Mahommah Gardo Baquaqua : le seul esclave noir au Brésil qui a laissé des écrits derrière lui

Découvrez l'histoire extraordinaire de Mahommah Gardo Baquaqua, un esclave noir du Borgou (actuel Bénin) au Brésil, dont les écrits uniques offrent un témoignage précieux. Son parcours vers la liberté et son héritage écrit sont une source d'inspiration et de connaissance. Plongez dans cette biographie fascinante et comprenez l'impact profond de sa vie.

La biographie inédite de Mahommah Gardo Baquaqua

Né au début du 19ème siècle dans la région du Borgou, Mahommah Gardo Baquaqua fut capturé et vendu comme esclave, traversant l'Atlantique pour arriver au Brésil. Son récit détaillé de l'esclavage et de la vie en captivité est l'un des rares témoignages écrits de première main, offrant une perspective inestimable sur cette période sombre de l'histoire.

Mahommah Gardo Baquaqua est né vers 1824 à Zoogoo, aujourd’hui Djougou, dans le nord du Bénin. Il appartenait à une famille musulmane aisée de commerçants. Son père était originaire du royaume de Bergoo avec des origines arabes possibles, tandis que sa mère venait de Kashna, dans l’actuel Nigeria. Il a étudié le Coran dans une école coranique, parlait le dendi et un peu d’arabe, et travaillait comme messager et garde du corps auprès d’un chef local.

Vers l’âge de vingt et un ans, en 1845 environ, à cause de rivalités et de jalousies liées à sa position de confiance auprès du roi, il a été attiré dans un piège sous prétexte d’une fête. Il a été enivré, puis kidnappé et trahi par certains de ses compatriotes. Fait prisonnier, il a été livré aux intermédiaires locaux. Il a ensuite été conduit à pied vers le sud, à travers plusieurs royaumes, jusqu’au royaume du Dahomey, avant d’être remis aux marchands portugais sur la côte, probablement à Ouidah. C’est ainsi qu’il a été embarqué de force sur un navire négrier portugais.

Il a subi le terrible passage du Milieu, entassé dans la cale du navire dans des conditions inhumaines de promiscuité, de faim, de soif et de maladie. Le navire est arrivé à Pernambouc, aujourd’hui Recife, au Brésil, vers 1845. Au Brésil, il a été maintenu en captivité pendant environ deux ans. Il a d’abord travaillé chez un boulanger à Olinda, où il portait des pierres et vendait des marchandises dans les rues dans des conditions très dures. Il a ensuite été remis à un capitaine de navire nommé Clemente José da Costa, propriétaire du bateau Lembrança.

En 1847, ce capitaine l’a emmené à New York pour un voyage commercial. Apprenant que New York était une terre de liberté, Baquaqua s’est enfui avec l’aide d’abolitionnistes locaux et a obtenu sa liberté légale. Il s’est ensuite rendu en Haïti, à Port-au-Prince, où des missionnaires baptistes l’ont accueilli. Il s’est converti au christianisme et a été baptisé. Il est ensuite retourné aux États-Unis, a passé du temps au Canada et en Angleterre, où il a fréquenté les milieux abolitionnistes.

En 1854, il a publié son autobiographie, écrite avec l’aide de l’abolitionniste Samuel Moore, intitulée La Biographie de Mahommah G. Baquaqua, natif de Zoogoo, dans l’intérieur de l’Afrique. Ce témoignage est particulièrement précieux car il s’agit du seul récit connu rédigé par un ancien captif brésilien. Il y décrit sa vie en Afrique de l’Ouest, ses coutumes et sa religion musulmane, sa capture par trahison, sa remise forcée aux Portugais, les horreurs de la traversée de l’Atlantique, les conditions de captivité au Brésil, ainsi que son évasion et sa conversion au christianisme.

Après 1857, on perd sa trace. On ignore où et quand il est mort, et s’il a pu réaliser son rêve de retourner en Afrique. Son histoire reste importante car elle donne une voix directe et rare à un captif du Brésil, où est arrivé près de quarante pour cent des Africains déportés. Elle montre comment des rivalités internes en Afrique ont contribué à alimenter la traite et illustre un parcours extraordinaire de résilience, d’un jeune musulman africain devenu abolitionniste chrétien.

La quête de liberté

Malgré les horreurs de l'esclavage, Baquaqua n'a jamais abandonné l'espoir de retrouver sa liberté. Son incroyable voyage le mena finalement hors du Brésil, vers les États-Unis et le Canada, où il put enfin vivre en homme libre. Son histoire est un puissant témoignage de résilience et de détermination face à l'oppression.

Un héritage écrit pour l'histoire

Ce qui rend Mahommah Gardo Baquaqua si unique, ce sont les mémoires qu'il a laissées derrière lui. Ces écrits, publiés sous le titre "An Acted History of Mahommah Gardo Baquaqua", sont une ressource historique essentielle, offrant une voix à ceux qui ont été réduits au silence par l'esclavage. Ils sont une contribution inestimable à la compréhension de l'histoire et de la culture afro-brésilienne.