Les roses de Cotonou

 

1-     Adjoua

Dans l’école Sainte Rita 2 à Cotonou, au Bénin, il y avait une femme nommée Adjoua. Elle enseignait la biologie. Adjoua était une femme de la soixantaine, ronde et courte, avec une peau noire et un petit point de beauté sur la joue gauche. Elle ne souriait jamais, ce qui lui donnait un air toujours sérieux et déterminé. Adjoua était très stricte en classe. D’abord, elle s’attaquait à la tricherie. Elle renvoyait immédiatement les tricheurs de la salle, sans aucune hésitation. Et elle leur rappelait chaque jour qu’ils avaient triché pendant les examens, il y a trois ans ou à telle date précise, comme si c’était une marque indélébile sur leur parcours. Même les nouveaux venus connaissaient tous les tricheurs du passé. Elle proposait qu’on les montre au drapeau le lundi matin, afin de les marquer à jamais ; un enfant qui triche sera un policier corrompu. Pour elle, la tricherie était une faiblesse qui affaiblissait non seulement l’élève, mais toute l’Afrique, car cela montrait un manque de confiance en ses propres forces.

 

Et elle parlait des soins corporels, même si ce n’était pas au programme de biologie. Elle n’aimait pas quand les filles sentaient mauvais, et elle insistait sur l’importance de l’hygiène personnelle. Elle proposait l’alun, une pierre naturelle qu’on ramassait par terre dans certaines régions, très efficace contre les odeurs corporelles. Adjoua expliquait que c’était une solution simple et africaine, venue de la terre même du continent. Pour Adjoua, ces odeurs et ces problèmes étaient des armes que nos oppresseurs des pays riches utilisaient pour nous attaquer, en nous rendant vulnérables et en nous faisant passer pour inférieurs. Et surtout, c’étaient des répercussions des OGM, qui, selon elle, altéraient les corps africains, rendant la peau plus sensible et les odeurs plus persistantes à cause des toxines accumulées.

 

Le Bénin avait connu des moments difficiles qui n’ont jamais été enseignés dans les écoles. En 1990, le gouvernement de Kérékou était tombé. Cette crise mondiale qui avait engendré le Washington SAP s’était proliféré sur le pays voisin du Nigeria. Les pays occidentaux avaient promis d’aider l’Afrique avec des produits OGM, c’est-à-dire des aliments modifiés en laboratoire. Mais dix ans après, le nombre de cancers en Afrique avait beaucoup augmenté. Il était passé de 0,7 % à 13 % au Bénin d’après certaines études effectuées à Cotonou, dont elle donnait les sources. Adjoua disait que c’était à cause de ces OGM, qui étaient nocifs pour la santé. Elle ajoutait que les résultats des laboratoires africains étaient souvent contestés pour des raisons médiocres, telles que le processus de stérilisation des outils utilisés ou la propreté du laboratoire pas rectiligne, ce qui était faux selon elle. Les résultats des autres continents ne sont jamais remis en cause de la même manière. Elle disait que nous mourions et les causes étaient souvent autres que celles établies par nous-mêmes. Aucun journal scientifique ne les relayait. Nos travaux étaient effectués par des spécialistes qui ont été formés et qui viennent de ces pays-là, mais cela n’empêchait pas les biais géographiques et raciaux dans l’évaluation scientifique. Les OGM sont des organismes génétiquement modifiés, comme des plantes changées par la science pour résister aux insectes ou aux maladies. En Afrique, des pays comme l’Afrique du Sud ou le Burkina Faso les utilisaient pour augmenter la production de nourriture. Mais ces produits étaient dangereux : ils causaient plus de cancers, d’allergies et de problèmes de santé. Par exemple, au Nigeria, 67,46 % des gens pensaient que les OGM étaient nocifs pour la santé humaine, et 52 % les associaient à des allergies et des cancers. Des études montraient que les OGM pouvaient causer des tumeurs cancéreuses chez les animaux. Au Nigeria, il y avait 12 000 décès par cancer du sein en 2018, le taux le plus élevé au monde, lié en partie aux OGM. Des critiques disaient que les OGM endommageaient la fertilité des jeunes et causaient le cancer chez les personnes âgées. Beaucoup de gens en Afrique, comme 70 % dans certaines enquêtes, associaient les OGM à des risques de santé accrus, comme le cancer et l’obésité.

 

Adjoua marchait dans les rues ensoleillées de Cotonou, qui faisait briller les roses sauvages poussant le long des rues pavées. Elle portait en elle l’histoire d’un continent qui luttait pour sa survie, un continent où les promesses étrangères se transformaient souvent en pièges. Le Bénin, comme tant d’autres pays africains, avait vu arriver ces semences modifiées avec l’espoir de vaincre la faim. Mais au fil des années, les hôpitaux se remplissaient de malades atteints de cancers et d’autres maux inexplicables. Adjoua, une femme simple mais instruite, avait lu des rapports locaux qui montraient une hausse alarmante des cas de cancer, passant de moins de 1 % à plus de 13 % en une décennie au Bénin. Elle en était convaincue : les OGM, ces aliments trafiqués en laboratoire par des compagnies occidentales, étaient la cause principale. Ces produits, conçus pour résister aux insectes ou aux sécheresses, cachaient des dangers invisibles. Des études africaines, menées à

Cotonou, pointaient du doigt les résidus de pesticides plus élevés dans ces cultures, qui s’infiltraient dans la nourriture et attaquaient le corps humain, provoquant des tumeurs, des allergies et même des problèmes de fertilité.

 

Pourtant, quand les scientifiques africains publiaient leurs résultats, on les contestait pour des raisons absurdes : un outil mal stérilisé, un laboratoire pas assez propre. Adjoua riait amèrement en pensant à cela. Pourquoi les études venant d’Europe ou d’Amérique n’étaient-elles jamais remises en question de la même façon ? C’était clair pour elle : un biais racial et géographique empoisonnait la science mondiale. Les Africains mouraient, mais on attribuait toujours les causes à autre chose :  la sainte pauvreté (sans jamais souligner que c’est dû au pillage et au terrorisme fiscal du CFA) le climat, jamais aux produits imposés par l’extérieur. Aucun grand journal scientifique international ne relayait ces travaux africains, même si les chercheurs locaux étaient formés dans les meilleures universités du monde. C’était une forme de silence complice, qui laissait l’Afrique seule face à ses souffrances.

 

         Plus, cette histoire des OGM en Afrique n’est pas juste un problème de santé ; c’est un chapitre de plus dans la longue lutte pour l’indépendance du continent. Les ancêtres comme Kwame Nkrumah ou Thomas Sankara, nous enseigne que l’Afrique doit rejeter les chaînes du néocolonialisme. Les OGM représentent exactement cela : une dépendance forcée aux multinationales étrangères, comme Monsanto ou Bayer, qui contrôlent les semences et obligent les paysans à acheter chaque année de nouvelles graines stériles. Au lieu de renforcer l’autonomie alimentaire, ces produits affaiblissent les économies locales. En Afrique du Sud, au Burkina Faso ou au Nigeria, où les OGM ont été adoptés, on voit une augmentation des cas de cancers et d’autres maladies, comme le montrent des enquêtes locales où plus de 67 % des Nigérians associent les OGM à des risques pour la santé. Mais ce n’est pas seulement une question de chiffres ; c’est une attaque contre la souveraineté africaine. Les pays occidentaux, après avoir pillé les ressources naturelles, imposent maintenant des aliments modifiés qui profitent à leurs entreprises, au détriment de la santé des Africains. Le souverainisme, qui prône l’autodétermination des peuples, nous pousse à voir cela comme une invasion dangereuse et surtout silencieuse. 

 

Pourquoi l’Afrique, riche en terres fertiles et en savoirs traditionnels, devrait-elle dépendre de technologies étrangères qui causent plus de mal que de bien ? Des études montrent que les OGM coïncident avec une hausse des résidus de pesticides, augmentant les risques de diabète et de maladies organiques. Au Nigeria, par exemple, 12 000 femmes meurent chaque année du cancer du sein, un taux parmi les plus élevés au monde, et des voix locales lient cela en partie aux OGM. C’est une forme de terrorisme biologique pur et simple : une guerre menée par des moyens invisibles, où les armes sont des semences empoisonnées, et les victimes sont les peuples africains. Ce terrorisme biologique n’est pas un accident ; il est délibéré, conçu pour affaiblir les nations africaines, réduire leur population active et maintenir une dépendance éternelle. L’Afrique est victime de ce terrorisme, avec des millions de vies perdues ou brisées, et cela continue sous nos yeux. Et que dire des institutions internationales dans tout cela ? Elles sont complices de ce terrorisme biologique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), par exemple, fondée pour protéger la santé mondiale, semble souvent alignée sur les intérêts des puissances occidentales et des grandes compagnies. L’OMS déclare que les OGM sont sûrs s’ils sont évalués correctement, mais elle ignore ou minimise les études africaines qui montrent des liens avec les cancers et les allergies. Pourquoi ne défend-elle pas plus fermement les recherches locales contre les biais raciaux ? Au lieu de cela, elle promeut des normes qui favorisent les OGM, en partenariat avec des organisations comme l’USAID ou la Banque Mondiale, qui poussent l’Afrique à adopter ces technologies. Des critiques en Afrique révèlent que l’OMS ferme les yeux sur la désinformation et les risques réels, laissant les pays du continent vulnérables. C’est une trahison flagrante :

pendant que des millions d’Africains souffrent et meurent de ces maladies induites, l’OMS priorise les agendas économiques de certains pays, plutôt que la santé des peuples opprimés. Au Bénin et ailleurs, où les taux de cancer montent en flèche selon Adjoua, l’OMS pourrait exiger des enquêtes indépendantes, mais elle reste silencieuse, complice d’un système qui perpétue l’inégalité et le terrorisme biologique. 

 

D’autres institutions comme la FAO ou l’ONU suivent souvent le même chemin, en encourageant l’adoption d’OGM sous prétexte de sécurité alimentaire, tout en ignorant les preuves africaines de leurs dangers. Cette complicité transforme ces organismes en outils du néocolonialisme, permettant aux puissances étrangères de mener leur guerre biologique sans être tenues responsables. De ce pas, l’Afrique doit trouver ses propres solutions, ancrées dans le souverainisme et le panafricanisme. D’abord, interdire les OGM sur le continent, comme l’ont fait des pays comme le Zimbabwe ou l’Algérie, qui résistent à ces importations. Retourner à l’agriculture traditionnelle, en valorisant les semences locales résistantes et adaptées au climat africain. Et en plantant ce que les africains consomment. Les paysans béninois, par exemple, pourraient relancer des cultures comme le fonio ou le manioc non modifié, riches en nutriments et sans pesticides chimiques. Deuxièmement, il faut investir dans une recherche scientifique africaine indépendante : créer des laboratoires panafricains, financés par les africains eux-mêmes (les salaires des députés peuvent être diminués, les sénats budgétivores supprimés, et un seuil pour le salaire des ministres et présidents), pour étudier les vrais impacts des OGM sans biais étrangers. Des initiatives comme celles du Burkina Faso, qui a suspendu le coton OGM pour protéger ses sols, montrent le chemin. Troisièmement, les africains devraient promouvoir l’unité : une politique commune contre les OGM, via des accords régionaux comme la CEDEAO, pour bloquer les importations et soutenir les échanges de semences entre pays africains. Enfin, il faut éduquer les populations : des campagnes locales, en langues africaines, pour sensibiliser aux dangers et aux alternatives. L’Afrique a tout pour être autosuffisante, ses terres, son savoir ancestral, sa résilience. En rejetant les OGM et en dénonçant ce terrorisme biologique avec la complicité des institutions internationales, elle affirme sa souveraineté, protège sa santé et bâtit un avenir uni. Adjoua s’arrêta près d’un manguier à Cotonou. Elle savait que le combat n’était pas fini, mais avec la force de l’unité, l’Afrique pouvait guérir ses blessures et fleurir à nouveau.

 

       L’histoire des OGM montrait comment l’Occident aidait l’Afrique, mais en réalité, ça faisait du mal. En 1990, après la chute de Kérékou, ils avaient envoyé ces produits nocifs. Ça avait augmenté les maladies comme le cancer. C’était comme une attaque biologique : les puissances étrangères utilisaient les OGM pour affaiblir l’Afrique, en rendant les gens malades et dépendants des semences étrangères. Cela continuait le colonialisme, en contrôlant la nourriture et la santé du continent. « Notre continent importe plus que tout autre continent dans le monde ». Du fait du passé, la biologie avait été utilisée contre les Noirs. C’était pendant l’esclavage, avec des maladies inventées pour les Noirs qui essayaient de fuir : la drapétomania, une soi-disant maladie mentale qui poussait les esclaves à s’enfuir, et la dysesthesia aethiopica, qui expliquait leur paresse et leur insensibilité. Pour Adjoua, la science était comme Dieu, elle avait une race parfois, c’est-à-dire qu’elle pouvait être biaisée, polarisée et raciste. Seule la souveraineté sanitaire pouvait résoudre cette affaire, comme avec une organisation africaine de santé telle que l’Africa CDC (Centres africains pour le contrôle et la prévention des maladies), pour que les Africains surveillent eux-mêmes les risques des OGM et protègent leur peuple avec des recherches locales et unies.

 

Ensuite, elle parlait beaucoup de sa visite au colloque au Sénégal. Elle représentait le Bénin en tant que professeure de biologie, invitée pour discuter de thèmes scientifiques et africains. Le président Abdoulaye Wade serrait la main à tout le monde avec un sourire poli. Sa femme, qui était française, était à côté de lui, et Adjoua la voyait comme une impérialiste. Mais elle avait refusé de serrer la

main d’Adjoua en public, prétextant que les Béninois adoraient le vodou, comme si c’était quelque chose de mauvais et primitif. Adjoua, blessée mais déterminée, avait demandé à parler en privé avec cette femme du président. Loin des caméras et des regards officiels, la conversation avait tourné au vinaigre. Cette femme avait été si irrespectueuse envers Adjoua, lui lançant des mots déplacés au visage, des insultes racistes et méprisantes sur les Africains et leurs traditions. Adjoua racontait qu’elle s’était approchée d’elle pour lui donner une gifle, un geste de colère pure face à l’humiliation, mais les gardes du président l’avaient retenue juste à temps. C’était en 1998 et 2000. Adjoua était traditionaliste, et elle était fière de ses racines africaines. Elle racontait souvent cette histoire à ses élèves, encore et encore, pour leur expliquer sa sévérité et pour leur enseigner la dignité. Un jour, un élève lui avait demandé si cette femme yovo (blanche) aux côtés du président n’était pas un problème, une sorte d’antenne française dans le palais présidentiel, une espionne ou une influenceuse qui maintenait l’Afrique sous contrôle. Adjoua avait hoché la tête gravement, confirmant que c’était exactement cela, et que les Africains devaient se méfier de telles alliances. Les droits individuels accordent à chacun le privilège à chacun de se marier à qui il ou elle veut, mais quand on en vient au sommet de l’Etat, non. C’est une question de souveraineté.

 

L’Afrique subsaharienne est un endroit riche en cultures et en peuples différents. Mais elle a des problèmes importants en ce qui concerne la façon dont les gens sont représentés en politique et dans les symboles du pouvoir. Un sujet qui fait beaucoup débattre, c’est quand la “première dame” (c’est-à-dire l’épouse du président) est une femme blanche, d’origine européenne ou pas noire africaine, dans un pays où la plupart des gens sont noirs. Cela arrive rarement, mais ça crée des tensions sur l’identité du pays, l’indépendance et l’égalité entre les races. Aucun pays dans le monde n’accepte facilement cette situation sans protestations, parce que ça touche au cœur de qui représente vraiment le peuple. Pendant l’esclavage, la femme noire était complètement effacée : on la traitait comme invisible, sans aucun rôle dans le pouvoir, dominé par les Blancs. Cet effacement a continué pendant la colonisation. Les présidents ou gouverneurs blancs des pays africains avaient tous des femmes blanches. Ces premières dames blanches parlaient au nom des femmes noires, en imposant leurs idées et leurs règles sans tenir compte des vraies vies des Africaines. Par exemple, pendant la colonisation au Dahomey (l’ancien nom du Bénin), les gouverneurs français comme Victor Ballot (lieutenant-gouverneur en 1894) avaient des épouses blanches, comme Madame Ballot, une Française. De même, Charles-Henri-Adrien Noufflard (gouverneur de 1912 à 1919) et Louis Blacher (gouverneur de 1932 à 1933) avaient des épouses françaises blanches, qui représentaient le pouvoir colonial et influençaient les décisions sans lien avec la population locale noire. Aujourd’hui, cette situation est encore d’actualité dans certains pays, où la femme noire reste effacée des plus hauts niveaux du pouvoir. En effet, dans un monde où la femme noire n’occupe presque jamais ce rôle important ailleurs, permettre à une personne extérieure de représenter le pouvoir en Afrique continue de créer un sentiment d’infériorité qui vient de l’histoire. À cela s’ajoutent des soucis de sécurité pour le pays, comme protéger les informations secrètes et les intérêts nationaux. C’est pourquoi la femme africaine doit être représentée telle qu’elle est, parce que les Noirs ont été trop longtemps “représentés” par d’autres, souvent contre leurs propres intérêts.

 

Dans l’histoire, les premières dames en Afrique subsaharienne ont souvent été des femmes importantes : elles conseillaient, aidaient les gens ou même agissaient en politique sans le dire. Mais quand ce rôle est pris par une femme blanche ou européenne, ça crée des problèmes. Par exemple, en Côte d’Ivoire, Dominique Ouattara, qui vient de France, a été critiquée pour son influence vue comme venant de l’extérieur, même si elle fait du travail humanitaire. Au Gabon, Sylvia Bongo Ondimba, qui a des origines françaises, a été accusée de favoriser sa famille et de se mêler des affaires de l’État, ce qui fait penser qu’elle défend des intérêts étrangers. Au Sénégal, Viviane Wade, l’épouse française de l’ancien président Abdoulaye Wade, a aussi été critiquée pour sembler déconnectée des réalités du pays. En général, la plupart des premières dames africaines viennent de la population noire locale, comme Graça Machel au Mozambique et en Afrique du Sud. Pourtant, avoir une première dame blanche est souvent vu comme un reste du colonialisme : les chefs africains cherchent à se légitimer en se tournant vers l’extérieur. Ça va contre la représentation de la femme noire, qui est encore peu visible aux plus hauts niveaux du pouvoir mondial. L’inverse – une femme noire comme première dame dans un pays non africain – est presque impossible. Par exemple, le prince Albert II de Monaco, qui est devenu chef en 2005, s’est marié en 2011 avec Charlene Wittstock, une nageuse sud-africaine blanche, ce qui montre que même un lien avec l’Afrique reste blanc en Europe. Jamais une femme noire n’occupe ce rôle de façon régulière ailleurs, ce qui rend l’inégalité mondiale encore plus claire. Pour la sécurité des informations et des intérêts du pays, une représentation extérieure comme ça pose des risques : il pourrait y avoir des fuites de secrets ou des influences diplomatiques qui favorisent d’autres pays, parce que les Noirs ont été “représentés” par des forces extérieures pendant des siècles de colonisation et de néocolonialisme.

 

Les mariages, qu’ils soient intra-raciaux ou inter-raciaux, sont une célébration magnifique de l’humanité dans toute sa diversité. Ils incarnent la beauté pure de l’amour, cet élan du cœur qui transcende les frontières imposées par la société. L’amour n’a pas de limites : il ignore les races, les couleurs de peau, les goûts personnels ou les choix dictés par les traditions. Il est libre, fluide, sans chaînes culturelles ni murs invisibles qui divisent les peuples. Dans un monde idéal, chaque union est un pont jeté entre les âmes, un témoignage vivant que nous sommes tous égaux face à l’émotion la plus profonde. Que l’on choisisse un partenaire de la même origine ou d’un horizon lointain, c’est la connexion authentique qui prime, rappelant que l’humanité est une mosaïque riche et harmonieuse. Toutefois, dans le contexte des nations d’Afrique subsaharienne, une prudence s’impose au sommet de l’État : la Première Dame ne saurait être d’ascendance blanche, rouge, jaune, ni même originaire d’un pays étranger. Cette disposition, loin d’être un préjugé, relève d’une stratégie de souveraineté nationale. En effet, le renseignement constitue l’arme privilégiée des adversaires, et sa maîtrise représente la première ligne de défense pour un État. Au cœur du pouvoir, où les enjeux géopolitiques sont très importants, une telle alliance expose à des vulnérabilités, favorisant des ingérences extérieures. Il s’agit ainsi d’une mesure de sécurité collective, préservant l’intégrité et l’indépendance d’une nation. Si l’amour individuel s’épanouit en toute liberté, le devoir étatique exige ces garde-fous pour le bien commun.

 

Le problème de sécurité et de souveraineté est central dans cette question des premières dames blanches en Afrique noire. D’abord, pour la sécurité nationale, une première dame d’origine étrangère peut avoir accès à des informations sensibles, comme des secrets d’État, des plans militaires ou des données économiques. Par exemple, elle pourrait, sans le vouloir ou par loyauté envers son pays d’origine, partager ces infos avec des gouvernements extérieurs, comme la France ou d’autres puissances européennes. Cela met en danger la protection des données du pays, surtout dans un monde où les espionnages et les cyberattaques sont courants. En plus, si elle a des liens familiaux ou culturels avec l’étranger, elle pourrait influencer les décisions du président de façon subtile, en favorisant des accords commerciaux ou diplomatiques qui profitent plus à l’extérieur qu’à l’Afrique. Pour la souveraineté, c’est encore plus grave : la souveraineté signifie que le pays contrôle pleinement ses affaires sans ingérence extérieure. Une première dame blanche symbolise souvent une dépendance persistante au colonialisme, car elle représente une élite qui préfère s’allier avec l’Occident plutôt que de promouvoir l’identité africaine. Cela affaiblit l’image du pays aux yeux de sa population, qui voit le pouvoir comme “représenté” par quelqu’un qui ne partage pas leur histoire ou leurs luttes. Historiquement, pendant la colonisation, les épouses blanches des gouverneurs imposaient des normes européennes, effaçant la culture locale et renforçant le contrôle étranger. Aujourd’hui, cela continue sous une forme néocoloniale : les pays africains perdent leur indépendance si leurs leaders choisissent des partenaires qui pourraient prioriser des intérêts extérieurs. Pour protéger la souveraineté, il faut que les rôles clés comme première dame soient occupés par des Africaines noires, qui défendent d’abord les intérêts du continent. Sinon, le pays risque de devenir une marionnette, perdant son droit à l’autodétermination. Une première dame qui n’est pas africaine noire peut, sans le vouloir ou pas, représenter une dépendance continue envers l’Occident, et ça peut mettre en danger l’autonomie du pays. Des études sur les premières dames africaines montrent que leur rôle va plus loin que le symbole : elles touchent à la vraie politique.

 

Plus, jamais en Afrique un président africain qui a une femme blanche n’a été vraiment nationaliste pour son pays. Leurs politiques sont toujours tournées vers des intérêts extérieurs, comme favoriser des accords avec des pays européens ou des entreprises étrangères, au lieu de défendre d’abord les besoins des Africains. Par exemple, sous Abdoulaye Wade au Sénégal, avec Viviane Wade, les critiques disaient que les décisions penchaient trop vers la France. De même, en Côte d’Ivoire, Dominique Ouattara et son mari Alassane Ouattara sont pour les intérêts occidentaux : Ouattara est vu comme un VIP de la France, soutenu par des leaders français comme Nicolas Sarkozy lors de la crise ivoirienne en 2011, ce qui montre une influence qui aide plus les liens internationaux que le développement local pur.   Au Gabon, avec Sylvia Bongo, les accusations de corruption montraient des liens avec des intérêts étrangers. Ça montre un pattern : ces leaders semblent moins engagés pour une Afrique indépendante, et plus pour des alliances qui profitent à l’extérieur. Alors qu’un président français, Charles de Gaulle, disait en 1967 que “Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts”, cela explique pourquoi mieux servir les intérêts français est souvent la priorité dans ces cas. Après son coup d’État contre Hubert Maga le 28 October 1963 au Dahomey (actuel Bénin), le colonel Christophe Soglo, pro-occidental et marié à une Française, cherche à consolider son pouvoir en obtenant la validation de la France, puissance coloniale influente. Pour plaire aux Occidentaux, il adopte une politique étrangère alignée à Paris, multipliant les consultations et visites officielles (comme en 1967). Il exerce des pressions sur le Niger voisin dans le conflit frontalier de l’île de Lété : envoi de troupes, expulsions de Nigériens, et affrontements armés en 1963-1964, aggravant les tensions ethniques et humanitaires. Ce différend fut résolu en 1965. Soglo est finalement renversé en 1967 et s’exile en France.

 

Adjoua enseignait la biologie pour que ses élèves comprennent ces dangers. Elle leur a bien fait comprendre que seule la science peut protéger l’Afrique. Elle mélangeait les savoirs traditionnels avec la science moderne. Elle le formulait en conseil après les classes pour les volontaires. Elle les rendait fiers de leurs origines et de leurs semblables tout en luttant pour l’indépendance. Adjoua, en tant que traditionaliste, défendait les traditions africaines. Elle était fière de ses traditions et refusait qu’une Occidentale lui définisse son identité. Être traditionaliste, c’était refuser l’impérialisme culturel. Elle racontait ces choses-là pour unir les Africains et les rendre fiers. Comme solution, elle proposait la fierté de sa culture : les Africains devaient célébrer leurs racines, comme le vodou, pour rejeter les jugements extérieurs et bâtir une identité forte et unie.

 

Adjoua fut envoyée au Sénégal en tant que membre d’une délégation béninoise pour discuter des impacts des OGM sur l’agriculture africaine, un sujet brûlant dans les années 2000 où des multinationales poussaient pour l’adoption de semences modifiées, souvent au détriment des variétés locales. Lors de cette mission, elle raconta avoir été profondément humiliée par Viviane Wade, l’épouse française du président sénégalais Abdoulaye Wade (en poste de 2000 à 2012). Alors qu’Adjoua tendait la main en signe de respect, Viviane Wade refusa ostensiblement de la serrer, murmurant avec dédain : “Ces vendeurs d’esclaves et des idolâtres.” Malgré les exhortations de son mari, qui lui demanda d’être “décente” et de ne pas causer d’incident diplomatique, Adjoua serra les dents et maintint sa dignité, refusant de céder à cette insulte. Déterminée à comprendre les racines de ce mépris, Adjoua chercha activement à parler à la première dame pour éclaircir la situation. Elle finit par la rencontrer, disait-elle, dans un grand salon du palais présidentiel. Leur discussion fut tendue dès les premiers échanges : Adjoua défendit avec passion l’héritage béninois et africain. Elle l’affrontât sur sa mythomanie en lui faisant comprendre que ces allégations n’étaient que les stéréotypes sur la traite des esclaves et les pratiques spirituelles comme le vodou, tandis que Viviane Wade maintenait une posture distante et condescendante. Finalement, excédée, la première dame appela ses gardes pour faire raccompagner Adjoua dehors, mettant abruptement fin à l’entretien sans résolution. Abdoulaye Wade, bien que leader panafricain et promoteur de la Renaissance africaine, avait une épouse d’origine européenne qui, selon Adjoua, incarnait ces préjugés ; elle percevait les Béninois comme inférieurs en raison de leur histoire liée à la traite des esclaves et de leurs pratiques “idolâtres” comme le vodou, stigmatisé par des visions coloniales. Ces stéréotypes vulgaires et mensongers étaient si largement relayés qu’ils avaient même été relayés par l’historien sénégalais Tidiane N’Diaye dans son ouvrage Le Génocide voilé (2008). Pour Adjoua, cette expérience renforçait sa conviction : seule une solidarité culturelle authentique pouvait guérir ces fractures et propulser l’Afrique vers une véritable émancipation.

 

Dans les rues sableuses de Cotonou, le panafricanisme social se construit pas avec les mots des élites, mais dans la vie de tous les jours. Ces femmes : Mathilde avec sa  lutte pour la fluidité identitaire qui change facilement et défie les limites; Modoukpê qui se bat dur pour la justice face à un régime dictatorial et brise les chaînes cachées; Gloria qui s’adapte mal, en changeant de religion et en se mariant juste pour survivre sans travail, face à son père qui reste conservateur; Marie qui découvre un réseau chinois faux, une entreprise qui n’existe que sur papier pour détruire les bases locales, Adjoua qui lutte pour la santé indépendante contre les premières dames blanches qui continuent un nouveau colonialisme caché; Fafa qui dépasse l’injustice économique et l’idée folle qu’un enfant est une récompense pour un homme à qui on doit quelque chose; Ayoko qui met en valeur les livres et l’éducation au Bénin comme des armes contre l’oubli; Maman Gilo qui accepte la polygamie en attendant une institution qui la protège quand elle sera vieille, et enfin M’man et Diane dans leur combat entre suivre les règles et les refuser, agissent, parlent et pleurent , offrant un spectacle de jalousie que la science nous vole peu à peu. Chacune de ces femmes, comme des roses et des épines, ajoute une pierre à la grande montagne de la politique en Afrique de l’Ouest : l’AES qui défie la CEDEAO, comme les deux blocs en Europe qui se sont cassés en 1991, et c’est ainsi que les blocs en Afrique reflètent celles d’ailleurs en silence.

De quoi parle le livre Les roses de Cotonou ?

Paru le 17 février, cet ouvrage immerge les lecteurs dans les  relations humaines au sein d’une rue de Cotonou. Le concept clé repose sur le panafricanisme, mis en pratique de manière intentionnelle ou instinctive ; il imprègne tout, en tant que mouvement collectif qui unit les peuples africains contre les oppressions internes et externes. Chaque personne, peu importe son lieu, opte entre l’indépendance nationale et la trahison, entre l’assimilation et la rébellion. Chaque action implique un positionnement. En fin de compte, dans un univers marqué par le terrorisme, il n’existe pas de position intermédiaire : le silence équivaut à approuver l’extermination des populations africaines.

Adoptant un ton objectif et détaché, j’aborde divers thèmes : l’autoracisme, qui représente un autodestruction sur les plans social et politique. Il convertit des peuples orgueilleux en quémandeurs, implorant la validation occidentale et la survalorisant. Au Bénin, si un Occidental commet un vol, il s’envole avant que les médias n’en fassent écho. En revanche, si un Africain s’empare de broutilles, il endure la sanction la plus sévère.

J’évoque également le dilemme de la première dame d’origine européenne, qui génère une allégeance civile des dirigeants envers des nations impérialistes. En effet, aucune première dame blanche en Afrique subsaharienne n’a atténué les liens de subordination. De même, aucune femme africaine noire n’a occupé ce rôle en dehors du continent. Je mentionne ici Adjoua, victime du racisme de l’épouse d’Abdoulaye Wade. À l’époque de l’esclavage, la femme noire était invisibilisée. Durant la colonisation, les compagnes des administrateurs coloniaux étaient invariablement occidentales. Le rang de la femme noire a-t-il progressé ? Sans détour, la fonction la plus élevée qu’elle puisse atteindre mondialement reste celle de première dame dans son propre État. Cela touche à la visibilité de la femme noire et à l’autonomie nationale. Précision : je ne me revendique pas féministe.

La fluidité identitaire, où il est impensable de conserver des patronymes issus des esclavagistes au XXIe siècle. Le fléau des OGM, qui a fait grimper les cas de cancer via les assistances alimentaires du PAM. Ces aides masquent des réalités sombres, et les alertes ont été réprimées dans les années 90 ; les conclusions des centres de recherche africains ont été reléguées. Il s’agit donc de combattre l’opacité en matière de santé et de promouvoir une indépendance biologique. Et bien d’autres aspects…

Les régimes autoritaires absolus n’ont fait qu’alimenter les migrations illégales, le carnage en Méditerranée, la diminution démographique africaine et les bannissements. Ce n’est pas une diaspora robuste, mais un peuple africain rabaissé. Dans ce contexte, la résistance face à la dictature émerge comme un pilier essentiel, où les individus défient les pouvoirs oppressifs pour reclaim leur souveraineté, souvent motivés par une jalousie et un conservatisme internes qui freinent le progrès collectif. Parallèlement, la lutte contre l’exclusion, particulièrement dans le cas de l’analphabétisme, vise à intégrer les marginalisés, en brisant les barrières éducatives qui perpétuent les inégalités. Ces éléments s’inscrivent pleinement dans le panafricanisme appliqué en tant que mouvement : il ne s’agit pas seulement d’une idéologie abstraite, mais d’une action concrète et unifiée qui mobilise contre la dictature, transforme la jalousie en émulation positive, dépasse le conservatisme pour innover, et combat l’exclusion pour forger une Afrique solidaire, où l’éducation et la résistance deviennent des outils de libération collective face aux héritages coloniaux et aux tyrannies modernes.

L’ajustement inadapté, qui inverse la théorie de Darwin. Ses conséquences sont évidentes : des multitudes d’églises qui déchargent l’État de ses devoirs au profit d’une divinité qui est restée muette devant l’esclavage et la colonisation ; cela banalise la détresse socio-économique.

Résumé

lire le chapitre 1 Ayoko

1-    Ayoko

  

Ayoko se réveillait chaque matin avec le bruit incessant des klaxons et des marchands ambulants qui sillonnaient les rues animées de Cotonou. À vingt-deux ans, elle vivait dans un petit quartier populaire, entourée de maisons en tôle rouillée et de familles qui luttaient pour survivre. Le Bénin, avec sa capitale économique bouillonnante, offrait peu d’opportunités à une jeune femme comme elle. Après avoir abandonné les études en troisième année de droit et deux années de biochimie, Ayoko passait ses journées à envoyer des CV dans le vide, et à rêver d’un ailleurs où l’emploi ne serait pas un mirage.

 

Son rêve était simple, presque obsédant : partir loin de là. L’Europe, peut-être, ou même l’Amérique. Des endroits où les rues étaient pavées d’or, où les jobs pleuvaient comme la pluie tropicale. À Cotonou, le chômage rongeait la jeunesse, et Ayoko en avait assez de voir ses amis s’enliser dans des petits boulots précaires ou, pire, dans l’oisiveté forcée. “Un jour, je m’envolerai d’ici,” se disait-elle en regardant les avions tracer des lignes blanches dans le ciel bleu. Autour d’elle, la vie du quartier pulsait d’une énergie chaotique. Mais ce qui la frappait le plus, c’était la présence de ces femmes blanches mariées à des hommes noirs locaux. Elles vivaient en paix, presque comme des reines dans leurs villas climatisées, entourées de domestiques et de privilèges. Les maris, souvent des entrepreneurs ou des fonctionnaires aisés, et les voisins souvent plus pauvres, les surestimaient, les plaçant sur un piédestal inatteignable. Les Noirs du quartier étaient d’une tolérance infinie envers elles, pardonnant des comportements qu’ils n’auraient jamais acceptés de leurs propres compatriotes. Ayoko ne comprenait pas cet autoracisme latent, cette admiration aveugle pour la race qui semblait effacer tous les défauts. “Pourquoi les traiter comme des déesses ?” murmurait-elle à ses amies lors des soirées sous les étoiles. “Elles font ce qu’elles veulent, et personne ne dit rien. Si c’était une de nous, on nous jugerait sans pitié.”

 

Un jour, en plein midi, quand le soleil africain tapait si fort que même les chiens se cachaient à l’ombre, Maman Danielle décida d’essayer son nouvel aspirateur pour la voiture. C’était une Biélorusse, mariée à un docteur béninois, vivant dans une maison voisine avec ses deux enfants. Elle brancha l’appareil dans le garage ouvert, l’alluma, l’éteignit, le ralluma encore et encore. Le bruit strident, comme un cri mécanique, résonnait dans tout le quartier. Les voisins, épuisés par la chaleur, essayaient de faire la sieste, mais le vacarme les en empêchait. Les bébés pleuraient, les vieux grognaient dans leur sommeil interrompu. Pourtant, personne ne se plaignait. Pas un mot. Les passants du quartier haussaient les épaules : “C’est Maman Danielle, elle est blanche et russe en plus ; elle sait ce qu’elle fait.” Les femmes murmuraient entre elles mais n’osaient pas approcher. Ayoko, depuis sa fenêtre, observait la scène avec une frustration grandissante. “Si c’était ma mère ou un proche à moi qui faisait ça, je lui aurais dit non” pensa-t-elle.

 

 Deux semaines plus tard, l’ironie frappa de plein fouet. Madé, une fillette de dix ans du quartier, cassait des noix de palme dans la cour pour les manger. Le bruit des coquilles qui craquaient était pourtant discret, presque rythmique, rien comparé au hurlement de l’aspirateur. Mais Maman Danielle, qui essayait de faire la sieste ce jour-là, s’agaça. Elle traversa la rue, le visage rouge de colère, et se plaignit directement à la mère de Madé. “Ce bruit m’empêche de me reposer ! C’est insupportable !” La mère, intimidée par la présence de cette femme blanche, punit immédiatement sa fille. Madé fut envoyée dans sa chambre sans manger, les larmes aux yeux, et les noix furent jetées à la poubelle. Ayoko, qui avait tout vu, ne put se retenir. Elle s’approcha et prit la défense de la petite Madé. “Madame, ce n’est qu’une enfant qui casse des noix. Vous avez fait bien pire avec votre aspirateur, et personne n’a rien dit. Pourquoi punir Madeleine pour si peu ?” Maman Danielle la foudroya du regard. “Toi, tu ne sais pas de quoi tu parles,” répondit-elle sèchement avant de tourner les talons. À partir de ce jour, elle ne parla plus jamais à Ayoko. Pire, elle l’ignorait ostensiblement, comme si elle n’existait pas. Ayoko se sentit blessée, mais surtout révoltée. Cet incident cristallisa son dégoût pour cette atmosphère injuste.

 

Un matin ensoleillé, où l’air de Cotonou était déjà plein d’humidité, une femme qui vendait du pain frais, nommée Akossiwa, se dirigea comme à son habitude vers la villa de Maman Danielle et des autres Biélorusses installées dans le quartier. Ce pain, qui sortait droit de la boulangerie encore fumant et croustillant, embaumait les rues d’une odeur irrésistible. Akossiwa avait toujours servi ce pain chaud à toutes ces femmes et aux autres foyers qui en voulaient, avec une ponctualité exemplaire, sans jamais manquer de respect à personne, traitant chaque client comme un membre de sa propre famille. Ces femmes, habituées à leur thé matinal accompagné de tranches croustillantes, attendaient leur livraison quotidienne. Akossiwa, le cœur battant d’une appréhension respectueuse mêlée à une pointe d’anxiété profonde, pénétra dans la propriété avec un grand respect. Elle avait même ôté ses chaussures usées dès le portail, ses pieds nus foulant le sol avec une prudence craintive, comme si elle marchait sur des œufs fragiles. Montant les escaliers en se serrant les fesses, les muscles tendus par la nervosité et par le plein respect, elle sentait une sueur froide perler sur son front malgré la chaleur ambiante. Arrivée au premier étage, le souffle court et les mains tremblantes autour de son panier, elle appuya une seule fois sur la sonnerie, un geste hésitant rempli d’humilité. Puis, elle attendit onze longues minutes, figée dans une patience résignée, sans oser sonner une deuxième fois, de peur de déranger et d’attirer la colère.

 

Soudain, Maman Danielle sortit, les yeux plissés d’irritation et le visage rouge de frustration matinale. Elle sermonna la pauvre femme d’une voix tranchante et autoritaire : “Le bruit de cette sonnerie me dérange tous les matins à sept heures ! On ne peut sonner qu’après neuf heures, c’est clair ?” Akossiwa, les larmes aux yeux et la voix chevrotante de désespoir, supplia : “Pardon, madame, je ne savais pas. Je ne sais pas lire, je vous en prie…” Mais Maman Danielle, sourde à ses excuses, continua sa tirade sans relâche, amplifiant l’humiliation. Terrifiée et le cœur serré par une peur paniquée, Akossiwa partit au dehors en courant, ses jambes flageolantes la portant à peine. Au portail, elle le ferma sans bruit, les doigts tremblants, remit ses chaussures avec des gestes précipités, et se remit à crier d’une voix brisée : “Pain o diyé ! pain zozo !” Sa gorge était nouée par l’émotion, un mélange de soulagement d’avoir échappé à pire et de honte profonde. Ayoko, qui avait observé la scène depuis la rue, le cœur empli d’indignation et de compassion, interpella Akossiwa pour comprendre pourquoi elle avait supplié cette femme avec tant de servilité. La vendeuse, encore essoufflée et les yeux emplis de terreur, répondit en chuchotant, tremblant de tout son corps et regardant autour d’elle avec paranoïa : “En fait, les Blancs ont des armes et tirent dès qu’ils sont fâchés. Tous les Blancs, sans exception, peuvent nous tuer comme ça, sans réfléchir. Ils ont même fait la guerre mondiale, avec leurs armements lourds qui ont défié le monde entier. Ces gens sont si intelligents, si puissants… Je n’ai pas envie de mourir, tu comprends ? Je ne veux pas de problème, pas du tout, je fais juste mon travail pour nourrir ma famille.” Sa voix se brisait sous l’effet de la frayeur viscérale, comme si elle revivait un cauchemar ancestral.

 

Ayoko, animée d’une détermination calme mais ferme, teintée de frustration face à cette ignorance craintive, lui fit comprendre doucement : “La Biélorussie est différente de la Russie, ce ne sont pas les mêmes pays. Et les Blancs n’ont rien de supérieur, surtout pas chez les autres. Ici au Bénin, le port d’armes est interdit, personne ne va te menacer comme ça.” Mais la dame insista, ses yeux écarquillés par une terreur persistante, avant de s’en aller toute terrifiée, le pas hâtif et le regard fuyant, comme poursuivie par des fantômes invisibles. Elle disait même à l’autre vendeuse de pain qui passait de l’autre côté de la rue, de ne pas énerver les blanches de la maison. 

 

Les femmes européennes du quartier semblaient vivre dans un monde à part. Elles pouvaient sortir en boîte de nuit, danser jusqu’au petit matin et rentrer le lendemain sans un regard en arrière. Elles laissaient leurs maris et leurs deux enfants à la maison, prétextant un besoin de “se désennuyer”. Les maris, fiers d’avoir une épouse européenne, toléraient tout : les absences, les caprices, les dépenses extravagantes. “C’est normal, elles viennent d’un autre monde,” disaient-ils. Alors qu’un simple sourire à un homme peut faire objet de réunion familiale pour une femme locale ; et peut même faire objet de divorce si des rumeurs supportaient la jalousie morbide du mari, qui est à priori le chef tout puissant. Ayoko en discutait souvent avec ses amies. “Imaginez si on faisait la même chose ? Nos familles demanderaient pardon à genou, la société nous pointerait du doigt. Mais pour elles, c’est acceptable. Pourquoi ? Parce qu’elles sont blanches ? C’est de l’autoracisme pur et simple.” Ces observations la poussaient encore plus vers son rêve de départ. Elle imaginait un endroit où la couleur de peau ne dictait pas les règles, où l’effort et le talent comptaient plus que l’origine. Elle économisait chaque sou, apprenait l’anglais en cachette, et postait des candidatures pour des visas étudiants ou des emplois à l’étranger.

 

Dans les tissus sociaux des nations postcoloniales comme le Bénin, l’autoracisme émerge non comme un simple résidu historique, mais comme un mécanisme autoperpétuant qui sape l’autonomie collective des peuples africains. Ce concept est souvent masqué sous des apparences de respect ou de prudence. Il se manifeste dans les interactions quotidiennes, où les individus noirs internalisent et reproduisent une hiérarchie raciale héritée du colonialisme et de la traite négrière. Ces faits qui miroitent l’atmosphère social de Ayoko, Akossiwa et Maman

Danielle, offrent un terrain fertile pour disséquer cette pathologie sociale.

l’autoracisme n’a pas besoin de force visible ; il grandit sur une idée acceptée qui rend les Blancs intouchables, même quand ils sont peu nombreux. Ajoutons un exemple : même à une fête locale, les Blancs sont placés devant ou mis en avant, sous prétexte de tourisme, changeant des événements de communauté en spectacles néocoloniaux.

 

Il s’agit ici d’une théorie, inspirée du panafricanisme de Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs et de Steve Biko contre l’apartheid, définit l’autoracisme comme une idée raciale inversée. Le groupe opprimé accepte et répète sa propre infériorité, non par bêtise, mais par une explication culturelle profonde. Il marche avec des habitudes fines : idéaliser la blancheur (Akossiwa la voit intelligente et puissante), tolérer différemment (les bruits de Maman Danielle passent, pas ceux des locaux), et se taire face aux injustices.

 

Plus malin, l’autoracisme sert d’outil néocolonial, gardant l’Afrique faible dans la tête pour aider l’exploitation économique. Au Bénin après l’indépendance, les Blancs expatriés ont des places faciles sans mérite, car l’autoracisme crée une admiration toxique pour l’Occident, bloquant les idées nouvelles et l’union panafricaine. Pensez à l’inverse : si Akossiwa défendait sa dignité en rappelant les lois béninoises contre les armes, ça briserait ce mythe. Mais l’autoracisme rend ça “pas normal”, gardant l’inégalité. Pour le panafricanisme, la solution est un renouveau ensemble : retrouver les histoires africaines d’avant la colonisation, des royaumes du Dahomey aux idées d’ubuntu, pour construire une identité forte contre ces attaques mentales.

 

Pour mieux comprendre, séparons l’autoracisme du complexe d’infériorité, une idée d’Alfred Adler sur un sentiment personnel d’être moins bien, souvent à cause d’échecs privés comme à l’école ou en famille. Ce complexe est personnel, on peut le soigner seul avec de l’aide, et il n’est pas toujours lié à la race. Mais L’autoracisme est racial, pour tout un groupe, et vient de l’histoire coloniale. Il est plus dur car non forcé, accepté, transmis, général et vu comme normal :

 l’autoracisme dont on parle ici est non-forcé car il vient de l’intérieur, sans menace directe, rendant le respect d’Akossiwa “naturel”. Maman Danielle ne pousse pas ; Akossiwa prévoit et cède, montrant une perte où l’opprimé imagine la domination sans signe clair. Ça diffère du complexe, qui peut venir d’une force personnelle (comme un rejet seul), mais pas d’une règle raciale. Aussi, il est accepté. Contrairement au complexe, souvent source de conflit intérieur et de cachotterie, l’autoracisme est pris comme une vérité sûre. Beaucoup comme Akossiwa acceptant cette hiérarchisation comme un fait de base, l’expliquant par des histoires passées (guerres mondiales). Ça rend l’autoracisme plus solide, car accepté sans regret, alors que le complexe crée un malaise. Il est de même transmis aux voisins. L’autoracisme passe d’une génération à l’autre et circule au sein de la société, comme un sang dans le corps; comme un cadeau culturel. Akossiwa le donnait sans mots à ses enfants par son exemple, elle montrait le respect effroyable pour Maman Danielle. Ayoko, en refusant cette posture dégoutante, casse ce lien, mais la transmission rend l’autoracisme comme un virus, pas comme le complexe, limité à une personne sans se répandre. En vrai, il touche tout un groupe racial et géographique, rendant la baisse générale (tous les Noirs moins que tous les Blancs). Dans le quartier, cette généralité accepte les “erreurs” de Maman Danielle, différent du complexe, limité à des sentiments privés sans lien racial. Enfin normalisé; l’autoracisme est vu comme “normal” dans la société, mis dans les habitudes de tous les jours.

 

À Cotonou, c’est “normal” de respecter plus les Blancs ; le défier, comme Ayoko, paraît étrange. Ça le sépare du complexe, vu comme un problème mental, pas une règle sociale. En plus, l’autoracisme n’est pas un effet pavlovien, ce réflexe appris où un signe neutre donne une réponse automatique par répétition. Contrairement au pavlovisme, basé sur un apprentissage extérieur et sans choix (comme la salive d’un chien au son), l’autoracisme est une destruction choisie, faite contre soi pour aider les autres races (il n’y a pas de différence entre les races au Bénin : on est noir et tous les autres sont blancs “yovo”, et tous les yeux bridés sont chinois, blancs aussi donc). Il va plus loin que le réflexe en impliquant un choix tordu : les Africains ne réagissent pas juste à un signe blanc, mais décident de s’effacer pour mettre l’Autre en avant, comme à des fêtes où les Blancs sont au premier plan sous prétexte de tourisme, changeant des moments de groupe en shows néocoloniaux. Et voici donc l’urgence panafricaniste: l’autoracisme n’est pas un mal à soigner seul, mais un mur à casser ensemble, par l’éveil de conscience individuelle et collective, l’union continentale et la reprise des histoires. L’autoracisme se montre comme un bloc malin pour la liberté africaine, non forcé mais partout, accepté mais mauvais, transmis mais changeable, général mais passable, normalisé mais reformable. Un panafricanisme fort, inspiré de Nkrumah, Biko, Césaire, et Frantz, appelle à une décolonisation de l’esprit : unissons les voix comme Ayoko pour changer la peur d’Akossiwa en affirmation de groupe, créant une Afrique souveraine et unie. La solution est l’éveil de conscience collective et surtout l’auto-détermination.

 

L’autoracisme n’est pas un terme anodin ; il désigne une réalité implacable. Il s’agit du processus par lequel les personnes de couleur noire internalisent leur infériorité présumée, conséquence de siècles de domination blanche. L’autoracisme équivaut à un suicide culturel. Il métamorphose des nations autrefois orgueilleuses en entités mendiant l’approbation blanche. Sans son éradication, le génocide méditerranéen perdurera : plus de 30 000 décès depuis 2014, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Il s’agit d’un holocauste contemporain, alimenté de l’intérieur.

 

Au Bénin, l’autoracisme est ancré dans les structures institutionnelles. Considérons cet exemple éloquent : un individu blanc placé à la tête de la société béninoise d’électricité, détourne “plusieurs milliards de francs CFA” des fonds publics et des existences spoliées, et s’envole avant même que la première presse n’en fasse écho. Aucun mandat d’arrêt international, aucune poursuite judiciaire. Pourquoi ? Parce que le Blanc bénéficie d’une protection diplomatique, renforcée par des ambassades influentes et des accords bilatéraux empreints de néocolonialisme. De tels cas sont légion : dans l’affaire PPEA relative à l’approvisionnement en eau potable, des expatriés européens ont détourné des millions sans sanctions significatives, alors que des citoyens béninois ordinaires croupissent en prison pour des infractions mineures.

 

Comparez cela au traitement réservé aux Noirs : un simple message sur les reseaux sociaux « C’est la fête » par suite d’une tentative de coup d’État en décembre 2025, et l’auteur est incarcéré pour trahison. Ce député de l’opposition, membre du parti Les Démocrates, est détenu pour avoir exprimé une joie jugée suspecte. Une trentaine d’autres personnes, principalement des militaires d’origine africaine, subissent un sort analogue. Sous le régime de Patrice Talon, la justice apparaît comme une parodie fondée sur une dualité raciale : impunité pour les élites liées à l’Occident, rigueur pour les autochtones. Talon lui-même a été impliqué dans des scandales antérieurs, tels que le litige avec SGS entraînant une perte de 22 milliards de francs CFA en 2011, avant de revenir au pouvoir sans sanction effective.

 

Cela n’est pas anecdotique. Les rapports de Transparency International qualifient le Bénin de pays modérément corrompu, mais mettent en lumière l’impunité accordée aux acteurs étrangers. L’autoracisme institutionnalisé incite les autorités béninoises à redouter davantage d’offenser un Blanc que de défendre leur population. Conséquence : les jeunes observent cette iniquité et fuient. Pourquoi demeurer dans un pays où la justice privilégie les Blancs ?

 

Dénommons-le sans ambages : génocide. L’autoracisme est un génocide silencieux. Non pas parce qu’il est cause principale de la « crise migratoire » ou du « drame humanitaire », termes qui masquent la cruauté systémique et diluent les responsabilités. Il s’agit d’un génocide orchestré, où des milliers de vies africaines sont sacrifiées sur l’autel d’un système mondial inégalitaire. Lorsque des jeunes Africains, ensorcelés par des illusions construites sur des siècles de propagande coloniale et postcoloniale, s’embarquent sur des embarcations précaires, souvent des rafiots surchargés, sans équipements de sécurité, manipulés par des réseaux de passeurs sans scrupules, vers une Europe qui les rejette, cela n’est pas une simple migration. C’est une extermination silencieuse, facilitée par des politiques européennes restrictives, des accords controversés comme ceux avec la Libye pour externaliser les frontières, et un manque flagrant de voies légales pour l’immigration. Les statistiques sont accablantes et méritent d’être détaillées : 5 000 décès en 2023 (faites fois dix pour trouver les vrais chiffres) seulement, d’après Médecins Sans Frontières, mais ce chiffre ne capture pas les disparus, les noyés anonymes, ni les souffrances dans les camps de détention libyens où règnent la torture, les viols et l’esclavage moderne. Ajoutons à cela les pushbacks illégaux par les garde-côtes, les naufrages provoqués par l’indifférence, et les corps rejetés par les vagues sur les plages italiennes ou espagnoles. Ce génocide n’est pas seulement physique ; il est aussi culturel, effaçant des générations entières de potentiels leaders africains, drainant le continent de sa vitalité. Et l’autoracisme est l’une des raisons centrales de ce fléau, car il instille dans les esprits une dévalorisation profonde de l’Afrique, rendant l’exode non pas un choix rationnel, mais une fuite désespérée d’un soi perçu comme inférieur. Sans nier les autres facteurs – pauvreté endémique, conflits armés, changements climatiques qui assèchent les terres et exacerbent les famines – l’autoracisme agit comme un catalyseur psychologique, amplifiant ces pressions et transformant des rêves légitimes en tragédies maritimes. Il convient de souligner que ce phénomène s’inscrit dans une longue histoire de génocides coloniaux, des massacres en Namibie par les Allemands au début du XXe siècle aux famines orchestrées en Inde britannique, rappelant que l’Occident a une dette historique envers l’Afrique. Ignorer cette dimension, c’est perpétuer le cycle de la violence.

Sur le plan psychologique, l’autoracisme est la racine profonde de ce phénomène. Il conditionne les Africains à croire que le succès est intrinsèquement blanc. Au Bénin, cela imprègne les sphères économique, politique et quotidienne : les Blancs négocient avec les autorités, bénéficient de la protection de leurs nations puissantes, sont tolérés même en cas de malversations. Les Noirs, en revanche, endurent tout : arrestations promptes, incarcérations pour un mot mal interprété. Ce contraste alimente l’exode. L’immigration clandestine n’est pas un choix libre, mais un piège mental.

 

Pour y remédier, il convient d’adopter une approche radicale, imprégnée d’un panafricanisme authentique et militant. Décoloniser les consciences : réformer l’enseignement pour valoriser l’histoire africaine glorieuse, des grands empires oubliés comme celui du Mali, de l’Égypte antique et du Ghana aux résistances anticoloniales menées par des figures comme Kwame Nkrumah ou Thomas Sankara, instiller une fierté continentale qui unit les peuples au-delà des frontières tracées par les colons. Sanctionner les corrompus sans égard à leur origine, en bâtissant des institutions africaines souveraines, inspirées du panafricanisme qui prône l’unité économique et politique, une Afrique unie, comme l’envisageait l’Organisation de l’Unité Africaine avant les années 1970. Renforcer les législations locales contre l’impunité, en promouvant des économies autocentrées qui valorisent les ressources africaines pour les Africains, et rejeter les accords néocoloniaux qui pillent le continent. Quant à l’Europe, elle doit cesser l’exploitation et l’indifférence, en reconnaissant sa responsabilité historique et en ouvrant des voies migratoires légales, mais c’est à l’Afrique de se lever en premier, dans un esprit panafricain : une renaissance collective où chaque nation, du Sénégal au Kenya, du Bénin à l’Afrique du Sud, se solidarise pour éradiquer l’autoracisme et bâtir un avenir où les jeunes ne fuient plus, mais construisent sur leur sol ancestral. Faute de quoi, le sang continuera de couler en Méditerranée et les aides interminables continueront par perpétuer les fuites financières. Ce génocide est évitable, mais uniquement si l’on s’attaque à l’autoracisme à sa source, en embrassant un panafricanisme qui libère les esprits et unit les forces pour une Afrique libre, prospère et fière.

 

Les mois passèrent, et le quartier resta le même : bruyant, inégal, plein de contrastes. Ayoko, quant à elle, changea. L’incident avec Maman Danielle l’avait endurcie. Elle refusa de se soumettre à cette tolérance sélective. Elle commença à parler ouvertement de l’autoracisme, organisant des discussions informelles avec les jeunes du quartier. Certains l’écoutaient, d’autres la traitaient de jalouse et chercheuse de problème. Enfin, son rêve se concrétisa. Elle gagna la loterie visa américain. Ayoko fit ses valises, embrassa ses proches, et prit l’avion pour Paris. En survolant Cotonou, elle regarda en bas : les rues familières, les villas des blancs de Fidjrossê, le marché Dantokpa. “Je pars, mais je n’oublie pas,” murmura-t-elle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lire le chapitre 2 Marie

  • Marie

Marie avait vingt-cinq ans, un diplôme en secrétariat administratif et un cœur plein d’ambitions. Mais le chômage au Bénin la bloquait tous les jours. Originaire de Cotonou, cette jeune Béninoise aux yeux pétillants et à la détermination forte faisait beaucoup de boulots bénévoles pour améliorer son CV et espérer un emploi stable. Elle passait ses journées dans des associations locales à taper des rapports, organiser des réunions et aider pour les documents. C’était fatiguant, mais Marie croyait en la persévérance. 

⁃ Un jour, ça paiera.

       Elle rentrait chez elle, les pieds douloureux après les longues marches dans les rues animées d’Akpakpa. Son amie Ayoko la soutenait. 

⁃ Marie, tu es trop généreuse. Ces bénévolats te vident sans remplir tes poches »,

lui répétait-elle souvent autour d’un bol de pâte de manioc partagé. 

Mais Marie haussait les épaules : 

⁃ Mieux vaut bouger que stagner, Ayoko. Le destin frappe à la porte quand on s’y attend le moins. 

 

Un après-midi pluvieux, pendant que Marie corrigeait un rapport plein de fautes pour une petite ONG, une femme entra dans le bureau. Elle était chinoise, élégante dans un tailleur ajusté, avec un sourire poli qui cachait une urgence. Elle s’appelait Li Wei, du moins, c’est le nom qu’elle donna. 

⁃  Bonjour, mademoiselle. J’ai vu votre travail. Vous êtes douée pour les documents. J’ai besoin d’un œil professionnel sur les miens. Ma compagnie grandit vite, et les erreurs s’accumulent. 

Marie, flattée mais prudente, écouta. Li Wei décrivait une industrie haut de gamme de fabrication de tomates en boîte, exportées vers l’Asie et l’Europe. 

⁃ Venez travailler avec moi. Je vous paie 30 000 CFA par mois. 

Marie cligna des yeux : c’était ridicule, à peine un quart du SMIC béninois. 

⁃ Non merci, je cherche quelque chose de plus stable, répondit-elle poliment.

Mais Li Wei ne lâcha pas. Le lendemain, elle revint avec une offre meilleure : logement gratuit et transport assuré. Marie refusa encore, encouragée par Ayoko qui sentait l’arnaque. 

⁃ C’est louche, Marie. Bloque-la sur ton téléphone, elle te harcèle. 

Mais Li Wei continuait : appels quotidiens, visites surprises au bureau de la jeune

bénévole.

⁃ Essayez juste une semaine, et je double le salaire à 60 000 CFA. 

L’insistance était lourde, presque obsédante. Ayoko insistait :  

⁃ Porte plainte pour harcèlement. Cette femme n’est pas claire. 

Pourtant, Marie, au chômage et sous pression d’argent, céda. 

⁃ Juste pour voir, Ayoko. Qu’est-ce que je risque ? 

 

Le jour arrivé, Marie alla à l’adresse : un quartier modeste d’Akpakpa Sacré-Cœur, loin des zones industrielles imaginées. Pas d’enseigne brillante, pas de grand portail avec logo, juste un immeuble simple, un appartement au rez-de-chaussée.

Li Wei l’accueillit avec une Bouteille d’eau et un sourire forcé. 

⁃ Bienvenue dans notre siège. Suivez-moi. 

L’intérieur était un choc. Deux chambres se faisaient face dans un couloir étroit.  

⁃ Voici la vôtre pour le travail de secrétariat, disait Li Wei en montrant une pièce vide avec un bureau bancal et une chaise. 

 

L’autre chambre était la sienne. Le couloir menait à une cuisine minuscule, pas plus grande qu’une cabine téléphonique : un mètre carré avec un réchaud précaire et un évier rouillé. À gauche, les toilettes identiques en taille : un robinet, un seau d’eau et un trou de cinq centimètres au sol pour les déchets. Pas de chasse d’eau, pas de confort. Mais le pire était le couloir opposé, menant au triplette : un espace de trois mètres de long où s’entassaient près d’une vingtaine d’hommes, tous asiatiques cheveux lisses, yeux bridés, courts et jeunes. Ils étaient serrés comme des sardines sur des matelas usés. Ils mangeaient du riz dans une vieille bassine, sans sauce, sans viande ni œuf. Ils levèrent la tête à l’arrivée de Marie, murmurant un bonjour synchronisé, appris par cœur. Li Wei les présenta comme ses frères, des employés de la grande compagnie de tomates en boîte. Pas de machines, pas de stocks, pas d’odeur de production, juste des regards fuyants et une atmosphère lourde de secrets. Marie sentit son estomac se nouer. Ce n’était pas une entreprise ; c’était un piège, une arnaque, peut-être une filière de traite humaine ou pire. Son cœur battait fort. 

⁃ Où sont les rapports ? L’industrie ? balbutia-t-elle.

Li Wei évita :

⁃ Demain, on commence. Installez-vous. 

 

La peur prit Marie comme une vague froide. Elle ne pouvait pas rester une seconde de plus dans cet endroit oppressant. Pendant que Li Wei allait à la cuisine pour un repas de bienvenue, Marie regarda autour, paniquée. Les hommes dans la triplette la fixaient en silence, leurs yeux impassibles cachant peut-être leur propre captivité. L’air sentait la sueur et la nourriture bon marché. Son téléphone vibra dans sa poche : un message d’Ayoko. 

⁃ Appelle-moi si ça ne va pas. 

C’était le signal. Marie fit semblant d’un besoin urgent. 

⁃ Excusez-moi, je dois aller aux toilettes.

 

Li Wei hocha la tête distraitement. Une fois dans la petite cabine, Marie verrouilla la porte, un loquet faible qui ne tiendrait pas longtemps. Son esprit tournait : sortir par la fenêtre ? Trop petite. Attendre la nuit ? Impossible. Le danger était clair. Elle entendit des pas dans le couloir. Pas le temps de penser. Marie ouvrit la porte vite, traversa le couloir calmement et alla vers la sortie. 

⁃ J’ai oublié quelque chose chez moi. Je reviens vite, lança-t-elle à Li Wei qui sortait de la cuisine, un bol à la main. 

Mais son ton montrait la panique. Li Wei fronça les sourcils : 

⁃ Attendez, on signe le contrat d’abord. 

Marie accéléra, ignorant l’appel derrière elle. Des voix montèrent ; les « frères » se levaient, murmurant en chinois. Elle atteignit la porte, l’ouvrit vite et courut dehors. Le soleil aveuglant d’Akpakpa la frappa, mais elle ne s’arrêta pas. Elle courut en zigzag entre les motos-taxis et les marchands ambulants, le cœur battant comme un tambour.

Des cris derrière : 

⁃ Revenez, Marie ! Li Wei la suivait, téléphone en main. 

Marie tourna dans une ruelle étroite, se cacha derrière un étal de fruits, souffle court. Elle appela Ayoko : 

⁃ Viens me chercher. C’est un piège. 

Ayoko, affolée, promit d’arriver avec la police. Marie attendit, tremblante, jusqu’aux sirènes au loin. Elle avait échappé de justesse à l’abîme. Ce jour-là, elle apprit que certaines offres sont comme des mirages, et que la fuite est parfois la plus grande victoire.

 

De retour chez elle, Marie essaya de porter plainte, mais le commissaire de Fifadji lui dit de se mêler de ses affaires et que ces Chinois ne dérangent personne . Ayoko jura de quitter ce pays. Marie, renforcée par cette épreuve, trouva un vrai emploi dans une entreprise légitime. Ayoko resta sa confidente éternelle. Et dans les rues de Cotonou, Marie marchait maintenant avec plus de vigilance, rappelant aux jeunes femmes : 

⁃ Écoutez votre instinct et fuyez quand il crie. 

 

Marie et Ayoko, assises sous l’ombre d’un manguier dans leur cour à Akpakpa, revenaient sur l’expérience de Marie avec Li Wei, la voyant comme un exemple illustrant des dynamiques plus larges liées à la présence chinoise en Afrique. Audelà de cet incident personnel, elles élargissaient leur discussion à une analyse plus générale des investissements et de la migration chinois sur le continent, en cherchant à équilibrer les perspectives positives et critiques pour une vue objective.

Ayoko rappelait une nuance à chaque fois : 

⁃ Il faut voir les faits sans parti pris, Marie. La Chine apporte du changement, mais pas sans défis. 

En pensant à Marie et Li Wei, Ayoko analyse plusieurs possibilités, avec un œil qui voit l’Afrique comme un continent qui doit s’unir contre les dangers qui viennent de dehors. Et si Li trompait les deux gouvernements ? Imagine : Li Wei pourrait faire une grosse arnaque qui traverse les pays, en utilisant des sociétés qui n’existent pas vraiment pour éviter de payer des taxes et échapper aux contrôles. En termes techniques, c’est une évasion fiscale internationale, où des compagnies installées dans des paradis fiscaux cachent de l’argent sale qui circule en secret, en trompant les services des impôts au Bénin et en Chine. Ça montre comment l’Afrique devient un endroit où les escrocs du monde entier viennent jouer, parce que les États africains sont souvent faibles et ne peuvent pas se défendre seuls – il faut que les pays africains se mettent ensemble, comme avec l’Union Africaine, pour faire des enquêtes communes et protéger leurs peuples contre ces pièges qui les divisent et les rendent plus pauvres.

Li avait peut-être un réseau bien plus dangereux. Pense à ça : au-delà du trafic d’humains, où des gens sont vendus comme des objets pour travailler gratis ou pire, ça pourrait être lié à l’espionnage industriel, où on vole des secrets d’entreprises pour copier des technologies et les vendre moins cher, ou au cybercrime, comme des attaques informatiques pour voler des données ou de l’argent en ligne,  avec ces vingt Chinois comme un groupe secret qui attend son moment pour agir. Par exemple, en 2018, on a découvert que le siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba, construit par la Chine, était espionné : des données secrètes étaient envoyées chaque nuit vers Shanghai pendant cinq ans, de 2012 à 2017. Ça a peut-être permis à la Chine d’écouter les discussions privées des leaders africains et de prendre l’avantage dans les négociations commerciales ou politiques, ce qui a affaibli la position de l’Afrique dans des accords importants et coûté cher en pertes économiques et en confiance perdue. En Ouganda, des technologies de surveillance chinoises comme celles de Huawei ont été utilisées pour espionner des opposants politiques, comme le chanteur Bobi Wine, aidant les gouvernements autoritaires à écraser les voix dissidentes et à maintenir le pouvoir par la peur, ce qui a ruiné la démocratie locale et créé une instabilité qui repousse les investissements sains. Cet espionnage a déjà ruiné des pays en les rendant dépendants : aux États-Unis, la Chine a volé des secrets d’avions et de turbines à des compagnies comme Boeing ou General Electric, causant des pertes de centaines de milliards de dollars en propriété intellectuelle, ce qui affaiblit l’économie en tuant des emplois et en donnant un avantage injuste à la Chine sur les marchés mondiaux, imagine le même en Afrique, où des pays comme le Kenya ou l’Afrique du Sud perdent leurs innovations en tech ou en mines, rendant leurs industries locales incapables de grandir et les forçant à importer tout de la Chine. En Afrique, ça crée une dépendance économique où les pays perdent leur indépendance, car les secrets volés aident la Chine à dominer les industries locales, comme dans l’énergie ou les télécoms, ruinant les entreprises africaines qui ne peuvent pas rivaliser et menant à plus de chômage et de pauvreté. L’Afrique ne chasse pas les Chinois, beaucoup vivent et travaillent honnêtement sur le continent, apportant des emplois et des échanges ; mais elle doit éviter l’espionnage en étant vigilante, en formant ses propres experts en sécurité pour détecter ces pièges sans rejeter les partenariats utiles. En analyse géopolitique, c’est une infiltration asymétrique, où un grand pays comme la Chine envoie des gens déguisés en migrants pour ramasser des infos ou contrôler l’économie du coin sans se faire voir. Ayoko voit ça comme une attaque directe contre l’indépendance des pays africains, comme les anciens empires qui séparaient les gens pour mieux dominer ; aujourd’hui, c’est avec l’argent et les affaires, et l’Afrique doit créer ses propres services de renseignements pour se protéger, en suivant l’exemple de leaders passés qui poussaient à l’unité contre les forces extérieures qui imposent leurs règles.

Marie risquait sa vie en vivant ça, et si elle dénonçait avec d’autres comme Ayoko, ça pouvait être très dangereux. Si elles parlaient à la police, les représailles pouvaient arriver : des menaces pour faire peur, ou même des disparitions forcées où on enlève quelqu’un sans trace. En termes de sécurité humaine, c’est le risque de ceux qui dénoncent les crimes, ce qu’on appelle le whistle blowing, dans un endroit où la corruption est partout et profonde, et où il n’y a pas de lois solides pour protéger les gens qui parlent. Ça met en lumière le besoin d’une aide mutuelle entre les Africains, comme des organisations non gouvernementales du continent qui défendent les militants, parce que dénoncer tout seul expose à des risques mondiaux, et si l’Afrique se serre les coudes, elle pourrait faire des lois partagées pour sauver ses citoyens contre ces réseaux qui profitent des points faibles locaux.

Et si le gouvernement béninois était au courant ? Peut-être que des hauts placés font semblant de ne rien voir en échange de pots-de-vin, de l’argent sous la table qui pourrit tout le système de pouvoir. En économie politique, c’est du clientélisme, où les chefs locaux se lient avec des investisseurs étrangers pour gagner personnellement, même si ça fait du mal au peuple entier. C’est une trahison de l’intérieur qui pousse à un réveil africain, avec des leaders qui appellent à s’unir contre les séparations forcées, pour que l’Afrique gère ses richesses et défende ses jeunes au lieu de les laisser attraper par des puissances de dehors.

 

Qui pouvait les protéger ? La police locale ? Elle est trop faible, avec peu de moyens et souvent corrompue. L’armée béninoise ? Elle est limitée, avec seulement environ 4 750 soldats en service en 2026, un budget pour la défense d’à peu près 140 millions de dollars américains, et un rang mondial bas, autour de la 137e place sur 145 pays d’après des classements comme Global Firepower. Sans armes modernes puissantes, les généraux béninois sont souvent entraînés dans des écoles occidentales, ce qui les fait servir les intérêts des pays comme la France plutôt que ceux de l’Afrique, et l’armée reste mal équipée, avec très peu de chars d’assaut ou d’avions de guerre. Le Bénin doit attendre la France pour se défendre, grâce à des accords entre les deux pays qui remontent à l’époque de la colonisation, comme des partenariats pour former les soldats et fournir du matériel, une dépendance qui rend le pays moins indépendant et plus vulnérable. L’armée chinoise défie celle du monde entier aujourd’hui, avec sa modernisation rapide : plus de 2 millions de soldats en service, un budget officiel de 247 milliards de dollars (mais des experts disent que c’est peut-être jusqu’à 471 milliards), et des bases en Afrique comme à Djibouti pour étendre son pouvoir. Elle a environ 600 ogives nucléaires en 2025, et elle vise plus de 1 000 d’ici 2030, avec des armes pour dissuader les ennemis comme des missiles hypersoniques (par exemple le DF-26, qui peut frapper à 4 000 km) et des missiles intercontinentaux (ICBM) qui touchent n’importe où sur Terre, formant un système nucléaire complet avec des lancements depuis la terre, l’air et la mer. En stratégie militaire, c’est une façon de montrer sa force loin de chez soi, où la Chine pousse son influence avec le projet Belt and Road Initiative (BRI), un grand plan lancé en 2013 pour construire des routes, des ports et des chemins de fer dans le monde entier, y compris en Afrique, en prêtant de l’argent pour des projets d’infrastructure. Mais ça crée souvent une “diplomatie du piège à dette”, où les pays comme le Kenya avec son chemin de fer Standard Gauge Railway, qui coûte cher et ne rapporte pas assez, ou Djibouti avec plus de 70% de sa dette envers la Chine, se retrouvent coincés dans des dettes impossibles à rembourser, forçant à donner des actifs comme des ports ou des ressources à la Chine. Au Zambie, la Chine est le plus gros créancier, et le pays a dû restructurer sa dette après des crises, perdant du contrôle sur ses mines. En Éthiopie, un prêt de 4 milliards pour un chemin de fer a été renégocié, mais ça montre comment le BRI peut ruiner des économies en créant une dépendance, avec plus de 170 milliards de prêts en Afrique depuis 2000, ceci mène à des crises comme au Sri Lanka (pas en Afrique, mais exemple clair) où un port a été cédé à la Chine. Ayoko rêve d’une armée africaine commune, comme la African Standby Force, pour défendre les gens sans compter sur les grands pays qui profitent des faiblesses, en faisant une Afrique solide et libre qui repousse ces intrusions.

 

 

La présence chinoise en Afrique s’est intensifiée depuis les années 2000, avec des investissements cumulés estimés à plus de 300 milliards de dollars en 2021, couvrant des secteurs comme les infrastructures, l’extraction de ressources et la manufacturing. Les flux d’investissement directs étrangers (IDE) chinois ont atteint environ 44 milliards de dollars en 2019, faisant de la Chine l’un des principaux investisseurs, derrière les États-Unis et devant le Royaume-Uni et la France en termes absolus, bien que représentant une part relativement faible des investissements globaux chinois.  La migration chinoise accompagne ces flux : des estimations varient de 90 000 à un million de personnes, incluant des travailleurs, des entrepreneurs et des commerçants, concentrés dans des pays comme l’Angola, le Nigeria et l’Afrique du Sud. Cette expansion s’inscrit dans des initiatives comme la Belt and Road Initiative (BRI), visant à promouvoir le commerce et le développement mutuel.

 

D’un œil positif, ces investissements ont contribué à la croissance économique africaine. On sait que des études ont indiqué que les projets d’infrastructure chinois, tels que les routes, les chemins de fer et les centrales électriques, ont amélioré la connectivité et stimulé le commerce intra-africain, aidant à réduire la pauvreté : entre 2002 et 2011, le taux de pauvreté en Afrique subsaharienne a chuté de 13 points de pourcentage, en partie grâce à une croissance accélérée.  En moyenne, les investissements chinois ont créé plus de 18 000 emplois par an dans les secteurs de l’infrastructure et de la manufacturing au cours de la décennie précédant 2022, surpassant souvent d’autres investisseurs étrangers en termes de création d’emplois. On sait que ces engagements ont diversifié les économies africaines, offrant un accès à de nouveaux marchés et technologies, et favorisant une croissance inclusive dans des pays comme l’Éthiopie et le Rwanda, où des usines chinoises ont transféré des compétences et boosté les exportations. De plus, l’approche chinoise, souvent sans conditions politiques attachées, est appréciée par de nombreux dirigeants africains pour sa rapidité et son focus sur les résultats tangibles, comme la construction de plus de 10 000 km de routes et de voies ferrées. 

 

Cependant, des critiques mettent en avant des impacts négatifs potentiels et pertinents. Les prêts chinois, bien que remplissant un vide en matière d’infrastructures, ont augmenté la dette de plusieurs pays africains, avec des cas comme l’Angola où les remboursements en ressources naturelles créent une dépendance économique. Des recherches indiquent que les investissements chinois peuvent contribuer à une intensification des émissions de carbone industrielles, particulièrement dans les secteurs extractifs et manufacturiers. Ce qui complique les efforts de transition vers une industrialisation bas-carbone.  Sur le plan de la main-d’œuvre, bien que des emplois soient créés, une localisation élevée, souvent supérieure à 80 % dans les firmes chinoises, coexiste avec des préoccupations sur les conditions de travail, les salaires bas et un transfert limité de compétences, où les postes clés restent souvent occupés par des expatriés chinois.  Des études soulignent également des effets sur l’inflation et les marchés locaux : les importations chinoises bon marché peuvent étouffent les industries naissantes, ensuite augmentent le chômage informel, et la vulnérabilité aux fluctuations globales, bien que cela ne soit pas uniformément observé.  De plus, des liens avec des réseaux illicites, comme la contrefaçon de devises, ont été rapportés dans certains contextes, bien que non systématiquement attribués à tous les acteurs chinois, contribuent à une instabilité économique locale. Il est donc question du souverainisme prenne le devant face aux techniques de la dette-piège, surtout en insistant sur le transfert de compétence. 

 

Marie, réfléchissant à cela, concluait : 

⁃ C’est un équilibre fragile, Ayoko. L’Afrique doit naviguer dans ces opportunités avec prudence pour un vrai développement. 

Pour Ayoko, seuls les Africains vont construire l’Afrique. 

 

lire le chapitre 3 Gloria

3-   Gloria

La belle Gloria, une jeune fille qui illuminait le quartier de sa présence, captivait les regards des jeunes hommes, faisant scintiller des étoiles d'admiration dans leurs yeux. Son apparence était remarquable pour certains.  Grande de taille, sa peau claire, d'une clarté éclatante et son corps légèrement velu lui conférait une beauté singulière. Son visage, d'un design harmonieux, affichait des joues rondes qui semblaient parfois donner l'impression qu'elles étaient légèrement enflées, ajoutant une douceur à son expression. Gloria était souvent silencieuse, mais elle avait cette capacité à rire avec une telle abondance que ses éclats de joie résonnaient dans l'air, même si on ne parvenait pas toujours à saisir les raisons de son amusement. C’était une fille qui n’embêtait personne. Elle était étudiante en fin de formation en imagerie médicale. Gloria était arrivée chez nous presque du jour au lendemain, comme une étoile filante qui traverse le ciel nocturne, laissant derrière une ombre de doute. Sa présence inattendue, apportait un nouveau vent à notre quotidien par ici.  

 

Gloria avait déposé ses dossiers dans tous les coins de la rue, chaque clinique mentionnée dans sa liste soigneusement notée dans sa bible sainte. Elle s’était conviée à ce rituel habituel et omniprésent, priant psaume après psaume, les yeux fermés, inscrivant chaque mot d’espoir dans sa bible, puisant dans toute sa foi et toutes ses forces. La conviction grandissait en elle, comme une flamme alimentée par ses prières, qu'un Dieu bienveillant avait oint le pasteur pour rendre fertiles toutes ces femmes stériles désespérées de l'église. Pourquoi ne le ferait-il pas aussi pour elle ? Avec une ferme détermination, elle s’éloignait de tous les non-croyants, persuadée qu'ils étaient du monde et que leurs doutes ne pourraient que voiler la lumière de sa foi, comme la plupart des jeunes de Cotonou. Elle se levait chaque jours alors avec une détermination renouvelée, elles se ruent dans le couloir qui menait aux chambres à coucher, en décrochant son téléphone portable pleine d’espoir, d’une âme qui sait qu'un miracle peut se produire à tout moment. Souvent, c’était l'un de ses nombreux prétendants, mais à cet instant, peu importait; chaque sonnerie était un rappel que la vie continuait, que chaque jour était une opportunité de croire, de persévérer et de regarder vers l’avenir avec espoir. Gloria voyait au-delà des défis, sentant une force intérieure émaner de ses prières et des promesses de Dieu. Sa foi était comme un phare, illuminant le chemin obscur devant elle et lui donnant le courage de ne jamais abandonner. Elle savait qu’un jour, son appel pourrait également être celui qui annoncerait la grande nouvelle, une histoire de lutte qui se transformerait en témoignage de triomphe, pour prouver au monde que l’espoir, armée de courage et de foi, pouvait déplacer des montagnes.

 

Il y a bien longtemps, Elle était venue vivre quelques jours à Cotonou pour y passer les vacances. Son père, un ancien militaire à la retraite, rappelait à tous le lien familial et l’appartenance à la même collectivité, celle de Tougban à Aného, ce qui faisait d’elle une cousine éloignée. Rien que ça ! Les moments de jeu ensemble étaient parfois joyeux, mais d'autres fois, elle se retirait, pleurant en silence sans jamais partager la raison de son chagrin. M’man, dans une tentative de comprendre ce mystère qui l'entourait, la gâtait de bonbons et de chocolats, mais cette approche ne lui permit jamais d'atteindre l'essence de la douleur que Gloria cachait. Gloria était un enchevêtrement de contradictions, tantôt très réservée et introvertie, tantôt étonnamment bavarde, joyeuse et pleine d'énergie.  

 

La gazelle marchait en silence, avec le cœur serré par une peur vague, pendant quinze minutes pour arriver à l’hôpital Saint-Luc. C’est là qu’elle se formait à l’époque, pleine d’espoir mais aussi de fatigue. Chaque matin, les motards venaient la chercher à tour de rôle. C’étaient des visages qu’elle connaissait bien, et cela lui donnait un sentiment de reconnaissance et de compassion. Dossou avait passé deux ans en prison en Allemagne pour des problèmes de papiers, et il gardait une grande amertume. Amir, lui, ne voyait son père qu’une fois par an, seulement s’il faisait le voyage, ce qui lui causait une douleur profonde de manque familial. Tous les deux étaient devenus motards d’un coup, depuis un mois que la gazelle avait commencé cette aventure incertaine. Elle sentait une gratitude émue pour leur aide inattendue. Le soir, elle s’asseyait dans un coin de la maison près du portail, envahie par une tristesse lourde. Elle réfléchissait en silence jusqu’à ce que quelqu’un vienne rompre ce calme oppressant. Son regard perdu dans le vide, fixe et hanté, montrait une jeune âme troublée par un regret profond ou une inquiétude forte. C’était comme un rêve de chien qu’on ne comprend jamais. Dans ces moments, une nostalgie douce et amère la remplissait. Elle se rappelait sa grande famille heureuse, où son grand-père, avec fierté et tendresse, lui racontait toujours ses origines. Il expliquait comment sa lignée avait survécu aux horreurs de la traite des esclaves. Ses ancêtres creusaient des villages souterrains pour se cacher, avec une détermination forte. Son ancêtre chasseur d’éléphants avait coulé deux bateaux de négriers remplis de Zodjagués, un acte courageux qui rendait Gloria fière. Mais les armes des Portugais et des Espagnols étaient plus puissantes, et cela effrayait tout le monde. Si les pêcheurs n’arrêtaient pas les bateaux à temps, le village pouvait être brûlé; leur plus grande peur. Ils ont lutté des années contre cela de toutes leur force. Un jour, le pire est arrivé, et ils se sont cachés dans un trou au fond de la forêt, pleins d’angoisse. Avec le temps, ils ont construit une case, puis deux, jusqu’à un village entier. Gloria écoutait. Mais seule à Fifadji, quand elle repensait à ça, une tristesse profonde la prenait. Elle aurait voulu changer sa vie, avec une baguette magique. La situation d’argent de sa famille était dure, comme un poids lourd. Gloria sentait de la frustration et de l’impuissance. 

 

Son père, un militaire, se plaignait toujours avec tristesse de son petit salaire qui ne suffisait pas, et de sa petite Gloria qui ne l’écoute point. Il le disait à sa fille aînée Gloria. Il dépendait des aides de la communauté, ce qui l’aidait un peu mais pas assez. Au fil des ans, les dépenses augmentaient, et les liens forts se cassaient tandis que d’autres se formaient dans l’incertitude. Son plus grand cauchemar, qui le terrorisait, était une attaque terroriste dans une ville qu’il connaissait bien. Il avait frôlé la mort, et ça le faisait encore trembler. Il avait perdu des collègues, ce qui le dévorait de chagrin et de colère. Il se demandait avec stupeur et rage comment des gens ordinaires, avec la tête dans un foulard sahélien et qui parlaient mal français, pouvaient être si habiles et cruels. Chez les voisins, ils avaient tué, pendu, volé des tonnes d’or et d’organes, terrorisé, et occupé des terres. Ici, ils attaquent des militaires. Ils avaient des armes lourdes et savaient exactement où étaient les armes dans la salle, sous l’étal au coin gauche. Il revoyait trois hommes entrer, les prendre en filmant, et son cœur battait fort au souvenir. Il s’était caché au plafond de la salle de repos, tremblant de peur, en entendant les tirs comme des explosions. Il priait pour ne pas être vu ; puis il était allé droit se cacher dans la brousse. Dans cette angoisse, il jurait d’arrêter ce travail mal payé, en colère contre les salaires en retard qu’il ne pouvait pas réclamer, et les officiers voleurs et peureux qui les avaient abandonnés. Il pensait à ses enfants et ses deux femmes, avec un amour fort et un besoin urgent de survivre pour eux. Bientôt, le calme est revenu avec les secours, et il a senti un soulagement fatigué. Le père de Gloria a juré par Mawu, avec résolution et dégoût, de ne plus porter son uniforme. Il avait entendu parler de ces attaques dans les pays voisins et quelques-unes au Bénin. Cela l’emplissait d’une peur constante ; il ne voulait pas mourir sous leurs armes, avec une volonté forte de protéger sa famille.

Les roses de Cotonou: Living pan-africanism

Discover 'Les roses de Cotonou', a new book by Georgia Mercy that delves into the vibrant spirit of Pan-Africanism as lived by real women in Cotonou, Benin. This is where history meets contemporary struggles, told through authentic stories and experiences.

Stories from the heart of West Africa

 

 

 

L'Afrique n'est pas assez entrée dans l'histoire pour ceux qui l'occultent. L'Afrique est l'histoire. 

 

 L'Afrique n'est pas seulement le berceau de l'humanité, mais aussi un foyer riche de contributions culturelles qui ont façonné le monde. De la musique envoûtante des percussions africaines aux traditions artistiques vibrantes des textiles et de la sculpture, chaque région d'Afrique a ses propres histoires à raconter. Le professeur Cheikh Anta Diop dit dans Alerte sous les Tropiques qu'aux premières rencontres entre les Européens et les Africains, les Européens écrivaient que les Africains étaient si civilisés que même leurs handicapés étaient enviés. L'Afrique noire a fait la civilisation Egyptienne. Cette richesse culturelle, souvent sous-estimée, mérite d'être célébrée et reconnue comme un élément essentiel de notre patrimoine .

 

 

 

 

 

 

 

 

     

    Every action, every choice

    After experiencing 'Les roses de Cotonou', we want you to grasp the profound impact of regional politics, like that involving AES and ECOWAS, on the everyday lives in the smallest corners of Cotonou’s streets. The book powerfully illustrates that every member of the Black community, through their actions or inactions, shapes the ongoing narrative of freedom and progress. Even in silence !

    Embrace the legacy

    What makes 'Les roses de Cotonou' stand apart is its raw, unfiltered look at the resilience and resolve of women on the ground. It's more than a book; it's an invitation to reflect on the collective journey and the enduring fight for liberation. Join us in celebrating this powerful narrative.