne se dédouble point. La voiture de junior roula dans la descente, et comme aucun des deux passagers ne portait la ceinture, puisque ce n’est pas exigé́, il se cognaient tous deux les uns contre les autres. Pendant le cirque, le chauffeur passa par la fenêtre du coté conducteur, et junior resta coincé dans le véhicule, jusqu’à ce que ceci cogne un manguier dans la brousse à dix mètres environ de la voie bitumée. L’ambulance ne viendra jamais sur les lieux de l’accident. Les habitant de la zone crurent qu’il était mort, et s’occupaient plutôt du chauffeur de taxi qui lui était encore conscient de tout ce qui se passait. Au bout d’une demi-heure, sa mère l’appela au téléphone et la sonnerie l’a réveillé́. Un homme de bon cœur l’amena enfin à l’hôpital deux heures plus tard en voiture. Il était derrière dans la voiture les pieds élevés alors qu’il avait la vertèbre lombaire cassée. Les pieds élevés ont augmenté́ la pression sur le dos, ceci a aggravé la douleur et il est resté dans cette position pendant une heure pleine. Après 24h, une infirmière arriva dans la salle pour visite médicale quand junior sympathisa avec elle. « Vous êtes si belle ! Si Dieu me donne longue vie, je marierai une belle femme comme vous. »
Pourquoi ce livre
Ce livre retrace mes luttes et mes expériences à travers les trois continents Afrique, Europe et Amérique. Les cultures et les réalités ont façonné mes visions au fil du temps. Je les raconte sans filtre. De la crise humanitaire en Afrique à la crise identitaire aux USA en passant par le choc historique en Europe, j'ai appris à être déterministe culturelle.
Que m'apporte ce livre ?
Ce livre m'apporte le soutien des figures héroïque de mon pays à savoir Kemi Seba, Marie-Elise Gbèdo et Didier Akplogan. Ces gens qui, en toute simplicité m'ont forgé.
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