Tidiane, Touche pas ma Culture !

Les hommes forts sont ceux qui sont enracinés dans leur culture. La culture fait la civilisation. La civilisation fait le développement.

Car l'unité culturelle africaine est une urgence, un ultimatum.
Le Père Noël est Blanc
Témoignages de ma mère
Quand j'étais petite, j'étais très impliquée dans l'église. Chaque matin, nous nous levions à cinq heures pour nettoyer l'ensemble de l'église. Ensuite, nous préparions la communion des saints et aidions les sœurs à faire le ménage au presbytère. Nous arrosions aussi les manguiers et les fleurs dans la cour. Souvent, je rentrais à quinze heures, sans avoir mangé ni bu quoi que ce soit. J'étais très fière d'avoir été choisie parmi les filles bien élevées de la plus belle et grande basilique de la ville de Ouidah pour être volontaire au service de Dieu. Tout cela se faisait dans la plus grande discrétion. Personne n'avait le droit de manger ou même de goûter à la communion ou au vin. Un dimanche après-midi, j'avais une faim terrible. Il était seize heures, et je pensais que j'allais m'évanouir dans la grande cour silencieuse du presbytère. J'ai grimpé dans le manguier que j'avais planté moi-même trois ans auparavant. J'ai cueilli une belle mangue bien mûre. Je l'ai dévorée, ressentant le plaisir de profiter pour une fois de ma propre sueur. Je l'ai mordue quatre fois avant de voir, près du portail, une sœur voilée qui m'attendait avec un doberman attaché à une chaîne qu'elle tenait de l'autre main. Elle semblait désapprouver ce que je faisais, et je l'ai perçue dans ses yeux verts. Je suis descendu de l'arbre pour lui expliquer que je voulais juste goûter à cette mangue que j'avais fait pousser. À peine avais-je ouvert la bouche qu'elle m'a traitée de voleuse et a ajouté que je n'irais pas au ciel. Puis, d'un geste agressif, elle a tiré sur la chaîne pour détacher le chien qui salivait en aboyant vers moi. Je me souviens avoir sauté par-dessus le mur du presbytère pour fuir, car elle avait fermé le portail à clé et se tenait entre le couloir de secours et moi. Je n'oublierai jamais la douleur de ses crocs géants dans ma cuisse droite. Ce chien m'a réduit le biceps. J'ai crié au secours, mais personne n'a levé le petit doigt. Ils étaient tous derrière leurs fenêtres à m'observer, c'est certain. J'avais saisi ans."
" Mon oncle était sur le point de devenir prêtre, et le Vatican avait envoyé un prêtre blanc pour son ordination. Les étapes de cette cérémonie se déroulaient dans une telle discrétion que nous savions très peu de ce qui se passait réellement. Mon oncle était très heureux et ne montrait sa joie que lorsqu'il rentrait dans notre salon, ne souhaitant pas dévoiler ses émotions. Un soir, il rentra presque en courant, vers minuit. Mon père, le roi, comprit immédiatement qu'il se passait quelque chose d'inhabituel. Nous fermâmes toutes les portes, et mon oncle nous raconta alors ce qui s'était passé : "On m'a dit de répéter que le noir est le diable et que le blanc est Dieu. J'ai refusé. Comment se fait-il que vous fabriquiez des armes, que vous envahissiez, que vous pilliez, que vous réduisiez les gens en esclavage, et que ce soit nous qui soyons le diable ? Non, c'est plutôt le blanc qui est le diable. Je ne renierai jamais les miens." Le saint père du Vatican s'était levé et m'avait rassuré que je n'avais pas à faire cela et que ce n'était pas obligatoire. Ensuite, il m'ordonna de lécher son gros orteil gauche. Je m'exécutai. Il partit ensuite dans sa chambre. Ce soir-là, le cuisinier, un cousin éloigné, me souffla à l'oreille qu'on lui avait ordonné de mettre du poison dans ma nourriture. Il disait que je devais fuir avant qu'il ne se rende compte qu'il ne l'avait pas fait. Loyal envers notre lien de sang, il refusait de trahir notre famille, un secret dont le saint père n'était pas au courant. Ainsi, je courus sans même prendre mes affaires. « Roi, » dis-je, « je viens me réfugier ici, dans la maison de mes ancêtres, et ici, au palais, je suis en sécurité. »
"Le cardinal Bernardin Gantin, issu de ce même séminaire, a toujours été un homme d'une immense dévotion. Il passe des heures à étudier, à se consacrer à son travail avec une passion qui force l'admiration. Sa bienveillance et son humilité touchent tous ceux qui le croisent. Nous avons tous été témoins de sa générosité et de son amour profond pour Dieu, un amour qui, hélas, semble ne s'adresser qu'au Dieu des blancs. Aujourd'hui, il se trouve au Vatican, parmi les plus nobles, ces hommes de pouvoir et d'influence. Mais dans l'ombre, une inquiétude sourde grandit en moi : si jamais il osait prétendre à la papauté, je crains qu'ils ne le fassent disparaître. Ils ne savent faire que ça, empoisonner les espoirs qui pourraient déranger leur ordre établi. Je te le dis, Georgia, il ne sera jamais pape. Puis vint le 19 avril 2005, un jour qui marqua les esprits lorsque le pape Benoît XVI fut intronisé. On disait qu'il avait déjà été classé parmi les membres de la commission chargée d'élire le nouveau pape, mais pendant trois longues années, le silence pesant régna sur le sort de notre frère Bernardin. Les jours passèrent, et avec eux, l'angoisse grandissait. Des rumeurs d'empoisonnement commencent à circuler, et chacun d'eux était comme une goutte d'acide sur notre cœur."
Puis, un an après le départ de maman, le pire arriva. Ce fut comme un coup de tonnerre dans un ciel déjà assombri par la douleur. Notre espoir s'évanouit, et avec lui, une partie de notre âme.
Repose en paix maman!
La françafrique, c'est le colonialisme par proxy
Introduction : Le Mensonge Universel du Père Noël
Une critique symbolique du Père Noël, incarnation culturelle du capitalisme occidental et de la domination religieuse chrétienne. Ce personnage universellement vu comme un symbole de la standardisation culturelle qui efface les identités locales. Souvenons-nous de la manière dont l'église catholique est arrivée. Elle n'a pas toqué à la porte avant d'entrer, elle l'a arraché. Le personnage du Père Noël trouve ses racines dans Saint Nicolas, un évêque du IVe siècle, connu pour sa générosité et ses actes de bienveillance. Saint Nicolas, célébré le 6 décembre, était réputé pour offrir des cadeaux, notamment aux enfants et aux pauvres. Au fil des siècles, la figure de Saint Nicolas a évolué en différentes versions à travers l'Europe. En Hollande, par exemple, il est devenu Sinterklaas, un personnage qui apporte des cadeaux aux enfants. Les immigrants néerlandais ont introduit cette tradition aux États-Unis au XVIIe siècle. C'est au XIXe siècle que le personnage du Père Noël tel que nous le connaissons aujourd'hui a commencé à prendre forme. En 1823, le poème « A Visit from St. Nicholas » (aussi connu sous le nom de « The Night Before Christmas ») a popularisé l'image d'un Père Noël jovial, vêtu de rouge, voyageant dans un traîneau tiré par des rennes. L'arrivée du christianisme en Afrique a souvent été perçue comme un acte de mission. Cependant, sous-jacent à cette mission se cache un impérialisme culturel qui a eu des conséquences profondes pour les sociétés africaines. La première église au Kongo remonte au 14e siècle, elle fut construite par les portugais. Il y eut quatre cents ans de conversions et d'esclavage. Plus tard, les puissances coloniales ont utilisé le même guide ecclésiastique comme un outil de domination et de pillage, cherchant non seulement à convertir les âmes, mais aussi à effacer les cultures et les traditions locales.
Le lien avec la religion et la politique sont très solides. En Afrique, le Père Noël n'est pas simplement une figure festive, il représente l'influence du christianisme comme outil de pouvoir immatériel. Je parle ici de l'église parce qu'elle est la seule institution de l'impérialisme occidental qui s'immisce dans la politique en Afrique, comme en témoigne la présence de tous ces prêtres catholiques dans les décisions cruciales des pays : la Conférence des forces vives de la Nation au Bénin avec Isidore De Souza, la guerre du Cameroun Samuel Tchoumi, la lutte de l'ANC contre l'apartheid et Beyers Naudé, Wenceslas Munyeshyaka dans la guerre du Rwanda etc...
Je vais ici exposer les mécanismes de contrôle psychologique, culturel, et économique ; critiquer la colonisation mentale et proposer des solutions pour reprendre le contrôle de nos pratiques et nos identités. Je propose une alternative audacieuse qui consiste à placer la science au cœur des pratiques endogènes de la communauté noire. Ce livre entre autre invite chaque africain, chaque individu de la communauté noire à reconsidérer ses liens avec les outils de domination culturelle et ses responsabilités vis-à-vis de la lutte pour la souveraineté culturelle.
L'idiome « Le père Noël est blanc » fait référence à l'image traditionnelle du personnage de Noël tel qu'il est souvent représenté dans les cultures occidentales. Le père Noël, qui est censé incarner l'esprit de Noël, représente ici une culture occidentale qui ne reflète nullement les réalités africaines. L'expression veut évoquer ici donc les héritages coloniaux, où les images et les valeurs occidentales ont été imposées ou largement diffusées, souvent au détriment des cultures locales. Elle invite à réfléchir sur l'impact de ces influences sur les traditions africaines et sur la manière dont elles peuvent être célébrées ou adaptées. D'autre part, l'idiome « Le Père Noël est Blanc » est une expression que j'utilise de manière humoristique et critique pour discuter des attentes sociales liées au christianisme. Cela peut amener à une réflexion sur les inégalités et les biais dans la façon dont certaines cultures ou groupes sont valorisés par rapport à d'autres.
Mis à part le problème de la représentativité de l'homme noir dans l'histoire, l'expression Le Père Noël est Blanc est un appel à l'action. Les aides ne développeront jamais l'Afrique. Si la domination culturelle est maintenue aujourd'hui par la monopole scientifique et économique non noir, il est essentiel de reconsidérer la position de l'Afrique sur le plan mondial. L'Afrique (et sa diaspora bien sûr) a connu des heures bien sombres qui pèsent encore sur elle. Le père Noël était là durant l'esclavage, la colonisation, et il est encore là aujourd'hui en plein néocolonialisme. Rien n'a vraiment changé. Est-il vraiment là pour nous ? Ses actes aident-ils les africains ou plutôt les occidentaux ? Dans un monde où le rapport de force nourrit les relations inter états, il n'y a pas de père Noël, si ce n'est que loup déguisé.
Le catholicisme est un pouvoir politique
immatériel.
Parlons d'abord des origines politiques du christianisme. Il faut rappeler que la religion chrétienne est devenue un instrument de pouvoir, notamment sous l'Empire romain avec Constantin.
Des siècles avant jésus, il y avait plein d'autres Jésus :
- zoroastre en Iran par exemple. Nous sommes à 6 siècles avant Jésus-Christ. Il est né d'une vierge le 25 décembre (natalis solis invicti) dans une grotte. Sa naissance était attendue par des sages, des hommes sages et des bergers. Il était considéré comme "la Voie, la Vérité et la Lumière. Il était encore considéré comme "le Rédempteur, le Sauveur, le Messie.” Son jour sacré était le dimanche, le jour du Seigneur. Il avait sa fête principale à la date qui allait ensuite devenir Pâques, correspondant à sa résurrection. Il avait 12 compagnons. Il était identifié à la fois au Lion et à l'Agneau. Son culte Mithra est célébré avec du pain et du vin, par des prêtres.
- 6 siècles avant notre ère toujours, il y a eu Bouddha dans le nord de l'Inde. Il est né d'une vierge. Il était considéré comme un grand professeur et un maître itinérant. Il était considéré comme « la Voie, la Vérité et la Lumière. » Il était encore considéré comme « le Rédempteur », « le Sauveur », « le Messie. » Il avait 12 compagnons ou disciples. Il effectuait des miracles. Il a été crucifié. Après trois jours, il s'est relevé. Sa résurrection était célébrée chaque année. Sa religion comportait une eucharistie ou « dîner du Seigneur »
- 1400 ans avant Jésus-Christ, il y avait Krishna, épithète personnelle était,"le fils éternel » ou « Krishna ». Sa naissance était attendue par des sages, des hommes sages et des bergers. Il est né de la vierge Dévaki le 25 décembre. Son père était charpentier. Sa naissance a été annoncée par une étoile. Il s'appelle dieu des bergers. Il fut persécuté par un tyran nommé Kamsa, qui ordonna le meurtre de milliers d'enfants en bas âge. Il était de naissance royale. Il fut baptisé dans un fleuve. Il effectua miracles et merveilles. Il ressuscitait les morts et guérissait les lépreux, les sourds et les aveugles. Il utilisait des paraboles pour enseigner au peuple la charité et l'amour. Il fut transfiguré devant ses disciples. Dans certaines traditions, il fut crucifié entre deux voleurs. Il mourut et se releva de sa tombe le troisième jour. Il était associé au lion et à l'agneau.
- Plus loin 2500 ans avant Jésus-Christ, en Égypte il y avait Horus. Il est né de la vierge (Isis) le 25 décembre (Tybi) (la fin du solstice d'hiver) dans une grotte ou une crèche. Sa naissance a été annoncée par une étoile à l'Est et attendue par trois hommes sages (Mintaka, Anilam, Alnitak). Son père s'appelait Joseph (Keb) et sa mère Isis. Il lui avait aussi 12 disciples. Il fut baptisé à 13 ans par Jean le baptiseur (Anup). Il a été crucifié entre deux bandits. Il a effectué des miracles et a même ressuscité une momie. Il fut enterré et il s'est relevé de sa tombe le troisième jour. Il était la voie, la vérité et la lumière, et il était aussi associé au lion et à l'agneau.
Touche pas à ma richesse culturelle !
C'est la racine de mon peuple.
Le révisionnisme se combat.
Les roses de Cotonou
1- Adjoua
Dans l’école Sainte Rita 2 à Cotonou, au Bénin, il y avait une femme nommée Adjoua. Elle enseignait la biologie. Adjoua était une femme de la soixantaine, ronde et courte, avec une peau noire et un petit point de beauté sur la joue gauche. Elle ne souriait jamais, ce qui lui donnait un air toujours sérieux et déterminé. Adjoua était très stricte en classe. D’abord, elle s’attaquait à la tricherie. Elle renvoyait immédiatement les tricheurs de la salle, sans aucune hésitation. Et elle leur rappelait chaque jour qu’ils avaient triché pendant les examens, il y a trois ans ou à telle date précise, comme si c’était une marque indélébile sur leur parcours. Même les nouveaux venus connaissaient tous les tricheurs du passé. Elle proposait qu’on les montre au drapeau le lundi matin, afin de les marquer à jamais ; un enfant qui triche sera un policier corrompu. Pour elle, la tricherie était une faiblesse qui affaiblissait non seulement l’élève, mais toute l’Afrique, car cela montrait un manque de confiance en ses propres forces.
Et elle parlait des soins corporels, même si ce n’était pas au programme de biologie. Elle n’aimait pas quand les filles sentaient mauvais, et elle insistait sur l’importance de l’hygiène personnelle. Elle proposait l’alun, une pierre naturelle qu’on ramassait par terre dans certaines régions, très efficace contre les odeurs corporelles. Adjoua expliquait que c’était une solution simple et africaine, venue de la terre même du continent. Pour Adjoua, ces odeurs et ces problèmes étaient des armes que nos oppresseurs des pays riches utilisaient pour nous attaquer, en nous rendant vulnérables et en nous faisant passer pour inférieurs. Et surtout, c’étaient des répercussions des OGM, qui, selon elle, altéraient les corps africains, rendant la peau plus sensible et les odeurs plus persistantes à cause des toxines accumulées.
Le Bénin avait connu des moments difficiles qui n’ont jamais été enseignés dans les écoles. En 1990, le gouvernement de Kérékou était tombé. Cette crise mondiale qui avait engendré le Washington SAP s’était proliféré sur le pays voisin du Nigeria. Les pays occidentaux avaient promis d’aider l’Afrique avec des produits OGM, c’est-à-dire des aliments modifiés en laboratoire. Mais dix ans après, le nombre de cancers en Afrique avait beaucoup augmenté. Il était passé de 0,7 % à 13 % au Bénin d’après certaines études effectuées à Cotonou, dont elle donnait les sources. Adjoua disait que c’était à cause de ces OGM, qui étaient nocifs pour la santé. Elle ajoutait que les résultats des laboratoires africains étaient souvent contestés pour des raisons médiocres, telles que le processus de stérilisation des outils utilisés ou la propreté du laboratoire pas rectiligne, ce qui était faux selon elle. Les résultats des autres continents ne sont jamais remis en cause de la même manière. Elle disait que nous mourions et les causes étaient souvent autres que celles établies par nous-mêmes. Aucun journal scientifique ne les relayait. Nos travaux étaient effectués par des spécialistes qui ont été formés et qui viennent de ces pays-là, mais cela n’empêchait pas les biais géographiques et raciaux dans l’évaluation scientifique. Les OGM sont des organismes génétiquement modifiés, comme des plantes changées par la science pour résister aux insectes ou aux maladies. En Afrique, des pays comme l’Afrique du Sud ou le Burkina Faso les utilisaient pour augmenter la production de nourriture. Mais ces produits étaient dangereux : ils causaient plus de cancers, d’allergies et de problèmes de santé. Par exemple, au Nigeria, 67,46 % des gens pensaient que les OGM étaient nocifs pour la santé humaine, et 52 % les associaient à des allergies et des cancers. Des études montraient que les OGM pouvaient causer des tumeurs cancéreuses chez les animaux. Au Nigeria, il y avait 12 000 décès par cancer du sein en 2018, le taux le plus élevé au monde, lié en partie aux OGM. Des critiques disaient que les OGM endommageaient la fertilité des jeunes et causaient le cancer chez les personnes âgées. Beaucoup de gens en Afrique, comme 70 % dans certaines enquêtes, associaient les OGM à des risques de santé accrus, comme le cancer et l’obésité.
Adjoua marchait dans les rues ensoleillées de Cotonou, qui faisait briller les roses sauvages poussant le long des rues pavées. Elle portait en elle l’histoire d’un continent qui luttait pour sa survie, un continent où les promesses étrangères se transformaient souvent en pièges. Le Bénin, comme tant d’autres pays africains, avait vu arriver ces semences modifiées avec l’espoir de vaincre la faim. Mais au fil des années, les hôpitaux se remplissaient de malades atteints de cancers et d’autres maux inexplicables. Adjoua, une femme simple mais instruite, avait lu des rapports locaux qui montraient une hausse alarmante des cas de cancer, passant de moins de 1 % à plus de 13 % en une décennie au Bénin. Elle en était convaincue : les OGM, ces aliments trafiqués en laboratoire par des compagnies occidentales, étaient la cause principale. Ces produits, conçus pour résister aux insectes ou aux sécheresses, cachaient des dangers invisibles. Des études africaines, menées à
Cotonou, pointaient du doigt les résidus de pesticides plus élevés dans ces cultures, qui s’infiltraient dans la nourriture et attaquaient le corps humain, provoquant des tumeurs, des allergies et même des problèmes de fertilité.
Pourtant, quand les scientifiques africains publiaient leurs résultats, on les contestait pour des raisons absurdes : un outil mal stérilisé, un laboratoire pas assez propre. Adjoua riait amèrement en pensant à cela. Pourquoi les études venant d’Europe ou d’Amérique n’étaient-elles jamais remises en question de la même façon ? C’était clair pour elle : un biais racial et géographique empoisonnait la science mondiale. Les Africains mouraient, mais on attribuait toujours les causes à autre chose : la sainte pauvreté (sans jamais souligner que c’est dû au pillage et au terrorisme fiscal du CFA) le climat, jamais aux produits imposés par l’extérieur. Aucun grand journal scientifique international ne relayait ces travaux africains, même si les chercheurs locaux étaient formés dans les meilleures universités du monde. C’était une forme de silence complice, qui laissait l’Afrique seule face à ses souffrances.
Plus, cette histoire des OGM en Afrique n’est pas juste un problème de santé ; c’est un chapitre de plus dans la longue lutte pour l’indépendance du continent. Les ancêtres comme Kwame Nkrumah ou Thomas Sankara, nous enseigne que l’Afrique doit rejeter les chaînes du néocolonialisme. Les OGM représentent exactement cela : une dépendance forcée aux multinationales étrangères, comme Monsanto ou Bayer, qui contrôlent les semences et obligent les paysans à acheter chaque année de nouvelles graines stériles. Au lieu de renforcer l’autonomie alimentaire, ces produits affaiblissent les économies locales. En Afrique du Sud, au Burkina Faso ou au Nigeria, où les OGM ont été adoptés, on voit une augmentation des cas de cancers et d’autres maladies, comme le montrent des enquêtes locales où plus de 67 % des Nigérians associent les OGM à des risques pour la santé. Mais ce n’est pas seulement une question de chiffres ; c’est une attaque contre la souveraineté africaine. Les pays occidentaux, après avoir pillé les ressources naturelles, imposent maintenant des aliments modifiés qui profitent à leurs entreprises, au détriment de la santé des Africains. Le souverainisme, qui prône l’autodétermination des peuples, nous pousse à voir cela comme une invasion dangereuse et surtout silencieuse.
Pourquoi l’Afrique, riche en terres fertiles et en savoirs traditionnels, devrait-elle dépendre de technologies étrangères qui causent plus de mal que de bien ? Des études montrent que les OGM coïncident avec une hausse des résidus de pesticides, augmentant les risques de diabète et de maladies organiques. Au Nigeria, par exemple, 12 000 femmes meurent chaque année du cancer du sein, un taux parmi les plus élevés au monde, et des voix locales lient cela en partie aux OGM. C’est une forme de terrorisme biologique pur et simple : une guerre menée par des moyens invisibles, où les armes sont des semences empoisonnées, et les victimes sont les peuples africains. Ce terrorisme biologique n’est pas un accident ; il est délibéré, conçu pour affaiblir les nations africaines, réduire leur population active et maintenir une dépendance éternelle. L’Afrique est victime de ce terrorisme, avec des millions de vies perdues ou brisées, et cela continue sous nos yeux. Et que dire des institutions internationales dans tout cela ? Elles sont complices de ce terrorisme biologique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), par exemple, fondée pour protéger la santé mondiale, semble souvent alignée sur les intérêts des puissances occidentales et des grandes compagnies. L’OMS déclare que les OGM sont sûrs s’ils sont évalués correctement, mais elle ignore ou minimise les études africaines qui montrent des liens avec les cancers et les allergies. Pourquoi ne défend-elle pas plus fermement les recherches locales contre les biais raciaux ? Au lieu de cela, elle promeut des normes qui favorisent les OGM, en partenariat avec des organisations comme l’USAID ou la Banque Mondiale, qui poussent l’Afrique à adopter ces technologies. Des critiques en Afrique révèlent que l’OMS ferme les yeux sur la désinformation et les risques réels, laissant les pays du continent vulnérables. C’est une trahison flagrante :
pendant que des millions d’Africains souffrent et meurent de ces maladies induites, l’OMS priorise les agendas économiques de certains pays, plutôt que la santé des peuples opprimés. Au Bénin et ailleurs, où les taux de cancer montent en flèche selon Adjoua, l’OMS pourrait exiger des enquêtes indépendantes, mais elle reste silencieuse, complice d’un système qui perpétue l’inégalité et le terrorisme biologique.
D’autres institutions comme la FAO ou l’ONU suivent souvent le même chemin, en encourageant l’adoption d’OGM sous prétexte de sécurité alimentaire, tout en ignorant les preuves africaines de leurs dangers. Cette complicité transforme ces organismes en outils du néocolonialisme, permettant aux puissances étrangères de mener leur guerre biologique sans être tenues responsables. De ce pas, l’Afrique doit trouver ses propres solutions, ancrées dans le souverainisme et le panafricanisme. D’abord, interdire les OGM sur le continent, comme l’ont fait des pays comme le Zimbabwe ou l’Algérie, qui résistent à ces importations. Retourner à l’agriculture traditionnelle, en valorisant les semences locales résistantes et adaptées au climat africain. Et en plantant ce que les africains consomment. Les paysans béninois, par exemple, pourraient relancer des cultures comme le fonio ou le manioc non modifié, riches en nutriments et sans pesticides chimiques. Deuxièmement, il faut investir dans une recherche scientifique africaine indépendante : créer des laboratoires panafricains, financés par les africains eux-mêmes (les salaires des députés peuvent être diminués, les sénats budgétivores supprimés, et un seuil pour le salaire des ministres et présidents), pour étudier les vrais impacts des OGM sans biais étrangers. Des initiatives comme celles du Burkina Faso, qui a suspendu le coton OGM pour protéger ses sols, montrent le chemin. Troisièmement, les africains devraient promouvoir l’unité : une politique commune contre les OGM, via des accords régionaux comme la CEDEAO, pour bloquer les importations et soutenir les échanges de semences entre pays africains. Enfin, il faut éduquer les populations : des campagnes locales, en langues africaines, pour sensibiliser aux dangers et aux alternatives. L’Afrique a tout pour être autosuffisante, ses terres, son savoir ancestral, sa résilience. En rejetant les OGM et en dénonçant ce terrorisme biologique avec la complicité des institutions internationales, elle affirme sa souveraineté, protège sa santé et bâtit un avenir uni. Adjoua s’arrêta près d’un manguier à Cotonou. Elle savait que le combat n’était pas fini, mais avec la force de l’unité, l’Afrique pouvait guérir ses blessures et fleurir à nouveau.
L’histoire des OGM montrait comment l’Occident aidait l’Afrique, mais en réalité, ça faisait du mal. En 1990, après la chute de Kérékou, ils avaient envoyé ces produits nocifs. Ça avait augmenté les maladies comme le cancer. C’était comme une attaque biologique : les puissances étrangères utilisaient les OGM pour affaiblir l’Afrique, en rendant les gens malades et dépendants des semences étrangères. Cela continuait le colonialisme, en contrôlant la nourriture et la santé du continent. « Notre continent importe plus que tout autre continent dans le monde ». Du fait du passé, la biologie avait été utilisée contre les Noirs. C’était pendant l’esclavage, avec des maladies inventées pour les Noirs qui essayaient de fuir : la drapétomania, une soi-disant maladie mentale qui poussait les esclaves à s’enfuir, et la dysesthesia aethiopica, qui expliquait leur paresse et leur insensibilité. Pour Adjoua, la science était comme Dieu, elle avait une race parfois, c’est-à-dire qu’elle pouvait être biaisée, polarisée et raciste. Seule la souveraineté sanitaire pouvait résoudre cette affaire, comme avec une organisation africaine de santé telle que l’Africa CDC (Centres africains pour le contrôle et la prévention des maladies), pour que les Africains surveillent eux-mêmes les risques des OGM et protègent leur peuple avec des recherches locales et unies.
Ensuite, elle parlait beaucoup de sa visite au colloque au Sénégal. Elle représentait le Bénin en tant que professeure de biologie, invitée pour discuter de thèmes scientifiques et africains. Le président Abdoulaye Wade serrait la main à tout le monde avec un sourire poli. Sa femme, qui était française, était à côté de lui, et Adjoua la voyait comme une impérialiste. Mais elle avait refusé de serrer la
main d’Adjoua en public, prétextant que les Béninois adoraient le vodou, comme si c’était quelque chose de mauvais et primitif. Adjoua, blessée mais déterminée, avait demandé à parler en privé avec cette femme du président. Loin des caméras et des regards officiels, la conversation avait tourné au vinaigre. Cette femme avait été si irrespectueuse envers Adjoua, lui lançant des mots déplacés au visage, des insultes racistes et méprisantes sur les Africains et leurs traditions. Adjoua racontait qu’elle s’était approchée d’elle pour lui donner une gifle, un geste de colère pure face à l’humiliation, mais les gardes du président l’avaient retenue juste à temps. C’était en 1998 et 2000. Adjoua était traditionaliste, et elle était fière de ses racines africaines. Elle racontait souvent cette histoire à ses élèves, encore et encore, pour leur expliquer sa sévérité et pour leur enseigner la dignité. Un jour, un élève lui avait demandé si cette femme yovo (blanche) aux côtés du président n’était pas un problème, une sorte d’antenne française dans le palais présidentiel, une espionne ou une influenceuse qui maintenait l’Afrique sous contrôle. Adjoua avait hoché la tête gravement, confirmant que c’était exactement cela, et que les Africains devaient se méfier de telles alliances. Les droits individuels accordent à chacun le privilège à chacun de se marier à qui il ou elle veut, mais quand on en vient au sommet de l’Etat, non. C’est une question de souveraineté.
L’Afrique subsaharienne est un endroit riche en cultures et en peuples différents. Mais elle a des problèmes importants en ce qui concerne la façon dont les gens sont représentés en politique et dans les symboles du pouvoir. Un sujet qui fait beaucoup débattre, c’est quand la “première dame” (c’est-à-dire l’épouse du président) est une femme blanche, d’origine européenne ou pas noire africaine, dans un pays où la plupart des gens sont noirs. Cela arrive rarement, mais ça crée des tensions sur l’identité du pays, l’indépendance et l’égalité entre les races. Aucun pays dans le monde n’accepte facilement cette situation sans protestations, parce que ça touche au cœur de qui représente vraiment le peuple. Pendant l’esclavage, la femme noire était complètement effacée : on la traitait comme invisible, sans aucun rôle dans le pouvoir, dominé par les Blancs. Cet effacement a continué pendant la colonisation. Les présidents ou gouverneurs blancs des pays africains avaient tous des femmes blanches. Ces premières dames blanches parlaient au nom des femmes noires, en imposant leurs idées et leurs règles sans tenir compte des vraies vies des Africaines. Par exemple, pendant la colonisation au Dahomey (l’ancien nom du Bénin), les gouverneurs français comme Victor Ballot (lieutenant-gouverneur en 1894) avaient des épouses blanches, comme Madame Ballot, une Française. De même, Charles-Henri-Adrien Noufflard (gouverneur de 1912 à 1919) et Louis Blacher (gouverneur de 1932 à 1933) avaient des épouses françaises blanches, qui représentaient le pouvoir colonial et influençaient les décisions sans lien avec la population locale noire. Aujourd’hui, cette situation est encore d’actualité dans certains pays, où la femme noire reste effacée des plus hauts niveaux du pouvoir. En effet, dans un monde où la femme noire n’occupe presque jamais ce rôle important ailleurs, permettre à une personne extérieure de représenter le pouvoir en Afrique continue de créer un sentiment d’infériorité qui vient de l’histoire. À cela s’ajoutent des soucis de sécurité pour le pays, comme protéger les informations secrètes et les intérêts nationaux. C’est pourquoi la femme africaine doit être représentée telle qu’elle est, parce que les Noirs ont été trop longtemps “représentés” par d’autres, souvent contre leurs propres intérêts.
Dans l’histoire, les premières dames en Afrique subsaharienne ont souvent été des femmes importantes : elles conseillaient, aidaient les gens ou même agissaient en politique sans le dire. Mais quand ce rôle est pris par une femme blanche ou européenne, ça crée des problèmes. Par exemple, en Côte d’Ivoire, Dominique Ouattara, qui vient de France, a été critiquée pour son influence vue comme venant de l’extérieur, même si elle fait du travail humanitaire. Au Gabon, Sylvia Bongo Ondimba, qui a des origines françaises, a été accusée de favoriser sa famille et de se mêler des affaires de l’État, ce qui fait penser qu’elle défend des intérêts étrangers. Au Sénégal, Viviane Wade, l’épouse française de l’ancien président Abdoulaye Wade, a aussi été critiquée pour sembler déconnectée des réalités du pays. En général, la plupart des premières dames africaines viennent de la population noire locale, comme Graça Machel au Mozambique et en Afrique du Sud. Pourtant, avoir une première dame blanche est souvent vu comme un reste du colonialisme : les chefs africains cherchent à se légitimer en se tournant vers l’extérieur. Ça va contre la représentation de la femme noire, qui est encore peu visible aux plus hauts niveaux du pouvoir mondial. L’inverse – une femme noire comme première dame dans un pays non africain – est presque impossible. Par exemple, le prince Albert II de Monaco, qui est devenu chef en 2005, s’est marié en 2011 avec Charlene Wittstock, une nageuse sud-africaine blanche, ce qui montre que même un lien avec l’Afrique reste blanc en Europe. Jamais une femme noire n’occupe ce rôle de façon régulière ailleurs, ce qui rend l’inégalité mondiale encore plus claire. Pour la sécurité des informations et des intérêts du pays, une représentation extérieure comme ça pose des risques : il pourrait y avoir des fuites de secrets ou des influences diplomatiques qui favorisent d’autres pays, parce que les Noirs ont été “représentés” par des forces extérieures pendant des siècles de colonisation et de néocolonialisme.
Les mariages, qu’ils soient intra-raciaux ou inter-raciaux, sont une célébration magnifique de l’humanité dans toute sa diversité. Ils incarnent la beauté pure de l’amour, cet élan du cœur qui transcende les frontières imposées par la société. L’amour n’a pas de limites : il ignore les races, les couleurs de peau, les goûts personnels ou les choix dictés par les traditions. Il est libre, fluide, sans chaînes culturelles ni murs invisibles qui divisent les peuples. Dans un monde idéal, chaque union est un pont jeté entre les âmes, un témoignage vivant que nous sommes tous égaux face à l’émotion la plus profonde. Que l’on choisisse un partenaire de la même origine ou d’un horizon lointain, c’est la connexion authentique qui prime, rappelant que l’humanité est une mosaïque riche et harmonieuse. Toutefois, dans le contexte des nations d’Afrique subsaharienne, une prudence s’impose au sommet de l’État : la Première Dame ne saurait être d’ascendance blanche, rouge, jaune, ni même originaire d’un pays étranger. Cette disposition, loin d’être un préjugé, relève d’une stratégie de souveraineté nationale. En effet, le renseignement constitue l’arme privilégiée des adversaires, et sa maîtrise représente la première ligne de défense pour un État. Au cœur du pouvoir, où les enjeux géopolitiques sont très importants, une telle alliance expose à des vulnérabilités, favorisant des ingérences extérieures. Il s’agit ainsi d’une mesure de sécurité collective, préservant l’intégrité et l’indépendance d’une nation. Si l’amour individuel s’épanouit en toute liberté, le devoir étatique exige ces garde-fous pour le bien commun.
Le problème de sécurité et de souveraineté est central dans cette question des premières dames blanches en Afrique noire. D’abord, pour la sécurité nationale, une première dame d’origine étrangère peut avoir accès à des informations sensibles, comme des secrets d’État, des plans militaires ou des données économiques. Par exemple, elle pourrait, sans le vouloir ou par loyauté envers son pays d’origine, partager ces infos avec des gouvernements extérieurs, comme la France ou d’autres puissances européennes. Cela met en danger la protection des données du pays, surtout dans un monde où les espionnages et les cyberattaques sont courants. En plus, si elle a des liens familiaux ou culturels avec l’étranger, elle pourrait influencer les décisions du président de façon subtile, en favorisant des accords commerciaux ou diplomatiques qui profitent plus à l’extérieur qu’à l’Afrique. Pour la souveraineté, c’est encore plus grave : la souveraineté signifie que le pays contrôle pleinement ses affaires sans ingérence extérieure. Une première dame blanche symbolise souvent une dépendance persistante au colonialisme, car elle représente une élite qui préfère s’allier avec l’Occident plutôt que de promouvoir l’identité africaine. Cela affaiblit l’image du pays aux yeux de sa population, qui voit le pouvoir comme “représenté” par quelqu’un qui ne partage pas leur histoire ou leurs luttes. Historiquement, pendant la colonisation, les épouses blanches des gouverneurs imposaient des normes européennes, effaçant la culture locale et renforçant le contrôle étranger. Aujourd’hui, cela continue sous une forme néocoloniale : les pays africains perdent leur indépendance si leurs leaders choisissent des partenaires qui pourraient prioriser des intérêts extérieurs. Pour protéger la souveraineté, il faut que les rôles clés comme première dame soient occupés par des Africaines noires, qui défendent d’abord les intérêts du continent. Sinon, le pays risque de devenir une marionnette, perdant son droit à l’autodétermination. Une première dame qui n’est pas africaine noire peut, sans le vouloir ou pas, représenter une dépendance continue envers l’Occident, et ça peut mettre en danger l’autonomie du pays. Des études sur les premières dames africaines montrent que leur rôle va plus loin que le symbole : elles touchent à la vraie politique.
Plus, jamais en Afrique un président africain qui a une femme blanche n’a été vraiment nationaliste pour son pays. Leurs politiques sont toujours tournées vers des intérêts extérieurs, comme favoriser des accords avec des pays européens ou des entreprises étrangères, au lieu de défendre d’abord les besoins des Africains. Par exemple, sous Abdoulaye Wade au Sénégal, avec Viviane Wade, les critiques disaient que les décisions penchaient trop vers la France. De même, en Côte d’Ivoire, Dominique Ouattara et son mari Alassane Ouattara sont pour les intérêts occidentaux : Ouattara est vu comme un VIP de la France, soutenu par des leaders français comme Nicolas Sarkozy lors de la crise ivoirienne en 2011, ce qui montre une influence qui aide plus les liens internationaux que le développement local pur. Au Gabon, avec Sylvia Bongo, les accusations de corruption montraient des liens avec des intérêts étrangers. Ça montre un pattern : ces leaders semblent moins engagés pour une Afrique indépendante, et plus pour des alliances qui profitent à l’extérieur. Alors qu’un président français, Charles de Gaulle, disait en 1967 que “Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts”, cela explique pourquoi mieux servir les intérêts français est souvent la priorité dans ces cas. Après son coup d’État contre Hubert Maga le 28 October 1963 au Dahomey (actuel Bénin), le colonel Christophe Soglo, pro-occidental et marié à une Française, cherche à consolider son pouvoir en obtenant la validation de la France, puissance coloniale influente. Pour plaire aux Occidentaux, il adopte une politique étrangère alignée à Paris, multipliant les consultations et visites officielles (comme en 1967). Il exerce des pressions sur le Niger voisin dans le conflit frontalier de l’île de Lété : envoi de troupes, expulsions de Nigériens, et affrontements armés en 1963-1964, aggravant les tensions ethniques et humanitaires. Ce différend fut résolu en 1965. Soglo est finalement renversé en 1967 et s’exile en France.
Adjoua enseignait la biologie pour que ses élèves comprennent ces dangers. Elle leur a bien fait comprendre que seule la science peut protéger l’Afrique. Elle mélangeait les savoirs traditionnels avec la science moderne. Elle le formulait en conseil après les classes pour les volontaires. Elle les rendait fiers de leurs origines et de leurs semblables tout en luttant pour l’indépendance. Adjoua, en tant que traditionaliste, défendait les traditions africaines. Elle était fière de ses traditions et refusait qu’une Occidentale lui définisse son identité. Être traditionaliste, c’était refuser l’impérialisme culturel. Elle racontait ces choses-là pour unir les Africains et les rendre fiers. Comme solution, elle proposait la fierté de sa culture : les Africains devaient célébrer leurs racines, comme le vodou, pour rejeter les jugements extérieurs et bâtir une identité forte et unie.
Adjoua fut envoyée au Sénégal en tant que membre d’une délégation béninoise pour discuter des impacts des OGM sur l’agriculture africaine, un sujet brûlant dans les années 2000 où des multinationales poussaient pour l’adoption de semences modifiées, souvent au détriment des variétés locales. Lors de cette mission, elle raconta avoir été profondément humiliée par Viviane Wade, l’épouse française du président sénégalais Abdoulaye Wade (en poste de 2000 à 2012). Alors qu’Adjoua tendait la main en signe de respect, Viviane Wade refusa ostensiblement de la serrer, murmurant avec dédain : “Ces vendeurs d’esclaves et des idolâtres.” Malgré les exhortations de son mari, qui lui demanda d’être “décente” et de ne pas causer d’incident diplomatique, Adjoua serra les dents et maintint sa dignité, refusant de céder à cette insulte. Déterminée à comprendre les racines de ce mépris, Adjoua chercha activement à parler à la première dame pour éclaircir la situation. Elle finit par la rencontrer, disait-elle, dans un grand salon du palais présidentiel. Leur discussion fut tendue dès les premiers échanges : Adjoua défendit avec passion l’héritage béninois et africain. Elle l’affrontât sur sa mythomanie en lui faisant comprendre que ces allégations n’étaient que les stéréotypes sur la traite des esclaves et les pratiques spirituelles comme le vodou, tandis que Viviane Wade maintenait une posture distante et condescendante. Finalement, excédée, la première dame appela ses gardes pour faire raccompagner Adjoua dehors, mettant abruptement fin à l’entretien sans résolution. Abdoulaye Wade, bien que leader panafricain et promoteur de la Renaissance africaine, avait une épouse d’origine européenne qui, selon Adjoua, incarnait ces préjugés ; elle percevait les Béninois comme inférieurs en raison de leur histoire liée à la traite des esclaves et de leurs pratiques “idolâtres” comme le vodou, stigmatisé par des visions coloniales. Ces stéréotypes vulgaires et mensongers étaient si largement relayés qu’ils avaient même été relayés par l’historien sénégalais Tidiane N’Diaye dans son ouvrage Le Génocide voilé (2008). Pour Adjoua, cette expérience renforçait sa conviction : seule une solidarité culturelle authentique pouvait guérir ces fractures et propulser l’Afrique vers une véritable émancipation.
Dans les rues sableuses de Cotonou, le panafricanisme social se construit pas avec les mots des élites, mais dans la vie de tous les jours. Ces femmes : Mathilde avec sa lutte pour la fluidité identitaire qui change facilement et défie les limites; Modoukpê qui se bat dur pour la justice face à un régime dictatorial et brise les chaînes cachées; Gloria qui s’adapte mal, en changeant de religion et en se mariant juste pour survivre sans travail, face à son père qui reste conservateur; Marie qui découvre un réseau chinois faux, une entreprise qui n’existe que sur papier pour détruire les bases locales, Adjoua qui lutte pour la santé indépendante contre les premières dames blanches qui continuent un nouveau colonialisme caché; Fafa qui dépasse l’injustice économique et l’idée folle qu’un enfant est une récompense pour un homme à qui on doit quelque chose; Ayoko qui met en valeur les livres et l’éducation au Bénin comme des armes contre l’oubli; Maman Gilo qui accepte la polygamie en attendant une institution qui la protège quand elle sera vieille, et enfin M’man et Diane dans leur combat entre suivre les règles et les refuser, agissent, parlent et pleurent , offrant un spectacle de jalousie que la science nous vole peu à peu. Chacune de ces femmes, comme des roses et des épines, ajoute une pierre à la grande montagne de la politique en Afrique de l’Ouest : l’AES qui défie la CEDEAO, comme les deux blocs en Europe qui se sont cassés en 1991, et c’est ainsi que les blocs en Afrique reflètent celles d’ailleurs en silence.
De quoi parle le livre Les roses de Cotonou ?
Paru le 17 février, cet ouvrage immerge les lecteurs dans les relations humaines au sein d’une rue de Cotonou. Le concept clé repose sur le panafricanisme, mis en pratique de manière intentionnelle ou instinctive ; il imprègne tout, en tant que mouvement collectif qui unit les peuples africains contre les oppressions internes et externes. Chaque personne, peu importe son lieu, opte entre l’indépendance nationale et la trahison, entre l’assimilation et la rébellion. Chaque action implique un positionnement. En fin de compte, dans un univers marqué par le terrorisme, il n’existe pas de position intermédiaire : le silence équivaut à approuver l’extermination des populations africaines.
Adoptant un ton objectif et détaché, j’aborde divers thèmes : l’autoracisme, qui représente un autodestruction sur les plans social et politique. Il convertit des peuples orgueilleux en quémandeurs, implorant la validation occidentale et la survalorisant. Au Bénin, si un Occidental commet un vol, il s’envole avant que les médias n’en fassent écho. En revanche, si un Africain s’empare de broutilles, il endure la sanction la plus sévère.
J’évoque également le dilemme de la première dame d’origine européenne, qui génère une allégeance civile des dirigeants envers des nations impérialistes. En effet, aucune première dame blanche en Afrique subsaharienne n’a atténué les liens de subordination. De même, aucune femme africaine noire n’a occupé ce rôle en dehors du continent. Je mentionne ici Adjoua, victime du racisme de l’épouse d’Abdoulaye Wade. À l’époque de l’esclavage, la femme noire était invisibilisée. Durant la colonisation, les compagnes des administrateurs coloniaux étaient invariablement occidentales. Le rang de la femme noire a-t-il progressé ? Sans détour, la fonction la plus élevée qu’elle puisse atteindre mondialement reste celle de première dame dans son propre État. Cela touche à la visibilité de la femme noire et à l’autonomie nationale. Précision : je ne me revendique pas féministe.
La fluidité identitaire, où il est impensable de conserver des patronymes issus des esclavagistes au XXIe siècle. Le fléau des OGM, qui a fait grimper les cas de cancer via les assistances alimentaires du PAM. Ces aides masquent des réalités sombres, et les alertes ont été réprimées dans les années 90 ; les conclusions des centres de recherche africains ont été reléguées. Il s’agit donc de combattre l’opacité en matière de santé et de promouvoir une indépendance biologique. Et bien d’autres aspects…
Les régimes autoritaires absolus n’ont fait qu’alimenter les migrations illégales, le carnage en Méditerranée, la diminution démographique africaine et les bannissements. Ce n’est pas une diaspora robuste, mais un peuple africain rabaissé. Dans ce contexte, la résistance face à la dictature émerge comme un pilier essentiel, où les individus défient les pouvoirs oppressifs pour reclaim leur souveraineté, souvent motivés par une jalousie et un conservatisme internes qui freinent le progrès collectif. Parallèlement, la lutte contre l’exclusion, particulièrement dans le cas de l’analphabétisme, vise à intégrer les marginalisés, en brisant les barrières éducatives qui perpétuent les inégalités. Ces éléments s’inscrivent pleinement dans le panafricanisme appliqué en tant que mouvement : il ne s’agit pas seulement d’une idéologie abstraite, mais d’une action concrète et unifiée qui mobilise contre la dictature, transforme la jalousie en émulation positive, dépasse le conservatisme pour innover, et combat l’exclusion pour forger une Afrique solidaire, où l’éducation et la résistance deviennent des outils de libération collective face aux héritages coloniaux et aux tyrannies modernes.
L’ajustement inadapté, qui inverse la théorie de Darwin. Ses conséquences sont évidentes : des multitudes d’églises qui déchargent l’État de ses devoirs au profit d’une divinité qui est restée muette devant l’esclavage et la colonisation ; cela banalise la détresse socio-économique.
Résumé
lire le chapitre 1 Ayoko
1- Ayoko
Ayoko se réveillait chaque matin avec le bruit incessant des klaxons et des marchands ambulants qui sillonnaient les rues animées de Cotonou. À vingt-deux ans, elle vivait dans un petit quartier populaire, entourée de maisons en tôle rouillée et de familles qui luttaient pour survivre. Le Bénin, avec sa capitale économique bouillonnante, offrait peu d’opportunités à une jeune femme comme elle. Après avoir abandonné les études en troisième année de droit et deux années de biochimie, Ayoko passait ses journées à envoyer des CV dans le vide, et à rêver d’un ailleurs où l’emploi ne serait pas un mirage.
Son rêve était simple, presque obsédant : partir loin de là. L’Europe, peut-être, ou même l’Amérique. Des endroits où les rues étaient pavées d’or, où les jobs pleuvaient comme la pluie tropicale. À Cotonou, le chômage rongeait la jeunesse, et Ayoko en avait assez de voir ses amis s’enliser dans des petits boulots précaires ou, pire, dans l’oisiveté forcée. “Un jour, je m’envolerai d’ici,” se disait-elle en regardant les avions tracer des lignes blanches dans le ciel bleu. Autour d’elle, la vie du quartier pulsait d’une énergie chaotique. Mais ce qui la frappait le plus, c’était la présence de ces femmes blanches mariées à des hommes noirs locaux. Elles vivaient en paix, presque comme des reines dans leurs villas climatisées, entourées de domestiques et de privilèges. Les maris, souvent des entrepreneurs ou des fonctionnaires aisés, et les voisins souvent plus pauvres, les surestimaient, les plaçant sur un piédestal inatteignable. Les Noirs du quartier étaient d’une tolérance infinie envers elles, pardonnant des comportements qu’ils n’auraient jamais acceptés de leurs propres compatriotes. Ayoko ne comprenait pas cet autoracisme latent, cette admiration aveugle pour la race qui semblait effacer tous les défauts. “Pourquoi les traiter comme des déesses ?” murmurait-elle à ses amies lors des soirées sous les étoiles. “Elles font ce qu’elles veulent, et personne ne dit rien. Si c’était une de nous, on nous jugerait sans pitié.”
Un jour, en plein midi, quand le soleil africain tapait si fort que même les chiens se cachaient à l’ombre, Maman Danielle décida d’essayer son nouvel aspirateur pour la voiture. C’était une Biélorusse, mariée à un docteur béninois, vivant dans une maison voisine avec ses deux enfants. Elle brancha l’appareil dans le garage ouvert, l’alluma, l’éteignit, le ralluma encore et encore. Le bruit strident, comme un cri mécanique, résonnait dans tout le quartier. Les voisins, épuisés par la chaleur, essayaient de faire la sieste, mais le vacarme les en empêchait. Les bébés pleuraient, les vieux grognaient dans leur sommeil interrompu. Pourtant, personne ne se plaignait. Pas un mot. Les passants du quartier haussaient les épaules : “C’est Maman Danielle, elle est blanche et russe en plus ; elle sait ce qu’elle fait.” Les femmes murmuraient entre elles mais n’osaient pas approcher. Ayoko, depuis sa fenêtre, observait la scène avec une frustration grandissante. “Si c’était ma mère ou un proche à moi qui faisait ça, je lui aurais dit non” pensa-t-elle.
Deux semaines plus tard, l’ironie frappa de plein fouet. Madé, une fillette de dix ans du quartier, cassait des noix de palme dans la cour pour les manger. Le bruit des coquilles qui craquaient était pourtant discret, presque rythmique, rien comparé au hurlement de l’aspirateur. Mais Maman Danielle, qui essayait de faire la sieste ce jour-là, s’agaça. Elle traversa la rue, le visage rouge de colère, et se plaignit directement à la mère de Madé. “Ce bruit m’empêche de me reposer ! C’est insupportable !” La mère, intimidée par la présence de cette femme blanche, punit immédiatement sa fille. Madé fut envoyée dans sa chambre sans manger, les larmes aux yeux, et les noix furent jetées à la poubelle. Ayoko, qui avait tout vu, ne put se retenir. Elle s’approcha et prit la défense de la petite Madé. “Madame, ce n’est qu’une enfant qui casse des noix. Vous avez fait bien pire avec votre aspirateur, et personne n’a rien dit. Pourquoi punir Madeleine pour si peu ?” Maman Danielle la foudroya du regard. “Toi, tu ne sais pas de quoi tu parles,” répondit-elle sèchement avant de tourner les talons. À partir de ce jour, elle ne parla plus jamais à Ayoko. Pire, elle l’ignorait ostensiblement, comme si elle n’existait pas. Ayoko se sentit blessée, mais surtout révoltée. Cet incident cristallisa son dégoût pour cette atmosphère injuste.
Un matin ensoleillé, où l’air de Cotonou était déjà plein d’humidité, une femme qui vendait du pain frais, nommée Akossiwa, se dirigea comme à son habitude vers la villa de Maman Danielle et des autres Biélorusses installées dans le quartier. Ce pain, qui sortait droit de la boulangerie encore fumant et croustillant, embaumait les rues d’une odeur irrésistible. Akossiwa avait toujours servi ce pain chaud à toutes ces femmes et aux autres foyers qui en voulaient, avec une ponctualité exemplaire, sans jamais manquer de respect à personne, traitant chaque client comme un membre de sa propre famille. Ces femmes, habituées à leur thé matinal accompagné de tranches croustillantes, attendaient leur livraison quotidienne. Akossiwa, le cœur battant d’une appréhension respectueuse mêlée à une pointe d’anxiété profonde, pénétra dans la propriété avec un grand respect. Elle avait même ôté ses chaussures usées dès le portail, ses pieds nus foulant le sol avec une prudence craintive, comme si elle marchait sur des œufs fragiles. Montant les escaliers en se serrant les fesses, les muscles tendus par la nervosité et par le plein respect, elle sentait une sueur froide perler sur son front malgré la chaleur ambiante. Arrivée au premier étage, le souffle court et les mains tremblantes autour de son panier, elle appuya une seule fois sur la sonnerie, un geste hésitant rempli d’humilité. Puis, elle attendit onze longues minutes, figée dans une patience résignée, sans oser sonner une deuxième fois, de peur de déranger et d’attirer la colère.
Soudain, Maman Danielle sortit, les yeux plissés d’irritation et le visage rouge de frustration matinale. Elle sermonna la pauvre femme d’une voix tranchante et autoritaire : “Le bruit de cette sonnerie me dérange tous les matins à sept heures ! On ne peut sonner qu’après neuf heures, c’est clair ?” Akossiwa, les larmes aux yeux et la voix chevrotante de désespoir, supplia : “Pardon, madame, je ne savais pas. Je ne sais pas lire, je vous en prie…” Mais Maman Danielle, sourde à ses excuses, continua sa tirade sans relâche, amplifiant l’humiliation. Terrifiée et le cœur serré par une peur paniquée, Akossiwa partit au dehors en courant, ses jambes flageolantes la portant à peine. Au portail, elle le ferma sans bruit, les doigts tremblants, remit ses chaussures avec des gestes précipités, et se remit à crier d’une voix brisée : “Pain o diyé ! pain zozo !” Sa gorge était nouée par l’émotion, un mélange de soulagement d’avoir échappé à pire et de honte profonde. Ayoko, qui avait observé la scène depuis la rue, le cœur empli d’indignation et de compassion, interpella Akossiwa pour comprendre pourquoi elle avait supplié cette femme avec tant de servilité. La vendeuse, encore essoufflée et les yeux emplis de terreur, répondit en chuchotant, tremblant de tout son corps et regardant autour d’elle avec paranoïa : “En fait, les Blancs ont des armes et tirent dès qu’ils sont fâchés. Tous les Blancs, sans exception, peuvent nous tuer comme ça, sans réfléchir. Ils ont même fait la guerre mondiale, avec leurs armements lourds qui ont défié le monde entier. Ces gens sont si intelligents, si puissants… Je n’ai pas envie de mourir, tu comprends ? Je ne veux pas de problème, pas du tout, je fais juste mon travail pour nourrir ma famille.” Sa voix se brisait sous l’effet de la frayeur viscérale, comme si elle revivait un cauchemar ancestral.
Ayoko, animée d’une détermination calme mais ferme, teintée de frustration face à cette ignorance craintive, lui fit comprendre doucement : “La Biélorussie est différente de la Russie, ce ne sont pas les mêmes pays. Et les Blancs n’ont rien de supérieur, surtout pas chez les autres. Ici au Bénin, le port d’armes est interdit, personne ne va te menacer comme ça.” Mais la dame insista, ses yeux écarquillés par une terreur persistante, avant de s’en aller toute terrifiée, le pas hâtif et le regard fuyant, comme poursuivie par des fantômes invisibles. Elle disait même à l’autre vendeuse de pain qui passait de l’autre côté de la rue, de ne pas énerver les blanches de la maison.
Les femmes européennes du quartier semblaient vivre dans un monde à part. Elles pouvaient sortir en boîte de nuit, danser jusqu’au petit matin et rentrer le lendemain sans un regard en arrière. Elles laissaient leurs maris et leurs deux enfants à la maison, prétextant un besoin de “se désennuyer”. Les maris, fiers d’avoir une épouse européenne, toléraient tout : les absences, les caprices, les dépenses extravagantes. “C’est normal, elles viennent d’un autre monde,” disaient-ils. Alors qu’un simple sourire à un homme peut faire objet de réunion familiale pour une femme locale ; et peut même faire objet de divorce si des rumeurs supportaient la jalousie morbide du mari, qui est à priori le chef tout puissant. Ayoko en discutait souvent avec ses amies. “Imaginez si on faisait la même chose ? Nos familles demanderaient pardon à genou, la société nous pointerait du doigt. Mais pour elles, c’est acceptable. Pourquoi ? Parce qu’elles sont blanches ? C’est de l’autoracisme pur et simple.” Ces observations la poussaient encore plus vers son rêve de départ. Elle imaginait un endroit où la couleur de peau ne dictait pas les règles, où l’effort et le talent comptaient plus que l’origine. Elle économisait chaque sou, apprenait l’anglais en cachette, et postait des candidatures pour des visas étudiants ou des emplois à l’étranger.
Dans les tissus sociaux des nations postcoloniales comme le Bénin, l’autoracisme émerge non comme un simple résidu historique, mais comme un mécanisme autoperpétuant qui sape l’autonomie collective des peuples africains. Ce concept est souvent masqué sous des apparences de respect ou de prudence. Il se manifeste dans les interactions quotidiennes, où les individus noirs internalisent et reproduisent une hiérarchie raciale héritée du colonialisme et de la traite négrière. Ces faits qui miroitent l’atmosphère social de Ayoko, Akossiwa et Maman
Danielle, offrent un terrain fertile pour disséquer cette pathologie sociale.
l’autoracisme n’a pas besoin de force visible ; il grandit sur une idée acceptée qui rend les Blancs intouchables, même quand ils sont peu nombreux. Ajoutons un exemple : même à une fête locale, les Blancs sont placés devant ou mis en avant, sous prétexte de tourisme, changeant des événements de communauté en spectacles néocoloniaux.
Il s’agit ici d’une théorie, inspirée du panafricanisme de Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs et de Steve Biko contre l’apartheid, définit l’autoracisme comme une idée raciale inversée. Le groupe opprimé accepte et répète sa propre infériorité, non par bêtise, mais par une explication culturelle profonde. Il marche avec des habitudes fines : idéaliser la blancheur (Akossiwa la voit intelligente et puissante), tolérer différemment (les bruits de Maman Danielle passent, pas ceux des locaux), et se taire face aux injustices.
Plus malin, l’autoracisme sert d’outil néocolonial, gardant l’Afrique faible dans la tête pour aider l’exploitation économique. Au Bénin après l’indépendance, les Blancs expatriés ont des places faciles sans mérite, car l’autoracisme crée une admiration toxique pour l’Occident, bloquant les idées nouvelles et l’union panafricaine. Pensez à l’inverse : si Akossiwa défendait sa dignité en rappelant les lois béninoises contre les armes, ça briserait ce mythe. Mais l’autoracisme rend ça “pas normal”, gardant l’inégalité. Pour le panafricanisme, la solution est un renouveau ensemble : retrouver les histoires africaines d’avant la colonisation, des royaumes du Dahomey aux idées d’ubuntu, pour construire une identité forte contre ces attaques mentales.
Pour mieux comprendre, séparons l’autoracisme du complexe d’infériorité, une idée d’Alfred Adler sur un sentiment personnel d’être moins bien, souvent à cause d’échecs privés comme à l’école ou en famille. Ce complexe est personnel, on peut le soigner seul avec de l’aide, et il n’est pas toujours lié à la race. Mais L’autoracisme est racial, pour tout un groupe, et vient de l’histoire coloniale. Il est plus dur car non forcé, accepté, transmis, général et vu comme normal :
l’autoracisme dont on parle ici est non-forcé car il vient de l’intérieur, sans menace directe, rendant le respect d’Akossiwa “naturel”. Maman Danielle ne pousse pas ; Akossiwa prévoit et cède, montrant une perte où l’opprimé imagine la domination sans signe clair. Ça diffère du complexe, qui peut venir d’une force personnelle (comme un rejet seul), mais pas d’une règle raciale. Aussi, il est accepté. Contrairement au complexe, souvent source de conflit intérieur et de cachotterie, l’autoracisme est pris comme une vérité sûre. Beaucoup comme Akossiwa acceptant cette hiérarchisation comme un fait de base, l’expliquant par des histoires passées (guerres mondiales). Ça rend l’autoracisme plus solide, car accepté sans regret, alors que le complexe crée un malaise. Il est de même transmis aux voisins. L’autoracisme passe d’une génération à l’autre et circule au sein de la société, comme un sang dans le corps; comme un cadeau culturel. Akossiwa le donnait sans mots à ses enfants par son exemple, elle montrait le respect effroyable pour Maman Danielle. Ayoko, en refusant cette posture dégoutante, casse ce lien, mais la transmission rend l’autoracisme comme un virus, pas comme le complexe, limité à une personne sans se répandre. En vrai, il touche tout un groupe racial et géographique, rendant la baisse générale (tous les Noirs moins que tous les Blancs). Dans le quartier, cette généralité accepte les “erreurs” de Maman Danielle, différent du complexe, limité à des sentiments privés sans lien racial. Enfin normalisé; l’autoracisme est vu comme “normal” dans la société, mis dans les habitudes de tous les jours.
À Cotonou, c’est “normal” de respecter plus les Blancs ; le défier, comme Ayoko, paraît étrange. Ça le sépare du complexe, vu comme un problème mental, pas une règle sociale. En plus, l’autoracisme n’est pas un effet pavlovien, ce réflexe appris où un signe neutre donne une réponse automatique par répétition. Contrairement au pavlovisme, basé sur un apprentissage extérieur et sans choix (comme la salive d’un chien au son), l’autoracisme est une destruction choisie, faite contre soi pour aider les autres races (il n’y a pas de différence entre les races au Bénin : on est noir et tous les autres sont blancs “yovo”, et tous les yeux bridés sont chinois, blancs aussi donc). Il va plus loin que le réflexe en impliquant un choix tordu : les Africains ne réagissent pas juste à un signe blanc, mais décident de s’effacer pour mettre l’Autre en avant, comme à des fêtes où les Blancs sont au premier plan sous prétexte de tourisme, changeant des moments de groupe en shows néocoloniaux. Et voici donc l’urgence panafricaniste: l’autoracisme n’est pas un mal à soigner seul, mais un mur à casser ensemble, par l’éveil de conscience individuelle et collective, l’union continentale et la reprise des histoires. L’autoracisme se montre comme un bloc malin pour la liberté africaine, non forcé mais partout, accepté mais mauvais, transmis mais changeable, général mais passable, normalisé mais reformable. Un panafricanisme fort, inspiré de Nkrumah, Biko, Césaire, et Frantz, appelle à une décolonisation de l’esprit : unissons les voix comme Ayoko pour changer la peur d’Akossiwa en affirmation de groupe, créant une Afrique souveraine et unie. La solution est l’éveil de conscience collective et surtout l’auto-détermination.
L’autoracisme n’est pas un terme anodin ; il désigne une réalité implacable. Il s’agit du processus par lequel les personnes de couleur noire internalisent leur infériorité présumée, conséquence de siècles de domination blanche. L’autoracisme équivaut à un suicide culturel. Il métamorphose des nations autrefois orgueilleuses en entités mendiant l’approbation blanche. Sans son éradication, le génocide méditerranéen perdurera : plus de 30 000 décès depuis 2014, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Il s’agit d’un holocauste contemporain, alimenté de l’intérieur.
Au Bénin, l’autoracisme est ancré dans les structures institutionnelles. Considérons cet exemple éloquent : un individu blanc placé à la tête de la société béninoise d’électricité, détourne “plusieurs milliards de francs CFA” des fonds publics et des existences spoliées, et s’envole avant même que la première presse n’en fasse écho. Aucun mandat d’arrêt international, aucune poursuite judiciaire. Pourquoi ? Parce que le Blanc bénéficie d’une protection diplomatique, renforcée par des ambassades influentes et des accords bilatéraux empreints de néocolonialisme. De tels cas sont légion : dans l’affaire PPEA relative à l’approvisionnement en eau potable, des expatriés européens ont détourné des millions sans sanctions significatives, alors que des citoyens béninois ordinaires croupissent en prison pour des infractions mineures.
Comparez cela au traitement réservé aux Noirs : un simple message sur les reseaux sociaux « C’est la fête » par suite d’une tentative de coup d’État en décembre 2025, et l’auteur est incarcéré pour trahison. Ce député de l’opposition, membre du parti Les Démocrates, est détenu pour avoir exprimé une joie jugée suspecte. Une trentaine d’autres personnes, principalement des militaires d’origine africaine, subissent un sort analogue. Sous le régime de Patrice Talon, la justice apparaît comme une parodie fondée sur une dualité raciale : impunité pour les élites liées à l’Occident, rigueur pour les autochtones. Talon lui-même a été impliqué dans des scandales antérieurs, tels que le litige avec SGS entraînant une perte de 22 milliards de francs CFA en 2011, avant de revenir au pouvoir sans sanction effective.
Cela n’est pas anecdotique. Les rapports de Transparency International qualifient le Bénin de pays modérément corrompu, mais mettent en lumière l’impunité accordée aux acteurs étrangers. L’autoracisme institutionnalisé incite les autorités béninoises à redouter davantage d’offenser un Blanc que de défendre leur population. Conséquence : les jeunes observent cette iniquité et fuient. Pourquoi demeurer dans un pays où la justice privilégie les Blancs ?
Dénommons-le sans ambages : génocide. L’autoracisme est un génocide silencieux. Non pas parce qu’il est cause principale de la « crise migratoire » ou du « drame humanitaire », termes qui masquent la cruauté systémique et diluent les responsabilités. Il s’agit d’un génocide orchestré, où des milliers de vies africaines sont sacrifiées sur l’autel d’un système mondial inégalitaire. Lorsque des jeunes Africains, ensorcelés par des illusions construites sur des siècles de propagande coloniale et postcoloniale, s’embarquent sur des embarcations précaires, souvent des rafiots surchargés, sans équipements de sécurité, manipulés par des réseaux de passeurs sans scrupules, vers une Europe qui les rejette, cela n’est pas une simple migration. C’est une extermination silencieuse, facilitée par des politiques européennes restrictives, des accords controversés comme ceux avec la Libye pour externaliser les frontières, et un manque flagrant de voies légales pour l’immigration. Les statistiques sont accablantes et méritent d’être détaillées : 5 000 décès en 2023 (faites fois dix pour trouver les vrais chiffres) seulement, d’après Médecins Sans Frontières, mais ce chiffre ne capture pas les disparus, les noyés anonymes, ni les souffrances dans les camps de détention libyens où règnent la torture, les viols et l’esclavage moderne. Ajoutons à cela les pushbacks illégaux par les garde-côtes, les naufrages provoqués par l’indifférence, et les corps rejetés par les vagues sur les plages italiennes ou espagnoles. Ce génocide n’est pas seulement physique ; il est aussi culturel, effaçant des générations entières de potentiels leaders africains, drainant le continent de sa vitalité. Et l’autoracisme est l’une des raisons centrales de ce fléau, car il instille dans les esprits une dévalorisation profonde de l’Afrique, rendant l’exode non pas un choix rationnel, mais une fuite désespérée d’un soi perçu comme inférieur. Sans nier les autres facteurs – pauvreté endémique, conflits armés, changements climatiques qui assèchent les terres et exacerbent les famines – l’autoracisme agit comme un catalyseur psychologique, amplifiant ces pressions et transformant des rêves légitimes en tragédies maritimes. Il convient de souligner que ce phénomène s’inscrit dans une longue histoire de génocides coloniaux, des massacres en Namibie par les Allemands au début du XXe siècle aux famines orchestrées en Inde britannique, rappelant que l’Occident a une dette historique envers l’Afrique. Ignorer cette dimension, c’est perpétuer le cycle de la violence.
Sur le plan psychologique, l’autoracisme est la racine profonde de ce phénomène. Il conditionne les Africains à croire que le succès est intrinsèquement blanc. Au Bénin, cela imprègne les sphères économique, politique et quotidienne : les Blancs négocient avec les autorités, bénéficient de la protection de leurs nations puissantes, sont tolérés même en cas de malversations. Les Noirs, en revanche, endurent tout : arrestations promptes, incarcérations pour un mot mal interprété. Ce contraste alimente l’exode. L’immigration clandestine n’est pas un choix libre, mais un piège mental.
Pour y remédier, il convient d’adopter une approche radicale, imprégnée d’un panafricanisme authentique et militant. Décoloniser les consciences : réformer l’enseignement pour valoriser l’histoire africaine glorieuse, des grands empires oubliés comme celui du Mali, de l’Égypte antique et du Ghana aux résistances anticoloniales menées par des figures comme Kwame Nkrumah ou Thomas Sankara, instiller une fierté continentale qui unit les peuples au-delà des frontières tracées par les colons. Sanctionner les corrompus sans égard à leur origine, en bâtissant des institutions africaines souveraines, inspirées du panafricanisme qui prône l’unité économique et politique, une Afrique unie, comme l’envisageait l’Organisation de l’Unité Africaine avant les années 1970. Renforcer les législations locales contre l’impunité, en promouvant des économies autocentrées qui valorisent les ressources africaines pour les Africains, et rejeter les accords néocoloniaux qui pillent le continent. Quant à l’Europe, elle doit cesser l’exploitation et l’indifférence, en reconnaissant sa responsabilité historique et en ouvrant des voies migratoires légales, mais c’est à l’Afrique de se lever en premier, dans un esprit panafricain : une renaissance collective où chaque nation, du Sénégal au Kenya, du Bénin à l’Afrique du Sud, se solidarise pour éradiquer l’autoracisme et bâtir un avenir où les jeunes ne fuient plus, mais construisent sur leur sol ancestral. Faute de quoi, le sang continuera de couler en Méditerranée et les aides interminables continueront par perpétuer les fuites financières. Ce génocide est évitable, mais uniquement si l’on s’attaque à l’autoracisme à sa source, en embrassant un panafricanisme qui libère les esprits et unit les forces pour une Afrique libre, prospère et fière.
Les mois passèrent, et le quartier resta le même : bruyant, inégal, plein de contrastes. Ayoko, quant à elle, changea. L’incident avec Maman Danielle l’avait endurcie. Elle refusa de se soumettre à cette tolérance sélective. Elle commença à parler ouvertement de l’autoracisme, organisant des discussions informelles avec les jeunes du quartier. Certains l’écoutaient, d’autres la traitaient de jalouse et chercheuse de problème. Enfin, son rêve se concrétisa. Elle gagna la loterie visa américain. Ayoko fit ses valises, embrassa ses proches, et prit l’avion pour Paris. En survolant Cotonou, elle regarda en bas : les rues familières, les villas des blancs de Fidjrossê, le marché Dantokpa. “Je pars, mais je n’oublie pas,” murmura-t-elle.
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- Marie
Marie avait vingt-cinq ans, un diplôme en secrétariat administratif et un cœur plein d’ambitions. Mais le chômage au Bénin la bloquait tous les jours. Originaire de Cotonou, cette jeune Béninoise aux yeux pétillants et à la détermination forte faisait beaucoup de boulots bénévoles pour améliorer son CV et espérer un emploi stable. Elle passait ses journées dans des associations locales à taper des rapports, organiser des réunions et aider pour les documents. C’était fatiguant, mais Marie croyait en la persévérance.
⁃ Un jour, ça paiera.
Elle rentrait chez elle, les pieds douloureux après les longues marches dans les rues animées d’Akpakpa. Son amie Ayoko la soutenait.
⁃ Marie, tu es trop généreuse. Ces bénévolats te vident sans remplir tes poches »,
lui répétait-elle souvent autour d’un bol de pâte de manioc partagé.
Mais Marie haussait les épaules :
⁃ Mieux vaut bouger que stagner, Ayoko. Le destin frappe à la porte quand on s’y attend le moins.
Un après-midi pluvieux, pendant que Marie corrigeait un rapport plein de fautes pour une petite ONG, une femme entra dans le bureau. Elle était chinoise, élégante dans un tailleur ajusté, avec un sourire poli qui cachait une urgence. Elle s’appelait Li Wei, du moins, c’est le nom qu’elle donna.
⁃ Bonjour, mademoiselle. J’ai vu votre travail. Vous êtes douée pour les documents. J’ai besoin d’un œil professionnel sur les miens. Ma compagnie grandit vite, et les erreurs s’accumulent.
Marie, flattée mais prudente, écouta. Li Wei décrivait une industrie haut de gamme de fabrication de tomates en boîte, exportées vers l’Asie et l’Europe.
⁃ Venez travailler avec moi. Je vous paie 30 000 CFA par mois.
Marie cligna des yeux : c’était ridicule, à peine un quart du SMIC béninois.
⁃ Non merci, je cherche quelque chose de plus stable, répondit-elle poliment.
Mais Li Wei ne lâcha pas. Le lendemain, elle revint avec une offre meilleure : logement gratuit et transport assuré. Marie refusa encore, encouragée par Ayoko qui sentait l’arnaque.
⁃ C’est louche, Marie. Bloque-la sur ton téléphone, elle te harcèle.
Mais Li Wei continuait : appels quotidiens, visites surprises au bureau de la jeune
bénévole.
⁃ Essayez juste une semaine, et je double le salaire à 60 000 CFA.
L’insistance était lourde, presque obsédante. Ayoko insistait :
⁃ Porte plainte pour harcèlement. Cette femme n’est pas claire.
Pourtant, Marie, au chômage et sous pression d’argent, céda.
⁃ Juste pour voir, Ayoko. Qu’est-ce que je risque ?
Le jour arrivé, Marie alla à l’adresse : un quartier modeste d’Akpakpa Sacré-Cœur, loin des zones industrielles imaginées. Pas d’enseigne brillante, pas de grand portail avec logo, juste un immeuble simple, un appartement au rez-de-chaussée.
Li Wei l’accueillit avec une Bouteille d’eau et un sourire forcé.
⁃ Bienvenue dans notre siège. Suivez-moi.
L’intérieur était un choc. Deux chambres se faisaient face dans un couloir étroit.
⁃ Voici la vôtre pour le travail de secrétariat, disait Li Wei en montrant une pièce vide avec un bureau bancal et une chaise.
L’autre chambre était la sienne. Le couloir menait à une cuisine minuscule, pas plus grande qu’une cabine téléphonique : un mètre carré avec un réchaud précaire et un évier rouillé. À gauche, les toilettes identiques en taille : un robinet, un seau d’eau et un trou de cinq centimètres au sol pour les déchets. Pas de chasse d’eau, pas de confort. Mais le pire était le couloir opposé, menant au triplette : un espace de trois mètres de long où s’entassaient près d’une vingtaine d’hommes, tous asiatiques cheveux lisses, yeux bridés, courts et jeunes. Ils étaient serrés comme des sardines sur des matelas usés. Ils mangeaient du riz dans une vieille bassine, sans sauce, sans viande ni œuf. Ils levèrent la tête à l’arrivée de Marie, murmurant un bonjour synchronisé, appris par cœur. Li Wei les présenta comme ses frères, des employés de la grande compagnie de tomates en boîte. Pas de machines, pas de stocks, pas d’odeur de production, juste des regards fuyants et une atmosphère lourde de secrets. Marie sentit son estomac se nouer. Ce n’était pas une entreprise ; c’était un piège, une arnaque, peut-être une filière de traite humaine ou pire. Son cœur battait fort.
⁃ Où sont les rapports ? L’industrie ? balbutia-t-elle.
Li Wei évita :
⁃ Demain, on commence. Installez-vous.
La peur prit Marie comme une vague froide. Elle ne pouvait pas rester une seconde de plus dans cet endroit oppressant. Pendant que Li Wei allait à la cuisine pour un repas de bienvenue, Marie regarda autour, paniquée. Les hommes dans la triplette la fixaient en silence, leurs yeux impassibles cachant peut-être leur propre captivité. L’air sentait la sueur et la nourriture bon marché. Son téléphone vibra dans sa poche : un message d’Ayoko.
⁃ Appelle-moi si ça ne va pas.
C’était le signal. Marie fit semblant d’un besoin urgent.
⁃ Excusez-moi, je dois aller aux toilettes.
Li Wei hocha la tête distraitement. Une fois dans la petite cabine, Marie verrouilla la porte, un loquet faible qui ne tiendrait pas longtemps. Son esprit tournait : sortir par la fenêtre ? Trop petite. Attendre la nuit ? Impossible. Le danger était clair. Elle entendit des pas dans le couloir. Pas le temps de penser. Marie ouvrit la porte vite, traversa le couloir calmement et alla vers la sortie.
⁃ J’ai oublié quelque chose chez moi. Je reviens vite, lança-t-elle à Li Wei qui sortait de la cuisine, un bol à la main.
Mais son ton montrait la panique. Li Wei fronça les sourcils :
⁃ Attendez, on signe le contrat d’abord.
Marie accéléra, ignorant l’appel derrière elle. Des voix montèrent ; les « frères » se levaient, murmurant en chinois. Elle atteignit la porte, l’ouvrit vite et courut dehors. Le soleil aveuglant d’Akpakpa la frappa, mais elle ne s’arrêta pas. Elle courut en zigzag entre les motos-taxis et les marchands ambulants, le cœur battant comme un tambour.
Des cris derrière :
⁃ Revenez, Marie ! Li Wei la suivait, téléphone en main.
Marie tourna dans une ruelle étroite, se cacha derrière un étal de fruits, souffle court. Elle appela Ayoko :
⁃ Viens me chercher. C’est un piège.
Ayoko, affolée, promit d’arriver avec la police. Marie attendit, tremblante, jusqu’aux sirènes au loin. Elle avait échappé de justesse à l’abîme. Ce jour-là, elle apprit que certaines offres sont comme des mirages, et que la fuite est parfois la plus grande victoire.
De retour chez elle, Marie essaya de porter plainte, mais le commissaire de Fifadji lui dit de se mêler de ses affaires et que ces Chinois ne dérangent personne . Ayoko jura de quitter ce pays. Marie, renforcée par cette épreuve, trouva un vrai emploi dans une entreprise légitime. Ayoko resta sa confidente éternelle. Et dans les rues de Cotonou, Marie marchait maintenant avec plus de vigilance, rappelant aux jeunes femmes :
⁃ Écoutez votre instinct et fuyez quand il crie.
Marie et Ayoko, assises sous l’ombre d’un manguier dans leur cour à Akpakpa, revenaient sur l’expérience de Marie avec Li Wei, la voyant comme un exemple illustrant des dynamiques plus larges liées à la présence chinoise en Afrique. Audelà de cet incident personnel, elles élargissaient leur discussion à une analyse plus générale des investissements et de la migration chinois sur le continent, en cherchant à équilibrer les perspectives positives et critiques pour une vue objective.
Ayoko rappelait une nuance à chaque fois :
⁃ Il faut voir les faits sans parti pris, Marie. La Chine apporte du changement, mais pas sans défis.
En pensant à Marie et Li Wei, Ayoko analyse plusieurs possibilités, avec un œil qui voit l’Afrique comme un continent qui doit s’unir contre les dangers qui viennent de dehors. Et si Li trompait les deux gouvernements ? Imagine : Li Wei pourrait faire une grosse arnaque qui traverse les pays, en utilisant des sociétés qui n’existent pas vraiment pour éviter de payer des taxes et échapper aux contrôles. En termes techniques, c’est une évasion fiscale internationale, où des compagnies installées dans des paradis fiscaux cachent de l’argent sale qui circule en secret, en trompant les services des impôts au Bénin et en Chine. Ça montre comment l’Afrique devient un endroit où les escrocs du monde entier viennent jouer, parce que les États africains sont souvent faibles et ne peuvent pas se défendre seuls – il faut que les pays africains se mettent ensemble, comme avec l’Union Africaine, pour faire des enquêtes communes et protéger leurs peuples contre ces pièges qui les divisent et les rendent plus pauvres.
Li avait peut-être un réseau bien plus dangereux. Pense à ça : au-delà du trafic d’humains, où des gens sont vendus comme des objets pour travailler gratis ou pire, ça pourrait être lié à l’espionnage industriel, où on vole des secrets d’entreprises pour copier des technologies et les vendre moins cher, ou au cybercrime, comme des attaques informatiques pour voler des données ou de l’argent en ligne, avec ces vingt Chinois comme un groupe secret qui attend son moment pour agir. Par exemple, en 2018, on a découvert que le siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba, construit par la Chine, était espionné : des données secrètes étaient envoyées chaque nuit vers Shanghai pendant cinq ans, de 2012 à 2017. Ça a peut-être permis à la Chine d’écouter les discussions privées des leaders africains et de prendre l’avantage dans les négociations commerciales ou politiques, ce qui a affaibli la position de l’Afrique dans des accords importants et coûté cher en pertes économiques et en confiance perdue. En Ouganda, des technologies de surveillance chinoises comme celles de Huawei ont été utilisées pour espionner des opposants politiques, comme le chanteur Bobi Wine, aidant les gouvernements autoritaires à écraser les voix dissidentes et à maintenir le pouvoir par la peur, ce qui a ruiné la démocratie locale et créé une instabilité qui repousse les investissements sains. Cet espionnage a déjà ruiné des pays en les rendant dépendants : aux États-Unis, la Chine a volé des secrets d’avions et de turbines à des compagnies comme Boeing ou General Electric, causant des pertes de centaines de milliards de dollars en propriété intellectuelle, ce qui affaiblit l’économie en tuant des emplois et en donnant un avantage injuste à la Chine sur les marchés mondiaux, imagine le même en Afrique, où des pays comme le Kenya ou l’Afrique du Sud perdent leurs innovations en tech ou en mines, rendant leurs industries locales incapables de grandir et les forçant à importer tout de la Chine. En Afrique, ça crée une dépendance économique où les pays perdent leur indépendance, car les secrets volés aident la Chine à dominer les industries locales, comme dans l’énergie ou les télécoms, ruinant les entreprises africaines qui ne peuvent pas rivaliser et menant à plus de chômage et de pauvreté. L’Afrique ne chasse pas les Chinois, beaucoup vivent et travaillent honnêtement sur le continent, apportant des emplois et des échanges ; mais elle doit éviter l’espionnage en étant vigilante, en formant ses propres experts en sécurité pour détecter ces pièges sans rejeter les partenariats utiles. En analyse géopolitique, c’est une infiltration asymétrique, où un grand pays comme la Chine envoie des gens déguisés en migrants pour ramasser des infos ou contrôler l’économie du coin sans se faire voir. Ayoko voit ça comme une attaque directe contre l’indépendance des pays africains, comme les anciens empires qui séparaient les gens pour mieux dominer ; aujourd’hui, c’est avec l’argent et les affaires, et l’Afrique doit créer ses propres services de renseignements pour se protéger, en suivant l’exemple de leaders passés qui poussaient à l’unité contre les forces extérieures qui imposent leurs règles.
Marie risquait sa vie en vivant ça, et si elle dénonçait avec d’autres comme Ayoko, ça pouvait être très dangereux. Si elles parlaient à la police, les représailles pouvaient arriver : des menaces pour faire peur, ou même des disparitions forcées où on enlève quelqu’un sans trace. En termes de sécurité humaine, c’est le risque de ceux qui dénoncent les crimes, ce qu’on appelle le whistle blowing, dans un endroit où la corruption est partout et profonde, et où il n’y a pas de lois solides pour protéger les gens qui parlent. Ça met en lumière le besoin d’une aide mutuelle entre les Africains, comme des organisations non gouvernementales du continent qui défendent les militants, parce que dénoncer tout seul expose à des risques mondiaux, et si l’Afrique se serre les coudes, elle pourrait faire des lois partagées pour sauver ses citoyens contre ces réseaux qui profitent des points faibles locaux.
Et si le gouvernement béninois était au courant ? Peut-être que des hauts placés font semblant de ne rien voir en échange de pots-de-vin, de l’argent sous la table qui pourrit tout le système de pouvoir. En économie politique, c’est du clientélisme, où les chefs locaux se lient avec des investisseurs étrangers pour gagner personnellement, même si ça fait du mal au peuple entier. C’est une trahison de l’intérieur qui pousse à un réveil africain, avec des leaders qui appellent à s’unir contre les séparations forcées, pour que l’Afrique gère ses richesses et défende ses jeunes au lieu de les laisser attraper par des puissances de dehors.
Qui pouvait les protéger ? La police locale ? Elle est trop faible, avec peu de moyens et souvent corrompue. L’armée béninoise ? Elle est limitée, avec seulement environ 4 750 soldats en service en 2026, un budget pour la défense d’à peu près 140 millions de dollars américains, et un rang mondial bas, autour de la 137e place sur 145 pays d’après des classements comme Global Firepower. Sans armes modernes puissantes, les généraux béninois sont souvent entraînés dans des écoles occidentales, ce qui les fait servir les intérêts des pays comme la France plutôt que ceux de l’Afrique, et l’armée reste mal équipée, avec très peu de chars d’assaut ou d’avions de guerre. Le Bénin doit attendre la France pour se défendre, grâce à des accords entre les deux pays qui remontent à l’époque de la colonisation, comme des partenariats pour former les soldats et fournir du matériel, une dépendance qui rend le pays moins indépendant et plus vulnérable. L’armée chinoise défie celle du monde entier aujourd’hui, avec sa modernisation rapide : plus de 2 millions de soldats en service, un budget officiel de 247 milliards de dollars (mais des experts disent que c’est peut-être jusqu’à 471 milliards), et des bases en Afrique comme à Djibouti pour étendre son pouvoir. Elle a environ 600 ogives nucléaires en 2025, et elle vise plus de 1 000 d’ici 2030, avec des armes pour dissuader les ennemis comme des missiles hypersoniques (par exemple le DF-26, qui peut frapper à 4 000 km) et des missiles intercontinentaux (ICBM) qui touchent n’importe où sur Terre, formant un système nucléaire complet avec des lancements depuis la terre, l’air et la mer. En stratégie militaire, c’est une façon de montrer sa force loin de chez soi, où la Chine pousse son influence avec le projet Belt and Road Initiative (BRI), un grand plan lancé en 2013 pour construire des routes, des ports et des chemins de fer dans le monde entier, y compris en Afrique, en prêtant de l’argent pour des projets d’infrastructure. Mais ça crée souvent une “diplomatie du piège à dette”, où les pays comme le Kenya avec son chemin de fer Standard Gauge Railway, qui coûte cher et ne rapporte pas assez, ou Djibouti avec plus de 70% de sa dette envers la Chine, se retrouvent coincés dans des dettes impossibles à rembourser, forçant à donner des actifs comme des ports ou des ressources à la Chine. Au Zambie, la Chine est le plus gros créancier, et le pays a dû restructurer sa dette après des crises, perdant du contrôle sur ses mines. En Éthiopie, un prêt de 4 milliards pour un chemin de fer a été renégocié, mais ça montre comment le BRI peut ruiner des économies en créant une dépendance, avec plus de 170 milliards de prêts en Afrique depuis 2000, ceci mène à des crises comme au Sri Lanka (pas en Afrique, mais exemple clair) où un port a été cédé à la Chine. Ayoko rêve d’une armée africaine commune, comme la African Standby Force, pour défendre les gens sans compter sur les grands pays qui profitent des faiblesses, en faisant une Afrique solide et libre qui repousse ces intrusions.
La présence chinoise en Afrique s’est intensifiée depuis les années 2000, avec des investissements cumulés estimés à plus de 300 milliards de dollars en 2021, couvrant des secteurs comme les infrastructures, l’extraction de ressources et la manufacturing. Les flux d’investissement directs étrangers (IDE) chinois ont atteint environ 44 milliards de dollars en 2019, faisant de la Chine l’un des principaux investisseurs, derrière les États-Unis et devant le Royaume-Uni et la France en termes absolus, bien que représentant une part relativement faible des investissements globaux chinois. La migration chinoise accompagne ces flux : des estimations varient de 90 000 à un million de personnes, incluant des travailleurs, des entrepreneurs et des commerçants, concentrés dans des pays comme l’Angola, le Nigeria et l’Afrique du Sud. Cette expansion s’inscrit dans des initiatives comme la Belt and Road Initiative (BRI), visant à promouvoir le commerce et le développement mutuel.
D’un œil positif, ces investissements ont contribué à la croissance économique africaine. On sait que des études ont indiqué que les projets d’infrastructure chinois, tels que les routes, les chemins de fer et les centrales électriques, ont amélioré la connectivité et stimulé le commerce intra-africain, aidant à réduire la pauvreté : entre 2002 et 2011, le taux de pauvreté en Afrique subsaharienne a chuté de 13 points de pourcentage, en partie grâce à une croissance accélérée. En moyenne, les investissements chinois ont créé plus de 18 000 emplois par an dans les secteurs de l’infrastructure et de la manufacturing au cours de la décennie précédant 2022, surpassant souvent d’autres investisseurs étrangers en termes de création d’emplois. On sait que ces engagements ont diversifié les économies africaines, offrant un accès à de nouveaux marchés et technologies, et favorisant une croissance inclusive dans des pays comme l’Éthiopie et le Rwanda, où des usines chinoises ont transféré des compétences et boosté les exportations. De plus, l’approche chinoise, souvent sans conditions politiques attachées, est appréciée par de nombreux dirigeants africains pour sa rapidité et son focus sur les résultats tangibles, comme la construction de plus de 10 000 km de routes et de voies ferrées.
Cependant, des critiques mettent en avant des impacts négatifs potentiels et pertinents. Les prêts chinois, bien que remplissant un vide en matière d’infrastructures, ont augmenté la dette de plusieurs pays africains, avec des cas comme l’Angola où les remboursements en ressources naturelles créent une dépendance économique. Des recherches indiquent que les investissements chinois peuvent contribuer à une intensification des émissions de carbone industrielles, particulièrement dans les secteurs extractifs et manufacturiers. Ce qui complique les efforts de transition vers une industrialisation bas-carbone. Sur le plan de la main-d’œuvre, bien que des emplois soient créés, une localisation élevée, souvent supérieure à 80 % dans les firmes chinoises, coexiste avec des préoccupations sur les conditions de travail, les salaires bas et un transfert limité de compétences, où les postes clés restent souvent occupés par des expatriés chinois. Des études soulignent également des effets sur l’inflation et les marchés locaux : les importations chinoises bon marché peuvent étouffent les industries naissantes, ensuite augmentent le chômage informel, et la vulnérabilité aux fluctuations globales, bien que cela ne soit pas uniformément observé. De plus, des liens avec des réseaux illicites, comme la contrefaçon de devises, ont été rapportés dans certains contextes, bien que non systématiquement attribués à tous les acteurs chinois, contribuent à une instabilité économique locale. Il est donc question du souverainisme prenne le devant face aux techniques de la dette-piège, surtout en insistant sur le transfert de compétence.
Marie, réfléchissant à cela, concluait :
⁃ C’est un équilibre fragile, Ayoko. L’Afrique doit naviguer dans ces opportunités avec prudence pour un vrai développement.
Pour Ayoko, seuls les Africains vont construire l’Afrique.
lire le chapitre 3 Gloria
3- Gloria
La belle Gloria, une jeune fille qui illuminait le quartier de sa présence, captivait les regards des jeunes hommes, faisant scintiller des étoiles d'admiration dans leurs yeux. Son apparence était remarquable pour certains. Grande de taille, sa peau claire, d'une clarté éclatante et son corps légèrement velu lui conférait une beauté singulière. Son visage, d'un design harmonieux, affichait des joues rondes qui semblaient parfois donner l'impression qu'elles étaient légèrement enflées, ajoutant une douceur à son expression. Gloria était souvent silencieuse, mais elle avait cette capacité à rire avec une telle abondance que ses éclats de joie résonnaient dans l'air, même si on ne parvenait pas toujours à saisir les raisons de son amusement. C’était une fille qui n’embêtait personne. Elle était étudiante en fin de formation en imagerie médicale. Gloria était arrivée chez nous presque du jour au lendemain, comme une étoile filante qui traverse le ciel nocturne, laissant derrière une ombre de doute. Sa présence inattendue, apportait un nouveau vent à notre quotidien par ici.
Gloria avait déposé ses dossiers dans tous les coins de la rue, chaque clinique mentionnée dans sa liste soigneusement notée dans sa bible sainte. Elle s’était conviée à ce rituel habituel et omniprésent, priant psaume après psaume, les yeux fermés, inscrivant chaque mot d’espoir dans sa bible, puisant dans toute sa foi et toutes ses forces. La conviction grandissait en elle, comme une flamme alimentée par ses prières, qu'un Dieu bienveillant avait oint le pasteur pour rendre fertiles toutes ces femmes stériles désespérées de l'église. Pourquoi ne le ferait-il pas aussi pour elle ? Avec une ferme détermination, elle s’éloignait de tous les non-croyants, persuadée qu'ils étaient du monde et que leurs doutes ne pourraient que voiler la lumière de sa foi, comme la plupart des jeunes de Cotonou. Elle se levait chaque jours alors avec une détermination renouvelée, elles se ruent dans le couloir qui menait aux chambres à coucher, en décrochant son téléphone portable pleine d’espoir, d’une âme qui sait qu'un miracle peut se produire à tout moment. Souvent, c’était l'un de ses nombreux prétendants, mais à cet instant, peu importait; chaque sonnerie était un rappel que la vie continuait, que chaque jour était une opportunité de croire, de persévérer et de regarder vers l’avenir avec espoir. Gloria voyait au-delà des défis, sentant une force intérieure émaner de ses prières et des promesses de Dieu. Sa foi était comme un phare, illuminant le chemin obscur devant elle et lui donnant le courage de ne jamais abandonner. Elle savait qu’un jour, son appel pourrait également être celui qui annoncerait la grande nouvelle, une histoire de lutte qui se transformerait en témoignage de triomphe, pour prouver au monde que l’espoir, armée de courage et de foi, pouvait déplacer des montagnes.
Il y a bien longtemps, Elle était venue vivre quelques jours à Cotonou pour y passer les vacances. Son père, un ancien militaire à la retraite, rappelait à tous le lien familial et l’appartenance à la même collectivité, celle de Tougban à Aného, ce qui faisait d’elle une cousine éloignée. Rien que ça ! Les moments de jeu ensemble étaient parfois joyeux, mais d'autres fois, elle se retirait, pleurant en silence sans jamais partager la raison de son chagrin. M’man, dans une tentative de comprendre ce mystère qui l'entourait, la gâtait de bonbons et de chocolats, mais cette approche ne lui permit jamais d'atteindre l'essence de la douleur que Gloria cachait. Gloria était un enchevêtrement de contradictions, tantôt très réservée et introvertie, tantôt étonnamment bavarde, joyeuse et pleine d'énergie.
La gazelle marchait en silence, avec le cœur serré par une peur vague, pendant quinze minutes pour arriver à l’hôpital Saint-Luc. C’est là qu’elle se formait à l’époque, pleine d’espoir mais aussi de fatigue. Chaque matin, les motards venaient la chercher à tour de rôle. C’étaient des visages qu’elle connaissait bien, et cela lui donnait un sentiment de reconnaissance et de compassion. Dossou avait passé deux ans en prison en Allemagne pour des problèmes de papiers, et il gardait une grande amertume. Amir, lui, ne voyait son père qu’une fois par an, seulement s’il faisait le voyage, ce qui lui causait une douleur profonde de manque familial. Tous les deux étaient devenus motards d’un coup, depuis un mois que la gazelle avait commencé cette aventure incertaine. Elle sentait une gratitude émue pour leur aide inattendue. Le soir, elle s’asseyait dans un coin de la maison près du portail, envahie par une tristesse lourde. Elle réfléchissait en silence jusqu’à ce que quelqu’un vienne rompre ce calme oppressant. Son regard perdu dans le vide, fixe et hanté, montrait une jeune âme troublée par un regret profond ou une inquiétude forte. C’était comme un rêve de chien qu’on ne comprend jamais. Dans ces moments, une nostalgie douce et amère la remplissait. Elle se rappelait sa grande famille heureuse, où son grand-père, avec fierté et tendresse, lui racontait toujours ses origines. Il expliquait comment sa lignée avait survécu aux horreurs de la traite des esclaves. Ses ancêtres creusaient des villages souterrains pour se cacher, avec une détermination forte. Son ancêtre chasseur d’éléphants avait coulé deux bateaux de négriers remplis de Zodjagués, un acte courageux qui rendait Gloria fière. Mais les armes des Portugais et des Espagnols étaient plus puissantes, et cela effrayait tout le monde. Si les pêcheurs n’arrêtaient pas les bateaux à temps, le village pouvait être brûlé; leur plus grande peur. Ils ont lutté des années contre cela de toutes leur force. Un jour, le pire est arrivé, et ils se sont cachés dans un trou au fond de la forêt, pleins d’angoisse. Avec le temps, ils ont construit une case, puis deux, jusqu’à un village entier. Gloria écoutait. Mais seule à Fifadji, quand elle repensait à ça, une tristesse profonde la prenait. Elle aurait voulu changer sa vie, avec une baguette magique. La situation d’argent de sa famille était dure, comme un poids lourd. Gloria sentait de la frustration et de l’impuissance.
Son père, un militaire, se plaignait toujours avec tristesse de son petit salaire qui ne suffisait pas, et de sa petite Gloria qui ne l’écoute point. Il le disait à sa fille aînée Gloria. Il dépendait des aides de la communauté, ce qui l’aidait un peu mais pas assez. Au fil des ans, les dépenses augmentaient, et les liens forts se cassaient tandis que d’autres se formaient dans l’incertitude. Son plus grand cauchemar, qui le terrorisait, était une attaque terroriste dans une ville qu’il connaissait bien. Il avait frôlé la mort, et ça le faisait encore trembler. Il avait perdu des collègues, ce qui le dévorait de chagrin et de colère. Il se demandait avec stupeur et rage comment des gens ordinaires, avec la tête dans un foulard sahélien et qui parlaient mal français, pouvaient être si habiles et cruels. Chez les voisins, ils avaient tué, pendu, volé des tonnes d’or et d’organes, terrorisé, et occupé des terres. Ici, ils attaquent des militaires. Ils avaient des armes lourdes et savaient exactement où étaient les armes dans la salle, sous l’étal au coin gauche. Il revoyait trois hommes entrer, les prendre en filmant, et son cœur battait fort au souvenir. Il s’était caché au plafond de la salle de repos, tremblant de peur, en entendant les tirs comme des explosions. Il priait pour ne pas être vu ; puis il était allé droit se cacher dans la brousse. Dans cette angoisse, il jurait d’arrêter ce travail mal payé, en colère contre les salaires en retard qu’il ne pouvait pas réclamer, et les officiers voleurs et peureux qui les avaient abandonnés. Il pensait à ses enfants et ses deux femmes, avec un amour fort et un besoin urgent de survivre pour eux. Bientôt, le calme est revenu avec les secours, et il a senti un soulagement fatigué. Le père de Gloria a juré par Mawu, avec résolution et dégoût, de ne plus porter son uniforme. Il avait entendu parler de ces attaques dans les pays voisins et quelques-unes au Bénin. Cela l’emplissait d’une peur constante ; il ne voulait pas mourir sous leurs armes, avec une volonté forte de protéger sa famille.
Tidiane, Touche pas ma Culture !
Réponse d'une béninoise à L'ecrivain Tidiane Ndiaye sur le livre Le Génocide Voilé. Tidiane ne connait pas l'histoire du Dahomey.
Résumé du chapitre 1
Ce premier chapitre du livre Le Génocide Voilé pose les bases de l'argumentation de Ndiaye en introduisant le contexte historique et géographique de la traite arabo-musulmane en Afrique. L'auteur explique l'ampleur de ce traité, les méthodes utilisées pour capturer et transporter les esclaves, ainsi que les impacts sociaux et démographiques sur les populations africaines. Ndiaye présente les faits avec clarté, ce qui permet de bien comprendre les enjeux de la traite arabo-musulmane dès le début du livre. Il utilise des exemples concrets et des chiffres pour illustrer ses propos, rendant le sujet accessible même aux lecteurs non spécialistes. Parfois, l'abondance de détails historiques peut sembler écrasante pour le lecteur. Une simplification ou une synthèse plus succincte aurait pu aider à maintenir l'attention. L'auteur commence fort avec une thèse claire : la traite arabo-musulmane a été tout aussi dévastatrice que la traite transatlantique, mais elle est souvent passée sous silence. Ndiaye soutient cette thèse avec des preuves historiques et des témoignages. Cependant, la présentation initiale manque peut-être de nuances. En lisant, j'ai noté que Ndiaye semble parfois vouloir opposer les deux traités plutôt que de montrer comment elles se complètent pour donner une vision globale de l'impact de l'esclavage sur l'Afrique. Une approche plus neutre et académique pourrait renforcer la légitimité scientifique des arguments du Franco-sénégalais.
Ce chapitre est pertinent dans le contexte actuel de réévaluation de l'histoire coloniale et de l'esclavage. Il invite les lecteurs à réfléchir à une partie souvent oubliée de l'histoire africaine. Cependant, certains lecteurs peuvent trouver que l'auteur ne replace pas suffisamment ses arguments dans un contexte plus large dès le début. Une mise en perspective plus globale dès le premier chapitre pourrait améliorer la compréhension des enjeux. Le chapitre 1 de « Le Génocide voilé » est une introduction solide et bien documentée à un sujet complexe et souvent négligé. Tidiane Ndiaye réussit à capter l'attention du lecteur avec des faits marquants et une thèse forte. Toutefois, un équilibre entre passion et objectivité, ainsi qu'une contextualisation plus large, auraient pu renforcer l'impact de ce chapitre. Le livre promet d'être une contribution importante au débat sur l'esclavage et ses mémoires.
Le chapitre dont le titre est « les formes d'asservissement en Afrique, avant la conquête arabe » présente la situation initiale, l'atmosphère qui planait sur l'Afrique avant les invasions et les traités. Le domaine de définition ici est donc de moins infini à l'an huit cents ( ]-∞ ; 800] ). Il est donc irréfutable que nous sommes à la genèse de l'esclavage et de la traite arabo-musulmane. Dans ce texte bien structuré, nous découvrons les conditions déplorables des esclaves à Athènes, où la brutalité et l'exploitation étaient monnaie courante. Les crimes des Romains, accompagnés d'une réalité choquante de trois millions d'esclaves en Italie, ainsi que la situation des Noirs en Haute Égypte et les sociétés inégalitaires en Afrique, expliquer une suite logique d'événements tragiques. Ces éléments préparent l'auditeur à une compréhension plus large des mécanismes de l'esclavage qui ont façonné l'histoire.
Tidiane a dit dans le chapitre 1,
Á la page 43" Quand un roi du Dahomey (actuel Bénin) mourait, on lui érigeait une espèce de cénotaphe entouré de barres de fer, du sang d'une centaine de captifs, pour servir de gardes au souverain dans l'autre monde. Lors des fêtes sanguinaires nommées « Grandes Coutumes » on égorgeait des centaines de captifs à la fois, pour qu'ils aillent porter au roi défunt la nouvelle du couronnement de son successeur ».
Explication des propos de Tidiane : Ce passage décrit les rituels funéraires complexes et spectaculaires associés à la mort d'un roi du Dahomey, qui se déroulaient dans le contexte d'une culture où la royauté était profondément respectée et entourée de traditions sacrées. Lorsqu'un roi mourait, un cénotaphe, qui est une structure commémorative érigée en son honneur, était construit. Ce cénotaphe était entouré de barres de fer, symbolisant la protection et la force, et était imprégné de sang provenant d'une centaine de captifs. Ce sang était utilisé rituellement pour établir un lien entre le monde des vivants et celui des morts, et pour assurer que le roi défunt était bien gardé dans l'au-delà. Les « Grandes Coutumes » évoquées dans le texte font référence à des célébrations rituelles marquées par des sacrifices humains, où des centaines de captifs étaient égorgés. Cette pratique visait à envoyer ces âmes vers le roi défunt pour lui annoncer la nouvelle de l'accession au trône de son successeur. Cela souligne non seulement la croyance en la continuité de la royauté après la mort, mais aussi la perception des captifs comme des offrandes nécessaires pour honorer le roi et assurer son passage vers l'autre monde. Ces rituels illustrent la manière dont les sociétés du Dahomey valorisaient la royauté, le pouvoir et les sacrifices, tout en reflétant une hiérarchie sociale où la vie humaine était parfois considérée comme une monnaie d'échange spirituelle.
Ma réponse
Le Dahomey apparaît, soulevant une question primordiale : que fait ce nom dans un livre qui retrace l'histoire de la traite arabo-musulmane ? Fondé au XVIIe siècle, le royaume de Dahomey semble anachronique par rapport au titre du chapitre qui évoque les événements avant l'invasion arabo-musulmane au VIIIe siècle. Sachant que le royaume fut fondé vers 1645, il faut comprendre comment ce royaume s'inscrit dans la chronologie de la traite et de l'esclavage.
De plus, il faudra noter que les tombes des rois de Dahomey ne sont pas toutes identiques, ce qui peut refléter la diversité des pratiques culturelles et des croyances au sein du royaume. La question ici est de savoir si l'on parle de sacrifices humains ou de crimes d'accompagnement dans ce contexte. La distinction entre ces termes est nécessaire pour saisir la complexité des rituels et des croyances qui entourent l'histoire de Dahomey et son rôle dans le commerce d'esclaves. Ainsi, ces interrogations méritent d'être approfondies pour mieux comprendre l'interconnexion entre les différents aspects de l'esclavage et de la traite à travers les siècles.
Le royaume du Dahomey est-il l'actuel Bénin ?
Clarifions d'abord ceci : le Dahomey, aujourd'hui Bénin, est un pays situé en Afrique de l'Ouest, entre l'équateur et le tropique du Cancer. Avec une superficie de 114.760 km² et une population d'environ 13 millions d'habitants aujourd'hui, il était autrefois appelé la République du Dahomey jusqu'au 30 novembre 1975. Ce nom faisait référence au puissant royaume qui avait jadis prospéré sur le territoire, qui est maintenant en grande partie situé au Nigeria. Il faudra distinguer l'actuel Bénin, qui est un pays souverain, du royaume historique du Dahomey, qui se limitait principalement au sud du pays actuel. Le roi du Dahomey portait une image distincte, différente de ceux d'autres royaumes voisins, tels que celui d'Allada, de Savi, de Popo, et de Hogbonou. Tous ces royaumes se trouvaient dans les frontières de ce qui est aujourd'hui le Bénin, mais chacun avait ses propres structures politiques et culturelles. Ainsi, le royaume de Dahomey représente une partie de l'histoire riche et complexe de la région, mais il n'est pas synonyme de l'ensemble du pays actuel. Il est primordial de reconnaître que le royaume de Dahomey n'est qu'un des multiples royaumes qui ont coexisté sur le territoire de l'actuel Bénin. Il faut savoir que chaque royaume, avait ses propres structures politiques, coutumes et traditions, a contribué à l'édifice complexe de l'histoire du Bénin.
Dans le centre du pays, le grand royaume des Tchabè dominait la région, jouant un rôle central dans le tissu socio-politique de l'époque. Les Tchabè étaient connus pour leur organisation sociale et leur culture riche, qui ont influencé les royaumes voisins. À l'extrême nord, les Bariba s'imposaient comme les maîtres, avec une structure politique et militaire qui leur permettait de maintenir un contrôle significatif sur leur territoire. Par ailleurs, deux grands royaumes des Baribas, dont celui de Kouandé à l'Ouest, gouvernaient l'espace nord jusqu'aux montagnes de l'Atacora. Ce royaume était reconnu pour sa puissance militaire et sa capacité à gérer les relations avec les autres entités politiques de la région. À l'Est, le royaume de Nikki dominait le sud de la région septentrionale, étendait sa domination jusqu'aux mamelles de Savê. Nikki était également un centre important de commerce et d'échanges culturels, contribuant à la dynamique des relations inter-royales.
Enfin, le troisième Dahomey est la république du Dahomey, qui a été officialisée en tant qu'État souverain jusqu'au 30 novembre 1975, date à laquelle elle a pris le nom de Bénin. Ce Dahomey moderne représente l'héritage des royaumes historiques, tout en intégrant des éléments contemporains et des aspirations nationales. Cette évolution souligne l'importance de comprendre les différentes phases de l'histoire du Dahomey pour appréhender la richesse culturelle et historique du Bénin d'aujourd'hui. Chacune de ces étapes a contribué à façonner l'identité du pays et son rôle dans le contexte africain et mondial.
En somme, il existe trois Dahomey distincts dans l'histoire. Le premier est le Dahomey avant Dada Dossou Agadja, une période où le royaume était encore en phase d'ascension, caractérisée par des structures politiques et sociales qui allaient évoluer avec le temps. Cette époque a vu le royaume se forger une identité et des alliances, bien que son influence et son territoire étaient encore limités. Le deuxième est le Dahomey après Agadja, qui correspond à une période d'expansion et de consolidation du pouvoir. Sous le règne du roi Agadja, le royaume a connu une transformation significative, s'étendant vers de nouveaux territoires, notamment avec l'invasion des royaumes d'Allada et de Savê. C'est à cette époque que le royaume de Dahomey a acquis une notoriété sur la scène régionale, devenant un acteur majeur dans le commerce et les relations diplomatiques.
Carte du Dahomey précolonial
Commençons donc par la genèse. Il faut dire que la toute première fois que le royaume de Dahomey a été mentionné sur une carte, c'était en 1561, sur la carte de Ruscelli, révélant ainsi l'existence d'une vie active dans cette région. Puis, en 1576, le nom d'Ardra, qui est identifié comme Allada, est apparu sur la carte d'Arnold de Langun. À cette époque, nul ne savait que cette zone était habitée, et ces cartes représentent les plus anciennes preuves de l'existence du royaume, témoignant de son importance historique. Situé dans la région du Mono, le royaume de Dahomey était un carrefour commercial réputé pour ses talents en matière de forge. Le clan des Allou, en particulier, était connu comme des forgerons habiles, fabriquant des lances, des hameçons, des portes et des couteaux. Certaines versions de l'histoire rapportent que le cauri servait de monnaie d'échange, soulignant l'importance économique de la région. Tado, en tant que grand foyer industriel, s'étendait sur toute la zone côtière, mesurant environ 50 lieues de longueur. Les frontières du royaume étaient délimitées par le fleuve Amugan à l'ouest et l'Ouémé à l'est, s'étendant sur 200 kilomètres jusqu'à l'océan Atlantique. Cette configuration géographique favorisait les échanges et les interactions commerciales avec d'autres régions voisines, renforçant ainsi le statut du royaume en tant que centre vital de commerce et d'industrie.
Parallèlement, un autre clan, celui des Azanou, détenait le pouvoir politique dans cette société dynamique. Parmi les populations vivant dans la région, on trouvait les Adja, Ewe, Fon, Xwla, Gun, Xweda, Ayizo, et d'autres groupes ethniques, chacun contribuant à la richesse culturelle et sociale du royaume. Cette diversité ethnique et ses structures politiques complexes ont joué un rôle fondamental dans le développement et la pérennité du royaume de Dahomey à travers les âges. Au début du XVIIIe siècle, le royaume yoruba était divisé en environ quatorze grands groupes, accompagnés de nombreux petits royaumes, occupant principalement la partie orientale de cette région. Parmi les principaux royaumes, on trouvait le Bénin (ou Ibini), Ekiti (ou Efon), Egba, Egbado (ou Awori), Ife, Igbomina, Ijamo, Ijebu, don't Idoko, Ijesha, Ketu, Ondo, Owu, Oyo et Shabe. On sait que pour des problèmes de succession, les fils de la princesse Aligbonon ont quitté Tado (aka Adja ou Adja Tado) pour fonder Allada, puis Abomey et enfin Hogbonou. L’un deux s’appelait Houégbadja. Il s’imposa et c’est ainsi que les Guédévi et les Aladahonou ont fondé le royaume de Dahomey. Ils vivaient longtemps en harmonie, et ne développèrent aucune forme de traite négrière.
Avant l'arrivée des Européens, les peuples Adja vivaient sous un système de gouvernement monarchique (Akinjogbin). Chaque royaume, qu'il soit principal ou secondaire, avait une ville centrale qui jouait un rôle important dans l'administration et le commerce, entourée de plusieurs villes, villages, hameaux et marchés soumis à son autorité. Les rois, figures centrales de ce système qu’il soit administratif ou social, étaient assistés par des chefs héréditaires, chacun responsable de tâches spécifiques, contribuant ainsi à une administration efficace et structurée.
Sur son territoire, le roi exerçait une grande indépendance dans sa gouvernance, avec la possibilité d'installer ses propres sous- rois et chefs. Il avait le pouvoir de lever des impôts, qu'il pouvait utiliser à sa discrétion pour le bien de son royaume. Les affaires pénales graves étaient de sa compétence exclusive, et il rendait la justice selon ses propres lois et coutumes. De plus, le roi pouvait mener des guerres pour défendre son royaume ou même attaquer un royaume voisin, agissant sans l'interférence d'autorités extérieures. Au sein de chaque État, le peuple possédait des idées spécifiques concernant l'autorité légitime, ainsi que celle qui ne l'était pas, et exprimait ses relations sociales et gouvernementales selon une unique « théorie sociale » acceptée. Bien que cette théorie n'ait jamais été formellement écrite, elle était probablement plus pratiquée que théorisée selon les historiens.
Néanmoins, elle était largement connue et acceptée, profondément ancrée dans le tissu social de la vie quotidienne des gens. Aujourd'hui encore, particulièrement dans les régions qui ont été peu touchées par la civilisation européenne moderne, des traces de cette pratique demeurent perceptibles. Cette relique persistante, couplée aux exemples enregistrés depuis le XVIIe siècle de certains actes spécifiques de l'État, tels que les cérémonies de couronnement, les déclarations de guerre et la célébration de fêtes, ont rendu possible la reconstruction de cette théorie comme fondement de l'organisation politique traditionnelle des royaumes Yoruba-Adja. Ce qui unissait les différents royaumes yoruba et Adja était l'affirmation et l'acceptation que tous les rois des principaux royaumes descendaient d'un même grand ancêtre. Les Yorubas évoquent souvent sept ou seize royaumes, tandis que les Adja en mentionnent trois, parfois quatre, comme appartenant à leurs pays respectifs. Par exemple, dans le pays Yoruba, tous les rois prétendent descendre directement ou indirectement d'Oduduwa, figure emblématique et mythique de leur histoire. De même, les rois Adja d'Allada, Ouidah (Whydah dans certains livres) et Dahomey se considèrent tous comme les descendants d'un prince nommé Nuatcha, qui, après avoir contesté sans succès le trône dans son pays d'origine, avait émigré à Allada. Dans tous les royaumes Yoruba et Adja, celui qui occupait le trône de l'ancêtre originel était perçu comme le « père » de tous les autres rois, tandis que chacun des autres rois se voyait comme un « frère ». Une structure familiale symbolique renforçait les liens entre les royaumes, favorisant un sentiment d'unité et de solidarité, même au sein d'une mosaïque de cultures et de traditions distinctes ; au point où jusqu’aujourd’hui, le mot « cousin » n’existe pas chez les descendants de ces royaumes.
Ainsi, la légitimité des autorités et la cohésion sociale reposaient sur une histoire partagée et des croyances communes, créant un cadre politique et social qui perdurait à travers les âges. Cette relation père-fils entre la personne occupant le trône de l'ancêtre originel et les grands rois constituait un élément fondamental de la constitution des pays Yoruba-Adja. Le « père » avait le devoir crucial de sanctionner la nomination de n'importe lequel des rois, qui, en retour, prêtaient serment de ne jamais attaquer son territoire. Contrairement à ce qu'on voulait nous faire croire, les peuples cohabitaient dans l'harmonie. Par exemple, dans le pays Yoruba, les élections des rois des royaumes les plus influents étaient officiées à Ife, où différents objets symboliques, parmi lesquels figuraient des épées et des coutelas, étaient présentés pour marquer cette légitimité. À Adja, les rois étaient couronnés soit à Allada, soit par des représentants envoyés de cette même ville.
Avant l'arrivée des Européens, les peuples Yoruba-Adja vivaient sous un système de gouvernement monarchique bien établi. Chaque royaume principal, ainsi que les ensembles de villages comme chez les Mahis, comportait une ville centrale entourée de plusieurs villes, villages, hameaux et marchés. Il est important de noter qu'aucun marché d'esclaves n'existait à cette époque sur leurs territoires, ce qui témoigne d'une organisation sociale différente de celle qui prévaudrait plus tard. Au sein de chaque royaume, les habitants avaient des idées précises sur l'autorité légitime, exprimant leurs relations sociales et gouvernementales selon une unique « théorie sociale » acceptée (Akinjogbin). Sur son territoire, le roi, assisté de ses chefs, gouvernait avec une grande indépendance. Il avait le pouvoir d'installer ses propres sous-rois et chefs, de lever des impôts et de les utiliser à sa guise. Toutes les affaires pénales graves étaient tranchées directement par lui, et il pouvait mener des guerres contre un royaume voisin sans avoir à demander l'autorisation de quiconque (Annexe : 41 lois de Houégbadja).
Organisation socio-économique de Dahomey au XVIIe siècle.
L'activité principale des Adja était l'agriculture, qui constituait le fondement de leur économie. En parallèle, diverses industries prospéraient, comprenant la filature du coton, le tissage de tissus, la transformation de la calebasse, la sculpture sur bois, la ferronnerie, le brassage de la bière, ainsi que la fabrication du sel. Ces activités artisanales et industrielles contribuaient à la richesse et à la diversité des produits disponibles dans la région. Les échanges commerciaux étaient dynamisés par une série de marchés établis dans différentes zones des royaumes. Le commerce impliquait l'échange de produits agricoles et manufacturés, favorisé par l'existence d'une monnaie commune, les cauris. Cette monnaie, couplée à un système lagunaire et à une langue commune, facilitait le commerce à longue distance entre toutes les régions du pays et peut-être même au-delà.
Il est intéressant de noter que les premiers Européens à visiter la côte d'Adja ont observé de nombreux marchés où divers produits étaient achetés et vendus. Cependant, aucun d'entre eux n'a rapporté avoir vu un marché aux esclaves comme notifié quelques paragraphes plus haut, bien que ce sujet ait suscité leur intérêt, car ils avaient entendu parler de tels marchés situés à huit cents miles à l'intérieur des terres, au-delà des limites des territoires Adja. Akinjogbin clame que les chrétiens européens ont introduit le trafic d'esclaves dans ces royaumes, et qu'avant leur arrivée, les peuples vivaient en paix. Les disputes arrivaient parfois entre le royaume d’Oyo et celui du Dahomey qui perdit la guerre dès les premières attaques fatales d’Oyo. Il devait donc verser un lourd tribut à celui-ci en échange de la paix. L'introduction du trafic d'esclaves a non seulement modifié les relations économiques, mais a également entraîné des changements sociaux et politiques, redéfinissant les structures de pouvoir et les interactions entre les différents royaumes. L'impact de ce fait historique a eu des répercussions durables sur l'ensemble de la région, transformant les relations inter-ethniques et le paysage économique au fil du temps.
Tidiane pense que les Africains dans cette partie du monde se livraient des guerres incessantes. Mis à part le fait que certains royaumes etaient formés d’une trentaine d’ethnies vivant en parfaite harmonie comme celui des « Sombas » dans la région septentrionale, ou les Ewés de Kétou, il faut savoir que le grand royaume des Mahis était un ensemble de plusieurs petits groupes ethniques qui n’ont laissé jusqu’à présent aucune trace de guerre dans l’histoire. Les européens quant à eux, avaient plutôt transféré leurs guerres incessantes sur les côtes africaines. On peut citer par exemple les attaques hollandaises contre les possessions portugaises en Afrique de l'Ouest furent particulièrement véhémentes, car les Néerlandais menaient depuis 1568 une guerre d'indépendance contre l'Espagne. Lorsque le Portugal est devenu partie intégrante de la monarchie espagnole en 1580, toutes les anciennes possessions portugaises passèrent sous la domination néerlandaise, entraînant une série de conflits et de rivalités dans la région. En 1642, les Portugais avaient été chassés de la côte de l'or, illustrant l'intensification de la lutte pour le contrôle des ressources africaines. L'arrivée des Européens a donc accru l'insécurité dans les royaumes, provoquant une déstabilisation en y introduisant l'esclavage. Comme le mentionnent J. W. Blake dans European Beginnings in West Africa et The Gold Coast, ce processus exogène et dévastateur a transformé les structures sociales et économiques des royaumes, les rendant vulnérables à des pratiques destructrices.
En ce qui concerne l'organisation politique du royaume de Dahomey, on peut affirmer que le roi représente l'autorité suprême. La terre de Dahomey lui appartient en toute propriété. Le Méhou, en tant que responsable des affaires concernant tout le pays au-delà de l'ancien royaume d'Allada, avait pour mission de recevoir les Européens à Abomey et de gérer l'entrée des cauris provenant des droits d'ancrage perçus à Ouidah. Le Migan était le chef suprême de tous, à l'exception des princes, dont la situation privilégiée les mettait en dehors de son autorité. Le Yovogan, en tant que gouverneur, rendait compte directement au roi par l'intermédiaire du Méhou. Adjaho, quant à lui, était l'huissier du palais, jouant un rôle clé dans l'administration royale. Le Sogan était le commandant du palais, tandis que le Tokpo était chargé de l'agriculture et de la protection des femmes du palais. Enfin, Akplogan était responsable du patrimoine culturel et agissait également en tant que commandant du royaume (Michozounon). Cette structure hiérarchique et les divers rôles au sein de l'administration témoignent de la complexité et de l'organisation minutieuse de la société dahoméenne, qui a su gérer à la fois les affaires internes et les relations avec l'extérieur, en particulier avec les puissances européennes. La littérature dahoméenne se transmet à travers des chants, des symboles et, surtout, les noms des rois. Chaque nom au sein de ce noble et puissant royaume recèle une histoire. Le nom de chaque roi, de chaque ville, et de chaque élément témoigne d'événements marquants : il raconte une lutte gagnée ou perdue, un événement heureux ou tragique, un fait qui a laissé une empreinte indélébile dans le royaume et qui est ainsi immortalisé. Prenons par exemple le nom du roi Houégbadja, qui signifie « le poisson qui a échappé à la nasse n'y retourne jamais ». À cette époque, il était connu sous le nom d'Aho. Son père et lui revenaient d'une visite à Tooué, chez Agbokanzo, chef d'une tribu amie, qui les reconduisait. Un coup de vent emporta le chapeau de Dako, et celui-ci remarqua le peu d'empressement de son fils à le relever. Agbokanzo, observant la scène, dit : « Laisse donc cela, Dako ! Les poissons qui ont quitté la rivière pour vivre sur la terre ne veulent plus rien entendre. » Aho ne répondit pas sur le moment, mais, rentré dans son village, il confia à son père que les paroles d'Agbokanzo l'avaient profondément froissé, car il en avait saisi l'allégorie. « Ces paroles, dit-il, ne s'adressent pas seulement à moi ; elles font allusion aux migrations de notre tribu. » « Les gens de ce pays ne sont point contents de voir des étrangers se fixer parmi eux aussi solidement que nous le faisons. » Aho, vindicatif, n'oublia pas cet incident, qui pouvait sembler insignifiant en apparence. Il le rappela dans le nom qu'il prit à la mort de son père : « houê glo'adja, ma i adja ; houê man gni aghé tò. » Cela signifie : « Le poisson qui s'est échappé de la nasse n'y rentre plus ; le poisson appartient à la rivière et non pas à la terre. » Cette allégorie doit se comprendre comme un message clair : « Je me suis éloigné d'Agbokanzo et ne veux plus avoir rien de commun avec lui. »
Son armoirie fut composée d'un poisson, symbolisant son nom, et d'une roue, représentant que, sous son règne, l'activité principale du royaume était l'agriculture. Le royaume avait promu la culture des produits vivriers, ce qui permettait à la population de manger à sa faim.
Voilà donc qui illustre non seulement la richesse symbolique et culturelle du royaume de Dahomey, mais aussi l'importance de l'agriculture pour la survie et la prospérité de ses habitants. Les choix iconographiques d'Aho reflètent ses valeurs et son engagement envers le bien-être de son peuple, tout en évaluant sa détermination à se distancier des alliances qu'il jugeait nuisibles.
Les tombes au Dahomey et Le prétendu « sacrifice humain »
Concernant les tombes des rois de Dahomey, il semble que peu de tombes royales ont été retrouvées jusqu'à présent. Bien que des symboles représentant les tombes des rois existent, les découvertes effectuées sont relativement récentes. Dans la période précédant le Guézo, les enterrements des rois se faisaient dans la plus grande intimité, et personne ne sait où se trouvaient les anciennes tombes. Il n'y avait sans doute pas de mausolée ni de cénotaphe. Seuls les princes élus accompagnaient le corps du roi à sa dernière demeure, car, par la grande peur des Dahoméens que les Nagos et les Oyos viennent détruire les tombes (Hérissé). Tidiane décrit donc ici la tombe de Guézo, qui est la plus récente connue à ce jour (et qui a sans doute été dressée après invasion esclavagiste). Rappelons que le roi Guézo a règne de 1818 à 1858. Les tombes, en tant que symboles de l'autorité et du respect des ancêtres, jouaient sans doute un rôle primordial dans la mémoire collective et l'identité culturelle du peuple dahoméen. Des tombes célèbres, telles que celles de Hangbé et de Gangnihêssou, restent encore non découvertes. Selon certaines croyances, le roi Akaba ne serait jamais mort, mais se serait volatilisé dans la nature. Il existe encore de nombreuses autres tombes qui demeurent inconnues. Par conséquent, il serait donc erroné d'attribuer une ou deux tombes à tous les rois du royaume. Il est indéniable que des rites tels que le sacrifice d'une fille vierge étaient pratiqués pour remercier les dieux d'avoir accordé une longue vie au roi ; lorsque ce dernier régnait pendant une période prolongée, une telle pratique était courante. Ce rituel remonte à l'époque de Dada Houégbadja, selon certains témoignages, et il semblerait que ce rituel n’ait pas été perpétué puis que le roi Houégbadja fut le seul à avoir vécu aussi longtemps au trône. Il faut ajouter que tous les rois de Dahomey ont des tombes symboliques au palais royal d'Abomey aujourd'hui.
Dans les scripts sur histoires générales de l'Afrique de l'Ouest, la question du sacrifice humain a souvent été négligée. Aucun historien n’a consacré les écrits à la signification du crime d’accompagnement dans le royaume de Dahomey. Les quelques écrits qui abordent ce sujet semblent plus préoccupés par la compréhension d’un phénomène plutôt que par une véritable explication. En effet, les funérailles en Afrique de l'Ouest impliquaient souvent dans les écrits occidentaux, le meurtre de personnes destinées à servir de préposés au défunt dans l'au-delà. Cette pratique repose sur l'hypothèse commune selon laquelle la vie après la mort serait fondamentalement similaire à la vie terrestre. Ainsi, les funérailles en Afrique de l'Ouest impliqueraient souvent le meurtre de personnes destinées à servir de préposés au défunt dans l'au-delà (selon certaines sources). Cependant, il est important de noter qu'il s'agit davantage de crimes d'accomplissement que de sacrifices humains au sens traditionnel du terme. Cette distinction est cruciale pour comprendre les motivations culturelles et spirituelles qui sous-tendent de telles pratiques. Elles témoignent d'une conception complexe de la mort et de l'au-delà, où les vivants cherchent à assurer une continuité de service et de statut pour les défunts. En abordant ce sujet, il est essentiel de dépasser les simplifications et de prendre en compte les faits sociaux, culturels et spirituels qui façonnent ces rituels. Au Dahomey, le yê (ou l'âme) peut quitter le corps momentanément ; Par exemple, le rêve est dû au voyage du yê vers l'endroit ou auprès de l'individu qui est l'objet du songe. La séparation définitive constitue la mort ; le yê s'en va alors au pays des morts, mêkou-koutomè. Là, il retrouve les yê de sa famille et vit auprès d'eux comme sur terre. Il jouit des mêmes plaisirs que les humains, c'est-à-dire, selon la perspective particulière des Dahoméens, le repos, l'union des sexes, ainsi que le boire et le manger. S'il était le yê d'un chef ou d'un roi sur terre, il continue à être roi ou chef dans l'au-delà ; s'il était esclave, il demeure esclave. Cette conception de la vie après la mort reflète les croyances profondes des Dahoméens concernant la continuité de l'existence et le maintien des hiérarchies sociales, même dans la dimension spirituelle.
Au XVIIIe siècle, le nombre de milliers d'hommes sacrifiés, tel qu'inscrit dans les récits historiques occidentaux, était farouchement contesté par les Ashantis, dont le roi affirmait qu'il n'y avait qu'une dizaine de captifs. Des études, comme celles publiées dans Human Sacrifice in Precolonial West Africa et par la Royal African Society (1944), expliquent les premiers constats des navigateurs. Des auteurs tels que Chapman, Brooking, Hilliard et Winniett témoignent des « sacrifices humains » en décrivant des dizaines de corps décapités lors des cérémonies d'inhumation des grandes personnalités. Ces sacrifices étaient souvent offerts à la grande divinité Tano, notamment lors des fêtes traditionnelles comme le Odwira chez les Ashanti. Bien que les autochtones, y compris le roi, confirmaient que la plupart des victimes étaient des traîtres exécutés pour trahison, et que le nombre était inexact (c’était dix au lieu de plusieurs centaines), les colonisateurs restaient inflexibles dans leurs récits. Ainsi, les écrits historiques contestés depuis l'époque sont conservés et relayés jusqu'à nos jours.
Au Dahomey, les ennemis étaient tués ou livrés, ou encore recyclés dans l’armée ; ils sont jugés criminels ou pas par le roi, et cette pratique existait depuis la fondation du royaume (Annexe : les 41 lois de Houégbadja). Les crânes des victimes étaient conservés dans un charnier aménagé au milieu de la résidence des Migans. Ils étaient ensuite alignés sur les murs du royaume. L'objectif de cette pratique était de terroriser les ennemis du royaume et de les prévenir de leur sort s'ils osaient attaquer. Ceci explique la raison pour laquelle seuls les plus guerriers étaient nommés rois, et la reine Hangbé était contestée. De plus, cette pratique servait à enseigner aux Dahoméens l'importance d'éviter la traîtrise. En affichant les conséquences des attaques, le royaume cherchait à instaurer un climat de peur chez ses adversaires tout en renforçant la loyauté et la fidélité au sein de sa propre population. Cette approche nous laisse comprendre l’organisation exécutive des royaumes et le contrôle social au sein de la société dahoméenne, où la mémoire des conflits et des sacrifices passés était utilisée pour maintenir l'ordre et la cohésion dans le royaume. À la mort d'un souverain, la population était en deuil. Certains pleuraient de manière désespérée, tandis que d'autres se rendaient au palais pour témoigner de leur compassion. Cela constituait la première étape de la cérémonie d'inhumation. Par la suite, les cérémonies étaient organisées selon les décisions prises par les aînés de la grande famille royale, après consultation du fa (le devin ou le sage).
En Europe, par exemple, selon les témoignages d'Hérodote, le crime d'accompagnement est également présent chez les Turcs, les Mongols, en Eurasie etc... Il décrit que, lors de la mort d'un roi, les Scythes creusaient une fosse carrée. Après avoir parfumé le cadavre avec des aromates et vidé ses intestins, ils le plaçaient sur un chariot dans un espace libre de la chambre où il allait être enseveli. Ensuite, les concubines, le cuisinier, l'échanson du roi, le valet, le porteur de message, ainsi que les chevaux et les coupes d'or, étaient également sacrifiés. Ces personnes étaient étranglées et cette cérémonie était renouvelée au bout d'un an, où les serviteurs les plus aptes à servir le roi étaient ceux qui faisaient l'objet de ce sacrifice, pouvant atteindre une cinquantaine de personnes. Chacun d'eux montait sur un cheval avant que l'on n'enfonce un morceau de bois pointu dans leur corps, le long de l'épine dorsale. Il s'agit ici de crime d'accompagnement.
En Amérique, les Aztèques croyaient que, pour maintenir l'équilibre sur terre, il était nécessaire que la terre et le soleil soient nourris de sang et de cœurs humains. Leur histoire est marquée par des campagnes militaires visant à capturer des ennemis et à acquérir des produits exotiques. En contraignant les cités dominées à perfectionner l'art de la guerre, ils forçaient également les populations soumises à payer des tributs. Cette domination était donc nécessaire pour fournir les victimes nécessaires aux sacrifices, dont le cœur était arraché à l'aide de couteaux comme le ququtli, qui signifie « soleil » et mesure environ 30 cm de long (Atlas de l'Histoire du Monde). Selon Marvin Harris, en Amérique centrale, non seulement les humains étaient sacrifiés à des divinités, mais ils étaient également consommés. Un système de distribution de la chair humaine était en place, considéré comme très bénéfique en raison de sa richesse en protéines animales. Tidiane, la tombe de Guézo ne représente pas toutes les tombes royales de Dahomey, et cette pratique semble être universelle à l'époque. Ajoutons que le 9 mars 1926, les restes du roi Béhanzin furent retournés à la république du Dahomey. Cet enterrement fut public et un bélier noir fut sacrifié lors de la cérémonie d'enterrement du roi. Ceci est bel et bien du sacrifice humain si on considère que le bélier est de la race humaine. (big lol).
Pourquoi ce livre ?
Ce livre a été écrit suite à une attaque que j'ai subi sur les réseaux sociaux. Je racontait les gloires des rois de Dahomey, avec fièrté. Je fus un jour embarrassée par un frère sénégalais qui semblait être très sûr de la version contraire: aucun roi du Dahomey n'a été glorieux. Je le confrontai du mieux que je pouvais, mais le débats devenait de plus en plus houleux. Il finît par montrer sa source: Le Génocide Voilé de Tidiane Ndiaye. J'allai acheter le livre, je le lus, je contactai des historiens béninois et togolais, et je fouillai comme une folle de bibliotèque en bibliotèque. Je me rendis compte que l'écrivain :
- n'a jamais été historien
-était un ancien légionnaire français
- n'a pas travaillé avec des historiens béninois
-n'avait certainement pas lu ses propres sources car aucune d'elles ne confirme cette version
-avait relayé des informations qui semblaient totalement inconnues des historiens, et aucune de ses sources ne les prouvaient
plus encore, le livre est classé patrimoine culturel de la france, et les remerciements étaient pour la bibliotèque régionale de la Guadeloupe, financée par la France.
Après avoir contacté la maison d'Editions sans succès, et contacté l'écrivain qui décidément ne voulait pas me répondre, je décidai d'écrire une critique littéraire.
Ainsi commença mon histoire dans le monde des livres. Bien qu'il ne m'a jamais répondu, entre 2021 et 2024, l'écrivain rééditat son livre 5 fois alors que depuis 2008, il ne l'avait fait qu'une fois ou deux.
Et ma lutte ne s'arrêtera pas, tant que la dignité de mon peuple sera entâchée avec le révisionnisme.
L'idée derrière ce livre
Dénoncer le révisionnisme et l'anachronisme.
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